El Mansouri dévoile sa feuille de route: un programme axé sur l’État social, la discipline et la souveraineté

La cheffe du gouvernement, Fatima Ezzahra El Mansouri, devant le Parlement, lundi 19 octobre 2026.

La cheffe du gouvernement, Fatima Ezzahra El Mansouri, devant le Parlement, lundi 19 octobre 2026.

Une croissance moyenne de 5%, un déficit maîtrisé à 3% du PIB et un renforcement inédit des aides directes aux ménages et des dispositifs de formation et d’emploi des jeunes: Fatima Ezzahra El Mansouri a présenté ce lundi devant les deux Chambres du Parlement le programme de son gouvernement. Synthèse.

Le 19/10/2026 à 16h45

Devant les deux Chambres du Parlement réunies ce lundi, la cheffe du gouvernement, Fatima Ezzahra El Mansouri, a présenté le programme général de la nouvelle équipe exécutive. Conformément à l’article 88 de la Constitution, ce grand oral parlementaire marque le coup d’envoi d’un contrat politique et institutionnel ambitieux. Bâtie autour des priorités fixées par le roi Mohammed VI et s’inspirant du Nouveau modèle de développement, l’action gouvernementale entend opérer un basculement qualitatif: passer de l’extension quantitative à l’exigence d’efficacité, d’équité et d’impact direct dans le quotidien des citoyens.

Cadre macroéconomique: réalisme et soutenabilité

Pour réussir le financement d’un État social étendu sans compromettre les équilibres fondamentaux de la Nation, l’exécutif adopte une trajectoire financière encadrée. Sur le plan de la croissance, l’objectif fixé est d’atteindre un rythme moyen de 5% par an, porté par un redressement de l’investissement productif et une plus grande contribution de l’économie à la création d’emplois durables.

Parallèlement, la protection du pouvoir d’achat demeure un pilier central de l’action publique. Le gouvernement s’engage ainsi à maintenir un niveau d’inflation maîtrisé, plafonné aux alentours de 2% en moyenne annuelle, afin de prévenir l’érosion des revenus des ménages. Sur le plan des finances publiques, la maîtrise des dépenses et l’élargissement rationnel de l’assiette fiscale doivent permettre de stabiliser le déficit budgétaire à un seuil strict de 3% du PIB sur l’ensemble du mandat. Cette rigueur dans l’exécution budgétaire contribuera directement à placer la dette publique sur une courbe descendante, avec pour cible un ratio ramené à environ 62% du PIB d’ici 2031.

Des arbitrages ciblés en faveur des ménages

L’État social promis par la majorité se concrétise à travers plusieurs dispositifs d’aide directe et de révision des revenus. Parmi les mesures phares d’allègement du coût de la vie figure l’instauration d’un soutien social automatique couvrant l’intégralité de la facture d’électricité pour les logements principaux dont le montant mensuel ne dépasse pas 100 dirhams. Ce mécanisme, ciblé sur les ménages les plus vulnérables, sera déclenché sans aucune démarche administrative préalable ni déplacement des usagers, a précisé El Mansouri.

En matière de solidarité nationale, le chantier royal de la protection sociale franchit un nouveau palier. Le gouvernement s’engage à revaloriser progressivement le montant du soutien social direct pour le porter de 500 dirhams à 1.000 dirhams par mois à la fin du mandat, tout en révisant les critères d’attribution sur la base du revenu effectif des familles. En outre, le régime de retraite fera l’objet d’une réforme structurelle et concertée dans le cadre du dialogue social. Celle-ci garantira un relèvement progressif du minimum légal de pension à 3.000 dirhams par mois dans les différents régimes principaux. Par ailleurs, une mesure d’équité sociale accordera désormais aux veuves le droit de percevoir une pension complète équivalant à 100% des droits du conjoint décédé, contre 50% jusqu’à présent, tout en maintenant la protection des droits des orphelins.

