Sahara: le Maroc veut faire évoluer la position mexicaine

L'ambassadeur du Maroc au Mexique, Abdelfattah Lebbar.

Le paysage diplomatique latino-américain évolue sur la question du Sahara marocain, et le Mexique apparaît de plus en plus en décalage avec plusieurs de ses partenaires régionaux. Devant le président du Sénat mexicain, l’ambassadeur Abdelfattah Lebbar a mis en évidence cette divergence, tout en exprimant le souhait de voir Mexico se rapprocher progressivement du plan marocain d’autonomie, qui recueille un soutien croissant dans la région.

Le 20/10/2026 à 11h25

La question du Sahara marocain s’est invitée au premier plan de la rencontre du 19 octobre entre l’ambassadeur du Royaume du Maroc au Mexique, Abdelfattah Lebbar, et le président du Sénat mexicain, Higinio Martínez Miranda. Au-delà du bilan des relations bilatérales et des perspectives de coopération, le diplomate marocain a porté un message politique précis. Le Maroc souhaite voir le Mexique faire évoluer progressivement sa position pour rejoindre les pays qui soutiennent son initiative d’autonomie.

«Le Maroc espère que le Mexique pourra rapprocher progressivement sa position de celle d’un nombre croissant de pays qui soutiennent l’initiative marocaine d’autonomie», a déclaré Abdelfattah Lebbar. Une formulation mesurée, mais sans ambiguïté. L’ambassadeur a présenté cette éventuelle évolution comme un facteur de renforcement de la confiance politique entre les deux pays et comme un moyen de donner toute sa portée à leur potentiel de coopération.

Cette démarche intervient alors que plusieurs gouvernements latino-américains ont apporté leur soutien au plan marocain d’autonomie ou reconnu la souveraineté du Royaume sur le Sahara. Le Chili et le Paraguay figurent parmi les pays ayant récemment exprimé leur appui à la position marocaine.

Le Mexique, de son côté, continue d’entretenir des relations diplomatiques avec la pseudo-RASD. La multiplication des soutiens au Maroc accentue le contraste entre la position mexicaine et l’évolution diplomatique engagée par plusieurs de ses partenaires latino-américains.

La résolution 2797, une étape majeure du processus politique

Abdelfattah Lebbar a également rappelé la portée de la résolution 2797 du Conseil de sécurité des Nations unies, adoptée le 31 octobre 2025, qui a marqué une avancée majeure pour la position marocaine sur le Sahara. En consacrant l’initiative marocaine d’autonomie comme base des négociations et en présentant une véritable autonomie comme l’issue la plus réalisable au différend, ce texte a donné un nouvel élan au processus politique. Pour l’ambassadeur, cette évolution, conjuguée au soutien croissant de la communauté internationale au plan marocain, constitue une raison supplémentaire pour le Mexique de reconsidérer sa position et d’inscrire ses relations avec le Royaume dans une dynamique de rapprochement politique.

L’ambassadeur a ainsi appelé le Mexique à faire évoluer progressivement sa position sur le Sahara marocain, dans le sillage des nombreux pays qui ont déjà apporté leur soutien au plan d’autonomie proposé par le Royaume.

La question du Sahara marocain constitue un enjeu central dans les relations du Royaume avec ses partenaires étrangers, et le rapprochement souhaité avec le Mexique ne saurait faire abstraction de la position de ce dernier sur l’intégrité territoriale du Maroc.

Des échanges parlementaires à une coopération plus structurée

Une large partie de l’intervention d’Abdelfattah Lebbar a été consacrée aux perspectives de renforcement de la coopération entre le Maroc et le Mexique.

Le diplomate a d’abord félicité Higinio Martínez Miranda pour son élection à la présidence du Sénat et l’a remercié d’avoir accepté cette rencontre. Il y a vu l’occasion de réaffirmer les liens d’amitié et de respect mutuel entre deux pays éloignés géographiquement, mais rapprochés, selon lui, par des civilisations millénaires, un riche patrimoine historique et le dynamisme de leurs sociétés.

L’ambassadeur est revenu sur les échanges parlementaires organisés ces dernières années. En 2022, Olga Sánchez Cordero, alors présidente du Sénat mexicain, s’était rendue au Maroc à la tête d’une délégation de sénateurs. Deux ans plus tard, Enaam Mayara, qui présidait alors la Chambre des conseillers du Royaume, avait effectué une visite au Mexique, où il avait été reçu par la sénatrice Ana Lilia Rivera, à l’époque présidente du Sénat.

