Industrie aéronautique: le Maroc prépare son nouvel envol

Au sein du centre de prototypage aéronautique inauguré, mardi 30 septembre, à Nouaceur. (S.Kadry/Le360)

Revue de presseDevenu en un quart de siècle la deuxième filière exportatrice du Royaume derrière l’automobile, le secteur aéronautique marocain affiche une croissance spectaculaire tirée par près de 160 entreprises. Face à la saturation des carnets de commandes mondiaux, le pays capitalise sur la formation et ses infrastructures de pointe pour passer du statut de base de production compétitive à celui de partenaire technologique stratégique des géants mondiaux du ciel. Cet article est une revue de presse tirée de Challenge.

Le 20/10/2026 à 20h05

En l’espace d’un quart de siècle, le Maroc a su se hisser jusqu’à bâtir une véritable puissance industrielle aéronautique, se hissant au premier rang des plateformes du continent africain, très loin devant l’Afrique du Sud. Deuxième filière exportatrice du Royaume derrière l’automobile, le secteur rassemble désormais près de 160 entreprises et génère environ 27.000 emplois qualifiés, où les femmes représentent 40% des effectifs. Les indicateurs financiers témoignent de cette croissance fulgurante: à la fin du mois d’août 2026, les expéditions atteignaient 17,3 milliards de dirhams, en progression de 19,3%, représentant 6,2% des exportations nationales globales alors que le secteur était à 0%, il y a 25 ans. Alors que le chiffre d’affaires à l’export avoisine 3 milliards d’euros, le pays ambitionne de multiplier par 2 ce volume à l’horizon 2030, fort d’un taux d’intégration locale qui dépasse 40%, indique le magazine hebdomadaire Challenge.

Ce succès ne doit rien au hasard, et s’appuie sur une vision stratégique à long terme combinant foncier industriel, formation sur mesure et proximité géographique avec l’Europe. Deux piliers fondamentaux ont soutenu cette trajectoire. D’une part, la formation par alternance dispensée au sein de l’Institut des Métiers de l’Aéronautique (IMA) à Nouaceur, directement conçu pour répondre aux besoins opérationnels des industriels. D’autre part, le développement de la plateforme industrielle intégrée Midparc, en partenariat avec la CDG. Grâce à cet environnement ultra-compétitif, les géants mondiaux tels que Boeing, Airbus, Safran ou Pratt & Whitney ont progressivement confié au pays des opérations de plus en plus complexes, faisant passer le Royaume du statut de simple sous-traitant à celui de maillon indispensable dans la chaîne de valeur mondiale.

À présent, l’industrie aéronautique marocaine franchit un nouveau seuil stratégique en basculant de la sous-traitance à la conception partagée et aux systèmes critiques. Comme le souligne Hamid Benbrahim El Andaloussi, président de Midparc, la phase historique «Maroc Aéro 1.0», fondée sur la compétitivité et la fiabilité de la co-localisation, cède la place à un partenariat technologique de haut niveau. Le pays produit désormais en exclusivité mondiale certains composants structuraux majeurs, devenant une source unique d’approvisionnement dont l’arrêt impacterait directement les chaînes d’assemblage globales. Cette montée en gamme s’illustre notamment par les implantations stratégiques de Safran à Midparc pour l’assemblage et la maintenance du moteur LEAP, qui équipe les avions monocouloirs d’Airbus, Boeing et Comac, ainsi que pour la fabrication de trains d’atterrissage, lit-on dans Challenge.

Cette transition s’opère dans un contexte international marqué par une tension extrême sur la production, où les carnets de commandes saturés des constructeurs imposent des délais de livraison de 7 à 8 ans pour les appareils neufs. Face à ce marché estimé à 10.000 milliards de dollars pour 45.000 avions à produire sur 20 ans, ainsi qu’à la pénurie mondiale de talents, la plateforme marocaine apparaît comme un relais de croissance incontournable. Le secteur de la maintenance, réparation et révision (MRO), combiné aux opérations de modification et de transformation de flottes vieillissantes, s’impose comme un levier majeur qui devrait représenter entre 40% et 45% du chiffre d’affaires mondial de l’aéronautique à terme, ouvrant d’immenses opportunités pour les sites marocains.

En parallèle de la complexification technologique, la décarbonation constitue le second grand défi du secteur pour atteindre la neutralité carbone à l’horizon 2050. L’intégration des carburants d’aviation durables (SAF), des nouveaux matériaux et des futures technologies liées à l’hydrogène impose des ruptures industrielles majeures.

Dans cette course à la transition écologique, le Maroc dispose d’un avantage compétitif substantiel grâce à son potentiel exceptionnel en énergies renouvelables, solaire et éolien, ainsi qu’à ses investissements massifs dans l’hydrogène vert. Ces atouts permettent aux équipementiers installés dans le Royaume de fabriquer des composants à très faible empreinte carbone, répondant par avance aux normes environnementales les plus strictes imposées aux donneurs d’ordre.

Les compétences acquises dans l’aéronautique civile constituent le socle d’une vision plus vaste visant à faire émerger une véritable «TechnoValley» marocaine à Nouaceur. Les standards d’exigence, de traçabilité, de précision et de certification développés pour l’aérien ont vocation à irriguer d’autres industries de souveraineté et de haute technologie, à l’image des équipements médicaux de pointe ou de la sécurité, souligne Challenge.

C’est tout particulièrement le secteur de la défense qui concentre les nouvelles ambitions nationales, où la maîtrise locale de systèmes complexes et de composants critiques doit permettre au Maroc de transformer sa réussite aéronautique en un pôle technologique multi-sectoriel stratégique.

Par La Rédaction
Le 20/10/2026 à 20h05