Dans l’ombre de l’actualité internationale, un événement géopolitique majeur s’est produit. Alors que les projecteurs étaient, ailleurs qu’au Maroc et en Algérie, braqués sur d’autres enjeux, la mission de l’Organisation des Nations unies au Sahara a pris fin, ouvrant une nouvelle ère pour ce dossier enlisé. Une analyse approfondie publiée dans The National Interest, une publication en ligne de premier plan axée sur la politique étrangère, la sécurité nationale et la défense, sous la plume de Brett D. Schaefer et Liam Karr, met en lumière les dynamiques profondes de cette affaire. Le titre est on ne peut plus évocateur: «Il était grand temps que l’ONU quitte le Sahara occidental».
Pour appréhender la portée de cette lecture, il faut mesurer l’expertise de ses auteurs. Brett D. Schaefer est chercheur principal à l’American Enterprise Institute (AEI). Ses travaux se concentrent sur les traités multilatéraux, les opérations de maintien de la paix, ainsi que le système des Nations unies et les organisations internationales. Auparavant, il a exercé comme chercheur principal à la Heritage Foundation, a siégé au sein du comité des contributions de l’ONU et a collaboré avec l’Institut américain pour la paix (USIP), en plus d’une expérience au sein du département de la Défense des États-Unis. Liam Karr, lui, est responsable de l’équipe Afrique pour le projet Critical Threats de l’AEI. Spécialiste de l’Afrique subsaharienne avec un accent particulier sur la Somalie et le Sahel, il est diplômé de l’Université de Notre Dame en science politique, en histoire, en arabe et en études de sécurité internationale.
Pour les deux auteurs, l’extinction de la MINURSO a été occulté par le tumulte politique de la période, «oubliée dans la frénésie médiatique entourant les élections de mi-mandat de 2026 aux États-Unis et le feuilleton du processus d’élection du prochain secrétaire général des Nations unies». Mais une chose est certaine: après trente-cinq années d’existence, la MINURSO s’est achevée en raison de l’incapacité du Conseil de sécurité de l’ONU à s’entendre sur le renouvellement de son mandat.
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Si cette fin a suscité des craintes d’instabilité, Schaefer et Karr adoptent une perspective pragmatique: loin d’être un rempart contre le chaos, le maintien de la paix onusien était devenu un statu quo stérile. Après plus de trois décennies, l’opération «n’aidait pas à créer des conditions propices à la recherche d’une solution politique, mais fournissait plutôt un prétexte pour en éviter une».
Obsolescence programmée
L’analyse de Brett D. Schaefer et Liam Karr suggère que la disparition de la MINURSO, loin d’être une catastrophe absolue, pourrait secouer un immobilisme diplomatique de longue date. En levant le voile d’une structure onusienne devenue un simple paravent pour geler le conflit, la fin de la mission offre l’occasion de repenser totalement la trajectoire politique et d’explorer de nouvelles voies de résolution pragmatiques.
Ceci, d’autant que la dynamique géopolitique s’est tournée au profit du Maroc. Grâce à un travail de lobbying efficace, le Maroc a réussi à éroder le soutien à la RASD sur le continent africain. Ce tournant diplomatique s’est accéléré en 2020 avec la reconnaissance officielle par les États-Unis de la souveraineté marocaine sur le Sahara. Brett D. Schaefer et Liam Karr font leur position claire de l’administration américaine: «Un État sahraoui indépendant n’est pas une option réaliste pour résoudre le conflit et… une véritable autonomie sous souveraineté marocaine est la seule solution réalisable». La reconnaissance américaine est allée de pair avec un appel pressant à engager des négociations sur cette unique base.
La communauté internationale a dû, pendant ce temps, admettre l’irréalisme persistant du référendum. De nombreux pays africains et européens ont emboîté le pas en apportant leur soutien au plan d’autonomie proposé par le Maroc dès 2007, formalisant cette position par l’ouverture de consulats dans le territoire. Cette évolution, souligne les auteurs, s’est traduite au niveau onusien par la résolution 2797 de 2025 qui somme «les parties à s’engager dans ces discussions sans conditions préalables, en prenant pour base l’Initiative marocaine d’autonomie, en vue de parvenir à une solution politique définitive» et qui reconnait «qu’une autonomie véritable pourrait représenter l’issue la plus réaliste».
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En octobre 2026, les États-Unis ont cherché à entériner ce changement en exigeant que l’autonomie sous souveraineté marocaine devienne l’unique base de négociation. Les États-Unis ont eu «raison de faire pression pour changer le statu quo», lit-on. Mais le veto de la Russie a bloqué le compromis. Faute d’accord au Conseil de sécurité, la mission a pris fin, provoquant des réactions contrastées, rappelle l’analyse: saluée par le Maroc, accueillie avec regrets par l’Algérie, la source-même du blocage.
Partant, et pour les auteurs, le maintien de la mission onusienne ne se justifiait plus, s’apparentant à une routine bureaucratique coûteuse et stérile. Il n’aurait débouché sur «aucune issue positive» et «ne correspondait plus à la position des États-Unis ni à celle d’une partie grandissante de la communauté internationale, y compris de nombreux États africains».
Citant l’ambassadeur américain Mike Waltz, l’analyse qualifie le maintien de ce statu quo d’«inhumain», dans la mesure où il «condamne une nouvelle génération au déplacement et à la souffrance» sans pour autant constituer un véritable rempart contre la guerre. «La présence de 158 casques bleus et de 201 civils de l’ONU au Sahara occidental n’a pas constitué un moyen de dissuasion contre les hostilités, mais un prétexte commode pour les éviter», lit-on.
En mettant fin à cette structure figée, Washington parie sur une relance de la diplomatie directe. L’absence de la MINURSO agira comme un électrochoc salutaire pour contraindre l’Algérie et le Front Polisario à s’engager enfin dans de véritables négociations de fond. «On ne peut qu’espérer que la fin de la MINURSO incite (les parties) à déployer des efforts sérieux pour résoudre le conflit avec l’appui des États-Unis. Car l’Histoire nous enseigne que le renouvellement du mandat de la MINURSO n’aurait pas permis d’atteindre cet objectif», conclut la revue américaine.




