Après le veto russe, quatre scénarios pour le Sahara, et aucun ne rend le référendum à Alger

Une réunion du Conseil de sécurité.

En opposant son veto au projet américain, la Russie a privé le Conseil de sécurité d’une résolution soutenue par onze de ses quinze membres. Le mandat de la MINURSO arrive à échéance ce 31 octobre. Le blocage ouvre une période d’incertitude, mais aucune des issues possibles ne ramène le dossier là où Alger voudrait le voir revenir.

Le 30/10/2026 à 20h36

Le décompte dit l’essentiel. Le 30 octobre, le projet de résolution présenté par les États-Unis a recueilli onze voix pour, une voix contre, celle de la Russie, et trois abstentions, celles de la Chine, du Pakistan et de la Somalie. Le texte disposait donc d’une large majorité. Il est tombé pour une seule raison: la voix contre était celle d’un membre permanent. Le projet faisait de l’initiative marocaine d’autonomie la seule base des négociations, rebaptisait la mission MINUSO en supprimant la référence au référendum, et prolongeait son mandat jusqu’au 31 octobre 2027.

Ce veto marque une rupture dans l’attitude russe. Il y a un an, lors de l’adoption de la résolution 2797, Moscou s’était contenté de s’abstenir. Son représentant permanent, Vassili Nebenzia, avait alors jugé le texte «déséquilibré» et dénoncé l’«approche de cow-boy» des États-Unis, tout en expliquant que la Russie ne bloquait pas le texte pour «donner une chance de plus» au processus de paix. Entre-temps, Alger s’est activé. Ahmed Attaf a rencontré Sergueï Lavrov à New York le 24 septembre, puis à Moscou le 27 octobre, trois jours avant le vote, et le Sahara figurait à l’ordre du jour. L’Algérie, qui ne siège plus au Conseil, a obtenu de son principal fournisseur d’armes ce qu’elle ne pouvait plus obtenir par ses propres voix.

Que se passe-t-il maintenant? Quatre scénarios se dessinent.

Le premier est celui d’une prolongation technique. C’est la solution la plus courante lorsque le Conseil se divise: un texte court, qui reconduit le mandat pour quelques semaines ou quelques mois sans en changer le contenu, le temps de renégocier. Selon Reuters, la Russie avait d’ailleurs fait circuler un contre-projet prolongeant la mission d’un an, sans modifier ni son nom ni ses missions. Mais ce texte n’a aucune chance de réunir neuf voix tel quel: les onze membres qui ont voté pour le projet américain ne voteront pas pour son exact contraire. Un compromis de court terme reste possible. Il ne changerait rien au fond.

Le deuxième scénario est celui d’un texte américain remanié. Washington, qui tient la plume sur ce dossier, peut revenir avec une version adoucie sur la forme, sans rien céder sur le fond, pour obtenir une abstention russe comme en 2025. Ce serait une concession de vocabulaire. L’essentiel, l’autonomie comme base des négociations, figure déjà dans la résolution 2797, que le veto n’abroge pas et qui reste la référence du Conseil.

Le troisième scénario est le plus paradoxal: l’expiration pure et simple du mandat. Si aucun texte n’est adopté, la MINURSO perd sa base juridique. Le précédent existe. En février 1999, la Chine avait opposé son veto à la prolongation de la mission de l’ONU en Macédoine, la FORDEPRENU, qui avait dû plier bagage. Pour le Maroc, la disparition de la mission ne changerait rien sur le terrain: il administre ses provinces du Sud, y investit et y organise des élections. Pour le Polisario et pour Alger, ce serait la perte du dernier dispositif onusien qui portait encore, dans son nom, la promesse d’un référendum. Le veto destiné à sauver la MINURSO pourrait ainsi précipiter sa fin.

Le quatrième scénario se joue hors du Conseil. Depuis 2022, toute utilisation du veto entraîne la convocation de l’Assemblée générale dans un délai de dix jours ouvrables, pour que le membre permanent concerné s’explique. Alger y trouvera une tribune. Mais l’Assemblée ne vote pas les mandats des opérations de maintien de la paix, et ses débats n’ont pas de portée contraignante. Dans le même temps, le processus politique se poursuit ailleurs: le projet américain saluait les trois cycles de discussions tenus à Washington et à Madrid entre le Maroc, le Polisario, l’Algérie et la Mauritanie. Ces pourparlers ne dépendent pas du renouvellement d’une mission d’observation.

Quel que soit le scénario retenu, un constat s’impose. Onze membres du Conseil sur quinze ont soutenu un texte faisant de l’autonomie l’unique base de règlement. Même la Chine, traditionnellement alignée sur Moscou dans ces dossiers, s’est abstenue au lieu de voter contre. L’Algérie, qui se présentait il y a encore deux ans comme la voix de l’Afrique au Conseil, ne peut plus compter que sur un seul vote, et ce vote n’est pas le sien.

La Russie, de son côté, ne défend pas la cause sahraouie par conviction. Elle se sert d’un dossier dont elle n’a jamais fait une priorité pour peser face à Washington et ménager un client qui lui achète l’essentiel de son armement. Ses calculs peuvent changer. La relation entre Moscou et Rabat, elle, n’a pas été rompue, et le veto n’a été accompagné d’aucune remise en cause de la résolution de 2025.

Le veto retarde une résolution. Il ne rend pas le référendum à Alger. Il montre seulement qu’il ne lui reste plus qu’une voix au Conseil de sécurité, et qu’elle parle russe.

Par Hajar Kharroubi
Le 30/10/2026 à 20h36