La phrase a été prononcée le 4 novembre, lors d’une conférence de presse au siège des Nations unies, diffusée par UN Web TV. Interrogé sur l’existence d’un mécanisme de vérification alternatif en cas d’incident, le Secrétaire général adjoint aux opérations de paix a répondu: «À partir du 31 octobre à minuit, la MINURSO n’a plus qu’une seule tâche, qui est de procéder à son retrait. C’est tout. Donc, pas de mécanisme de vérification, rien du tout. Elle doit simplement organiser son départ.»
La réponse est sèche, et elle n’a rien d’une formule diplomatique. Pendant 35 ans, la MINURSO a été le seul témoin international à l’est comme à l’ouest du dispositif de défense. Elle comptait les positions, enregistrait les plaintes, constatait les violations. Désormais, plus personne ne constate rien au nom de l’ONU.
Jean-Pierre Lacroix est allé plus loin sur les positions que la mission tenait à l’est du mur. «Ce que la MINURSO doit faire, c’est essentiellement évacuer ses positions et se défaire de son matériel», a-t-il expliqué, avant d’ajouter que «partout où elle est implantée et présente, tout cela devra être retiré». Interrogé sur le calendrier, il a estimé que l’opération pourrait prendre «environ deux mois», en renvoyant les détails au Département de l’appui opérationnel, chargé de la liquidation.
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Le porte-parole du Secrétaire général, Stéphane Dujarric, avait déjà donné l’ampleur du chantier le 2 novembre: environ 160 observateurs militaires à rapatrier, quelque 180 civils à libérer et 13 sites à fermer. La liquidation elle-même avait été actée par Antonio Guterres dès l’expiration du mandat.
Pour le Maroc, ces déclarations ne changent rien sur le terrain. Les Forces armées royales n’ont jamais eu besoin d’un observateur onusien pour assurer la sécurité des provinces du Sud, et la résolution 2797 a déjà fait de l’autonomie sous souveraineté marocaine la seule base de négociation.
Pour Alger, en revanche, la perte est réelle. Depuis 2020 et la fin du cessez-le-feu proclamée unilatéralement par le Polisario, le régime algérien alimente un récit de guerre: bombardements, «pertes ennemies», avancées imaginaires, relayés chaque jour par l’agence officielle APS. La MINURSO ne confirmait jamais ces communiqués, mais sa présence suffisait à entretenir l’idée d’un conflit sous surveillance internationale, donc d’un dossier encore ouvert. Ce décor est démonté.
C’est d’ailleurs ce qui explique les regrets d’Alger devant la fin d’une mission qu’il avait lui-même contribué à vider de sa substance. Le régime algérien a passé des années à contester le travail des observateurs quand il ne servait pas sa thèse. Il découvre aujourd’hui qu’un témoin, même encombrant, valait mieux que pas de témoin du tout.
Jean-Pierre Lacroix a insisté sur un point: le soutien des «parties» au processus de retrait sera «très important». Autrement dit, l’ONU attend d’Alger et de ses protégés de Tindouf qu’ils laissent partir les casques bleus sans incident. Un journaliste a demandé combien de temps il faudrait pour rétablir la mission si les circonstances changeaient. Le responsable onusien a jugé la question «très hypothétique» et refusé d’y répondre.
Dans deux mois, il n’y aura plus de MINURSO pour recevoir les plaintes d’Alger. Il restera les communiqués de l’APS, et personne pour les lire à New York.



