Sahara: un veto russe sans précédent en cinquante ans

Vassili Nebenzia

Jamais, depuis que le Conseil de sécurité s’est saisi de la question du Sahara en 1975, un membre permanent n’avait opposé son veto à une résolution sur ce dossier. La Russie l’a fait ce vendredi 30 octobre. Le geste est inédit. Il en dit davantage sur l’isolement d’Alger que sur la force de sa cause.

Le 30/10/2026 à 21h17

Depuis un demi-siècle, les résolutions du Conseil sur le Sahara ont toutes été adoptées, souvent à l’unanimité, parfois avec quelques abstentions ou des votes contre de membres non permanents. Aucune n’avait été bloquée. Le 30 octobre, le projet américain qui faisait de l’autonomie sous souveraineté marocaine la seule base de négociation a pourtant recueilli onze voix sur quinze. Il est tombé sous le seul veto russe.

Le précédent le plus souvent cité confirme la règle. En avril 2013, l’administration Obama avait préparé un texte qui confiait à la MINURSO la surveillance des droits de l’homme. Face à la réaction de Rabat, Washington l’avait retiré avant même de le mettre aux voix. Les textes jugés défavorables au Maroc n’ont jamais atteint le stade du vote. Aucun veto n’a donc jamais été nécessaire pour les arrêter.

La Russie elle-même n’avait jamais franchi ce pas. Depuis plusieurs années, elle se contentait de s’abstenir lors du renouvellement de la mission, y compris en octobre 2025 sur la résolution 2797. Son représentant, Vassili Nebenzia, avait alors jugé le texte «déséquilibré», mais expliqué que Moscou ne le bloquait pas afin de «donner une chance de plus» au processus de paix. Un an plus tard, et trois jours après une nouvelle rencontre entre Ahmed Attaf et Sergueï Lavrov à Moscou, la Russie a changé d’attitude.

Le caractère inédit du veto se double d’un second fait sans précédent: l’échec immédiat du texte russe. Soumis au vote dans la foulée, le contre-projet de Moscou, qui prolongeait la mission sans rien changer, n’a obtenu que trois voix, celles de la Russie, de la Chine et de la Somalie. Onze membres se sont abstenus et les États-Unis ont voté contre. Le Conseil a donc refusé, le même jour, le retour au statu quo que réclamait Alger.

Un veto est d’ordinaire l’arme de celui qui défend une position partagée par d’autres. Celui-ci a été employé pour une cause qui, au Conseil de sécurité, ne rassemble plus que trois voix sur quinze.

Par Mohamed Chakir Alaoui
Le 30/10/2026 à 21h17