Face à l’accentuation du stress hydrique et à la baisse continue des réserves des barrages, le Maroc accélère la mise en œuvre de sa stratégie nationale axée sur les ressources en eau non conventionnelles. Pour garantir la sécurité hydrique du pays, le gouvernement ambitionne de construire 15 nouvelles stations de dessalement de l’eau de mer d’ici 2029. Celles-ci viendront renforcer le parc existant de 17 installations, qui fournissent annuellement 410 millions de mètres cubes.
L’objectif est de porter la capacité de production à 2,3 milliards de mètres cubes par an à l’horizon 2030 ou 2033. «Ce volume se répartirait entre l’approvisionnement en eau potable, à hauteur de 1,3 milliard de mètres cubes, l’irrigation agricole, avec 700 millions de mètres cubes, et les usages industriels, auxquels seraient destinés 300 millions de mètres cubes», rapporte le quotidien L’Economiste dans son édition du jeudi 5 novembre.
Parmi les 15 projets prioritaires inscrits dans ce programme, quatre sont actuellement en cours de réalisation afin d’alléger la pression sur les ressources en eau conventionnelles. La future station de Casablanca en constitue le fleuron, avec une capacité finale prévue de 300 millions de mètres cubes par an. Sa mise en service initiale est annoncée dès cette année, avec une capacité de 200 millions de mètres cubes par an, pour approvisionner le Grand Casablanca, Settat, Berrechid et les zones littorales. Parallèlement, l’extension de la station de Jorf Lasfar permet déjà d’alimenter plusieurs agglomérations côtières ainsi que Khouribga, première ville de l’intérieur du pays à bénéficier d’eau dessalée, tandis que les chantiers de Safi et de Dakhla progressent.
L’achèvement des stations de Safi et de Dakhla, prévu en 2027, répond à des enjeux territoriaux précis, en combinant la sécurisation de l’approvisionnement en eau potable et le développement économique local. La station de Safi couvrira l’intégralité des besoins en eau potable de la population urbaine de la ville, tout en transférant une partie de sa production vers Marrakech, la capitale régionale.
De son côté, la station de Dakhla, dont les travaux sont achevés à 97%, sera essentiellement dédiée au soutien du secteur agricole. Elle consacrera 30 millions de mètres cubes par an à l’irrigation de 5 000 hectares de cultures maraîchères à haute valeur ajoutée et fournira 7 millions de mètres cubes par an pour l’approvisionnement en eau potable de la ville et de ses environs.
En parallèle de ces chantiers prioritaires, le ministère de l’Équipement, de l’Eau et des Forêts supervise un portefeuille de 11 autres projets, comprenant quatre extensions d’unités existantes et sept nouvelles constructions.
Les grands centres urbains du nord et de la façade atlantique bénéficieront, quant à eux, d’unités de production de très grande capacité d’ici la fin de la décennie. Les travaux des stations de l’Oriental, de Tanger et de Rabat, dont les capacités de production seront comprises entre 150 et 300 millions de mètres cubes par an, devraient s’achever à l’horizon 2029. Ces installations seront complétées en 2030 par celles de Tan-Tan/Guelmim, du Souss-Massa et de Tarfaya. La station de Boujdour viendra clore ce programme d’aménagement hydraulique, avec une entrée en service prévue en 2033.
L’ensemble de ces infrastructures s’inscrit dans une démarche durable, avec un approvisionnement énergétique reposant exclusivement sur les énergies renouvelables, notamment solaire et éolienne. Le dessalement par osmose inverse est particulièrement énergivore : il nécessite en moyenne 3 à 4 kWh par mètre cube produit. La facture énergétique représente ainsi environ 40% des coûts de fonctionnement d’une station. Le recours aux énergies renouvelables permet de préserver la viabilité économique du modèle hydraulique marocain, tout en réduisant sensiblement l’empreinte carbone et les émissions de gaz à effet de serre associées à ces procédés industriels.