Pour Abdelfattah Lebbar, ces visites témoignent d’une volonté commune de renforcer la diplomatie parlementaire. Dans cette perspective, il a invité Higinio Martínez Miranda à effectuer une visite de travail au Maroc, lorsque son agenda le permettra.

L’objectif serait d’approfondir le dialogue politique, de favoriser le partage d’expériences et d’identifier de nouvelles possibilités de coopération, afin de bâtir une relation «plus structurée, ambitieuse et axée sur les résultats».

Le diplomate a également évoqué un geste symbolique entre les deux institutions. Répondant favorablement à une demande du Sénat mexicain, le Maroc a offert une fontaine ornementale destinée à être installée au siège de l’institution législative. Abdelfattah Lebbar a exprimé le souhait qu’elle puisse être mise en place prochainement, en présence de Higinio Martínez Miranda, comme «symbole durable» de l’amitié entre les deux peuples.

Entreprises, engrais phosphatés et nouvelles perspectives économiques

Sur le plan économique, l’ambassadeur a plaidé pour que les missions d’affaires organisées ces dernières années débouchent désormais sur des projets concrets.

Il a rappelé qu’en 2023, une délégation d’entrepreneurs mexicains conduite par Francisco Cervantes s’était rendue au Maroc. Il a également mentionné la visite d’hommes d’affaires marocains en 2024, puis la mission économique effectuée au Mexique en septembre 2025 sous la conduite de Chakib Alj, président de la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM).

Plusieurs secteurs ont été identifiés comme particulièrement prometteurs, notamment les énergies renouvelables, l’industrie automobile, l’agro-industrie, les infrastructures, la logistique et l’innovation technologique.

Abdelfattah Lebbar a notamment insisté sur la place du Maroc parmi les principaux producteurs et exportateurs mondiaux d’engrais phosphatés. Un positionnement qui, selon lui, pourrait ouvrir de nouvelles perspectives de coopération avec le Mexique dans les domaines de la fertilisation agricole, de l’amélioration de la productivité, du transfert de savoir-faire et du développement de solutions adaptées aux besoins du secteur agroalimentaire.

L’ambition affichée est de dépasser le stade des rencontres entre opérateurs économiques pour installer une coopération plus régulière et plus concrète. Le diplomate a ainsi présenté les complémentarités entre les deux économies comme un levier pour intensifier les échanges commerciaux et favoriser de nouveaux investissements.

Culture et universités, des passerelles entre les deux sociétés

La dimension culturelle a également occupé une place importante dans le discours de l’ambassadeur. Abdelfattah Lebbar a rappelé la participation du Maroc, en qualité d’invité d’honneur, à plusieurs manifestations organisées au Mexique, parmi lesquelles la Foire internationale du livre de l’Université Juárez Autónoma de Tabasco, la Foire de Sonora, la Foire aux fleurs de San Ángel et le Salon international du livre et de la lecture de Morelia, organisé en octobre.

Selon lui, ces rendez-vous ont permis au public mexicain de découvrir plus largement le patrimoine, la littérature, les traditions et la création artistique du Royaume.

Le diplomate a également mis en avant les accords de coopération universitaire, notamment ceux conclus avec l’Université nationale autonome du Mexique (UNAM). Ces partenariats pourraient favoriser les échanges académiques, la mobilité des étudiants et des enseignants ainsi que la réalisation de projets scientifiques communs.

Il a rappelé à cet égard qu’Enrique Graue, ancien recteur de l’UNAM, avait reçu un doctorat honoris causa au Maroc trois ans auparavant.

Pour l’ambassadeur, ces initiatives illustrent une relation qui ne se limite pas aux échanges diplomatiques officiels, mais se construit aussi à travers les institutions, les entreprises, les universités et les liens humains.

Abdelfattah Lebbar est enfin revenu sur l’accueil réservé à la délégation marocaine à Monterrey lors de la Coupe du monde. Il a raconté avoir croisé de nombreux Mexicains portant le maillot du Maroc, chantant, dansant et célébrant aux côtés des supporters marocains. «Nous sommes éloignés géographiquement, mais très proches par le cœur», a-t-il déclaré, assurant que le peuple marocain n’oublierait pas cet accueil.

Il a également exprimé le souhait de voir les Mexicains bénéficier, à leur tour, de l’hospitalité marocaine lors de la Coupe du monde 2030.

Mais au-delà des invitations, des projets d’investissement et des échanges culturels, le message adressé au Sénat mexicain était aussi diplomatique. Le Maroc entend approfondir ses relations avec le Mexique, tout en souhaitant voir ce dernier rapprocher sa position sur le Sahara de l’initiative marocaine d’autonomie.

Par Faiza Rhoul
Le 20/10/2026 à 11h25