Stations de dessalement, barrages, transferts d’eau... ce que prévoit le programme gouvernemental

La station de dessalement d'eau de mer de Jorf Lasfar. (PHOTO: MAP)

Dessalement, petits barrages, transferts entre bassins... Dans son programme, le gouvernement veut diversifier l’offre en eau. Il s’attaque aussi à la demande, avec le contrôle des volumes prélevés dans les nappes. Voici comment.

Le 21/10/2026 à 10h00

Selon le programme gouvernemental, les projets d’urgence, le dessalement et les transferts d’eau ont renforcé la capacité de résistance du pays. Mais la gestion de la demande a pris du retard, l’efficience hydrique reste limitée et les projets de réutilisation des eaux usées avancent lentement.

Pour sécuriser l’approvisionnement, le gouvernement mise sur trois leviers. Le premier est la multiplication des petits barrages et des barrages collinaires, avec une valorisation des eaux de pluie. Il vise surtout les zones arides, semi-arides et montagneuses, ainsi que les oasis. Le deuxième est l’accélération du dessalement de l’eau de mer. Cette eau serait destinée en priorité à la consommation humaine, et à l’irrigation dans certaines zones. Le troisième est le transfert d’eau entre bassins et entre régions, à condition que la faisabilité soit établie et que les équilibres hydriques des zones concernées soient préservés.

Concrètement, le programme gouvernemental prévoit environ 400 ouvrages hydrauliques, répartis entre petits barrages, barrages collinaires et ouvrages de collecte des eaux pluviales.

Il annonce 6 nouvelles stations de dessalement, en plus de celles dont les travaux viennent d’être lancés, avec pour objectif de mobiliser 1,8 milliard de m³ à l’horizon 2031. Le texte programme aussi la deuxième tranche du projet de transfert entre bassins. Elle acheminera l’eau du bassin du Bouregreg vers celui de l’Oum Er-Rbia, au niveau du barrage Al Massira.

Mieux gérer la demande

Le gouvernement veut aussi agir sur la consommation. Il cible d’abord les nappes souterraines, qu’il entend protéger par des contrats de nappe à gestion partagée. Ces contrats associeraient tous les acteurs concernés à la décision. Le texte annonce des règles strictes de contrôle des volumes prélevés, pour mettre fin à la surexploitation, et des solutions de recharge artificielle des nappes.

La réutilisation des eaux usées traitées doit s’accélérer. Elle vise à réduire la pression sur l’eau destinée à l’arrosage des espaces verts et des terrains de sport. Le gouvernement s’engage par ailleurs à réviser les textes qui régissent l’affectation et la distribution des eaux des barrages. Il promet de renforcer les moyens de contrôle du domaine public hydraulique.

L’ensemble sera encadré par un nouveau plan national de l’eau. Il sera élaboré de façon participative et associera les ministères, les établissements publics, les collectivités territoriales, les acteurs économiques et la société civile. Il définira une vision pour chaque bassin, avec les priorités d’intervention, les investissements, les mécanismes de financement et le suivi. Il doit aussi assurer la convergence entre les politiques de l’eau, de l’agriculture, de l’énergie, de l’environnement et de l’aménagement du territoire.

Le secteur agricole concentre une partie importante des mesures. Le programme rappelle que le stock des barrages dépasse 11,1 milliards de m³, avec un taux de remplissage de 65,7% début octobre 2026. Il était de 32,1% à la même période l’an dernier. Le texte estime que ce gain impose de mieux exploiter la ressource, et d’abord de généraliser l’irrigation localisée.

Moins d’eau par hectare, plus de valeur par mètre cube

Le gouvernement prévoit un programme sur 350.000 hectares. La superficie équipée en irrigation économe atteindrait alors environ 1,2 million d’hectares, soit près de 70% des superficies irriguées du pays. Il annonce aussi une comptabilité hydrique précise, avec la généralisation des compteurs, ainsi que des contrats de nappe pour le secteur agricole. Les aides du Fonds de développement agricole seraient liées au bilan hydrique des projets.

Le programme veut également réviser le code des investissements agricoles. Les aides publiques et les incitations dépendraient de critères d’efficience hydrique. Un zonage agricole, fondé sur une carte nationale des vocations, orienterait les cultures selon le sol, le climat et les ressources en eau de chaque zone. Le texte change enfin d’indicateur. La logique des hectares et des tonnes laisse la place à la valeur ajoutée par mètre cube d’eau et par emploi. Le gouvernement encourage en outre le pompage solaire, pour réduire le coût énergétique de l’irrigation dans les zones qui dépendent des puits et des forages.

Le programme consacre un volet à l’eau en milieu rural. Il prévoit d’alimenter en eau potable les douars qui ne sont pas encore raccordés, d’installer des fontaines publiques et des branchements individuels dans les centres, et de réparer les points d’eau.

Il annonce aussi l’extension de l’assainissement liquide dans les centres ruraux. Le gouvernement prévoit environ 1.000 points d’eau en zones pastorales, un chantier lié à la reconstitution du cheptel national. Les écoles sont concernées. Le gouvernement s’engage à généraliser l’accès à l’eau potable et à des sanitaires adaptés dans tous les établissements scolaires d’ici 2031.

Par Hajar Kharroubi
Le 21/10/2026 à 10h00