Avant et après le veto russe, l’avion de Lavrov a fait le plein au Maroc

L’Iliouchine Il-96-300 immatriculé RA-96018.

Pendant que la Russie bloquait au Conseil de sécurité le projet de résolution sur le Sahara, l’avion du chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, faisait escale à Casablanca, à l’aller comme au retour de son voyage aux États-Unis. Ce ne sont que des escales techniques. Le contraste n’en est pas moins parlant.

Le 02/11/2026 à 08h30

Les données de suivi aérien sont publiques. Selon Flightradar24, l’Iliouchine Il-96-300 immatriculé RA-96018, appareil de l’escadrille gouvernementale russe, a quitté Moscou le 29 octobre au matin et s’est posé à Casablanca après huit heures et demie de vol. Il en est reparti le soir même pour Atlanta, après 9h13 de traversée de l’Atlantique. Le trajet inverse a suivi le même chemin: départ d’Atlanta le 31 octobre, arrivée à Casablanca aux premières heures du 1er novembre, puis redécollage vers Moscou deux heures plus tard.

L’explication est d’abord géographique. Pour rejoindre les États-Unis, l’avion du ministre russe doit éviter l’espace aérien de 49 pays que Moscou qualifie d’«inamicaux», dont la quasi-totalité de l’Europe. Le voyage aller a ainsi duré plus de vingt heures et nécessité un ravitaillement, expliquait Rossiïskaïa Gazeta. L’avion est passé par la mer Noire, la Turquie et la Méditerranée avant de s’engager sur l’Atlantique. Le Maroc ne figure pas sur la liste des pays «inamicaux». Casablanca est une escale commode avant l’océan.

Le calendrier, lui, est moins anodin. Sergueï Lavrov se rendait à Atlanta pour la réunion des ministres des Affaires étrangères du G20, les 30 et 31 octobre, présidée par le secrétaire d’État américain Marco Rubio. La traditionnelle photo de famille y a été abandonnée, certains diplomates occidentaux refusant de poser à ses côtés, rapporte Radio Free Europe. Le 30 octobre, à New York, le représentant russe opposait son veto au projet américain qui aurait prolongé la MINURSO d’un an et fait du plan d’autonomie marocain la seule base des négociations. Le chef de la diplomatie russe était donc l’hôte de Washington le jour même où Moscou faisait tomber son texte. Et son avion faisait le plein au Maroc, à l’aller et au retour.

Ce n’est pas une première. En février 2024 déjà, au retour d’une réunion du G20 à Rio de Janeiro, l’avion de Sergueï Lavrov s’était posé trois heures sur le tarmac de Casablanca. L’escale marocaine est devenue une habitude des déplacements russes vers les Amériques.

Le choix de l’escale n’allait pourtant pas de soi. L’avion russe aurait pu se ravitailler en Algérie, à Alger ou à Oran, à quelques centaines de kilomètres du détroit de Gibraltar et de l’Atlantique. L’Algérie ne figure pas parmi les pays «inamicaux» de Moscou: elle compte parmi ses principaux partenaires dans la région. C’est aussi elle qui a manœuvré par tous les moyens pour obtenir le veto russe. La veille du vote, son Premier ministre, Sifi Ghrieb, était encore au Kremlin. Lavrov a pourtant choisi le Maroc, à l’aller comme au retour, comme en février 2024. Le pays qui a réclamé le veto n’a pas eu l’escale; le pays visé par le veto l’a eue deux fois. Rabat, de son côté, n’a pas fait de son aéroport une arme diplomatique: un appareil officiel russe peut y atterrir et en repartir quelques heures après un vote hostile à New York.

Alger a obtenu le veto, Casablanca a eu l’escale. Le régime algérien a fait de son ciel, de son gaz et de son commerce autant d’armes politiques: espace aérien fermé aux avions marocains, gazoduc Maghreb-Europe coupé en 2021, échanges gelés avec l’Espagne en 2022, guerre commerciale contre la France. Le Maroc, lui, laisse ses aéroports ouverts, même à ceux qui votent contre lui.

Par Hajar Kharroubi
Le 02/11/2026 à 08h30