Résorber les fractures sociales et territoriales

Face au chômage structural des jeunes et au phénomène des NEET (2,9 millions des 15-29 ans sortis du système éducatif et de l’emploi), le gouvernement lancera, dès 2027, un programme national de soutien territorialisé. Ce dispositif permettra de former chaque année 100.000 jeunes en adéquation étroite avec les besoins des entreprises, tout en offrant à 100.000 autres leur première opportunité professionnelle. Parallèlement, la capacité d’accueil de la formation par alternance sera portée à un effectif compris entre 150.000 et 200.000 bénéficiaires annuels, tandis que 60.000 petites entreprises bénéficieront d’un accompagnement sur mesure pour assurer leur pérennité et leur accès à la commande publique.

Sur le front de l’éducation, l’objectif central est de rehausser la qualité de l’école publique. Le gouvernement ambitionne ainsi d’atteindre un taux d’au moins 80% d’élèves maîtrisant les compétences et apprentissages de base d’ici 2031, notamment par l’extension du modèle des écoles pionnières. Dans le même temps, un plan national ciblera le «zéro abandon scolaire» à l’horizon 2030, grâce à un système d’alerte précoce et d’orientation prioritaire vers la formation professionnelle ou la réinsertion.

Concernant la politique de l’habitat, le programme marque un changement de paradigme en passant de la simple construction de logements à la création d’espaces de vie décents et connectés aux bassins d’emploi. Un accent particulier est mis sur le monde rural avec la création d’un programme spécifique visant la construction ou la réhabilitation de 100.000 logements dans les centres ruraux émergents au cours de cette législature. Les ménages éligibles bénéficieront d’une subvention directe de 40.000 dirhams, appuyée par un accompagnement technique gratuit et la simplification des règles d’urbanisme en milieu rural.

Sécurité hydrique, énergétique et alimentaire

Dans un monde marqué par l’instabilité géopolitique et le dérèglement climatique, la préservation des ressources vitales constitue un axe prioritaire du programme gouvernemental. En ce qui concerne l’eau, la stratégie repose sur une diversification accélérée des ressources non conventionnelles, avec l’objectif de mobiliser 1,8 milliard de mètres cubes d’eau de mer dessalée d’ici 2031. Ce chantier sera mené en parallèle avec la multiplication des barrages et la réalisation de transferts d’eau interbassins, afin de préserver l’équilibre de chaque région.

En matière d’indépendance énergétique, le gouvernement s’engage à porter la part des énergies renouvelables à plus de 52% du mix électrique national à l’horizon 2030, tout en accélérant la mise en œuvre de l’Offre Maroc pour l’hydrogène vert et la feuille de route du gaz naturel.

Du côté de la souveraineté alimentaire, la priorité sera donnée à la maîtrise des facteurs de production agricole. Un programme national vise à faire passer la part des semences d’origine locale de 20% actuellement à 50% d’ici la fin du mandat, réduisant ainsi la dépendance extérieure des filières stratégiques.

Décentralisation et relance de l’investissement privé

Sur le plan institutionnel et territorial, l’exécutif entend donner une nouvelle impulsion à la régionalisation avancée. Pour garantir l’autonomie et l’efficacité des collectivités territoriales, la masse des transferts financiers accordés par l’État aux conseils régionaux atteindra un plancher d’au moins 12 milliards de dirhams par an dès 2027, appuyée par le déploiement complet de la déconcentration administrative.

En matière de moralisation de la vie publique et d’assainissement du climat des affaires, le gouvernement poursuivra le renforcement du cadre légal contre la corruption, les conflits d’intérêts et l’enrichissement illicite.

Pour encourager l’entreprenariat national, une contrainte réglementaire imposera désormais aux titulaires des grands marchés publics de réserver au moins 30% de la valeur globale de leurs contrats aux micro, petites et moyennes entreprises marocaines.

La transformation économique du Royaume repose sur un rééquilibrage de l’effort d’investissement. En consolidant les mécanismes du nouveau Pacte de l’Investissement et la feuille de route touristique 2027-2030, qui vise l’accueil de 26 millions de visiteurs d’ici 2030, le gouvernement entend faire passer la contribution du secteur privé aux deux tiers de l’investissement global national, confirmant la position du Maroc en tant que puissance économique émergente et résiliente.

Par Tarik Qattab
Le 19/10/2026 à 16h45