Gouvernement El Mansouri: la nouvelle carte du pouvoir économique

Le roi Mohammed VI entouré des membres du nouveau gouvernement dirigé par Fatima-Zahra El Mansouri, lors de la cérémonie de nomination au Palais royal de Rabat, vendredi 16 octobre 2026.

Revue de presseEn redessinant les contours de ses ministères clés, le gouvernement mené par Fatima Ezzahra El Mansouri opère une restructuration majeure de son architecture économique. Du rattachement de l’Investissement à l’Industrie jusqu’à la promotion institutionnelle de l’intelligence artificielle et de la souveraineté alimentaire, cette nouvelle géographie institutionnelle vise une plus grande efficacité, mais place la coordination interministérielle au cœur du défi gouvernemental. Cet article est une revue de presse tirée du quotidien Les Inspirations Éco.

Le 19/10/2026 à 19h31

Le gouvernement mené par Fatima Ezzahra El Mansouri opère une restructuration majeure de son architecture économique. Ce remaniement ne se limite pas à une attribution de portefeuilles aux personnalités politiques, il redessine en profondeur les périmètres ministériels pour faire émerger de nouvelles priorités stratégiques. La comparaison avec le schéma précédent met en lumière un repositionnement significatif des fonctions clés de l’État. Désormais, l’attractivité économique s’arrime directement au secteur productif, la gestion budgétaire s’oriente vers la culture de résultat, et des enjeux d’avenir comme la souveraineté alimentaire ou l’intelligence artificielle obtiennent une reconnaissance institutionnelle de premier plan, bien que la portée juridique exacte de ces arbitrages doive encore être confirmée par les textes d’attribution à venir, analyse le quotidien Les Inspirations Éco.

Le changement de centre de gravité de l’Investissement constitue le pilier le plus emblématique de cette réorganisation. Auparavant rattaché sous forme de ministère délégué à la Primature pour en garantir la transversalité, l’Investissement rejoint le département de l’Industrie et du Commerce sous la conduite de Ryad Mezzour, désormais chargé de l’Inclusion économique. Ce rapprochement vise à décloisonner la chaîne de valeur, en connectant l’attraction des capitaux à la production nationale, à l’exportation, soutenue par le ministre délégué Omar Hejira, et au développement d’un tissu entrepreneurial inclusif. Néanmoins, ce glissement sectoriel soumet l’action publique à un nouveau défi de gouvernance, à savoir maintenir une capacité d’accompagnement transversale pour les projets hors industrie, notamment dans le tourisme, l’agriculture ou les services.

Du côté des finances publiques, la nomination de Fouzi Lekjaa à la tête d’un ministère de l’Économie et des Finances élargi marque une volonté claire d’optimiser l’action de l’État.

En intégrant explicitement la «Performance publique» dans l’intitulé de son département, l’exécutif effectue un virage culturel majeur, faisant passer l’évaluation budgétaire d’une simple logique comptable à une mesure rigoureuse des résultats concrets pour le Marocain. Ce mouvement suggère également un rapatriement potentiel des fonctions d’évaluation des politiques publiques au sein des Finances. La réussite de ce chantier dépendra toutefois d’une collaboration étroite avec l’ensemble des départements sectoriels et des établissements publics, qui restent les véritables bras opérationnels de la dépense de l’État, lit-on dans Les Inspirations Éco.

Face aux vulnérabilités climatiques et géopolitiques, le secteur primaire revoit son cadrage idéologique en inscrivant la «Souveraineté alimentaire» aux côtés de l’Agriculture et de la Pêche maritime, un pôle piloté par Khalid Hatimy et épaulé par Ahmed Mehdi Mezouari. Cette formulation consacre la résilience des approvisionnements et la sécurité alimentaire comme des impératifs stratégiques nationaux. Cependant, atteindre cet objectif imposera une synchronisation constante avec d’autres leviers ministériels cruciaux: l’Équipement et l’Eau confiés à Nizar Baraka pour la maîtrise des ressources hydriques, l’Industrie pour le développement de l’agroalimentaire, ainsi que le Transport et la Logistique sous la houlette d’Abdessamad Kayouh pour sécuriser les flux de distribution.

Sur le front des leviers de compétitivité et d’innovation, le cabinet El Mansouri opère d’autres arbitrages déterminants. D’une part, l’Énergie, les Mines et le Développement durable, dirigés par Charafat Afailal, forment avec les infrastructures un écosystème interdépendant indispensable à la concrétisation des investissements majeurs. D’autre part, la création d’un ministère de plein exercice dédié à l’Intelligence artificielle, à la Transformation numérique et à la Réforme de l’administration, confié à Ahmed Rahhou et assisté d’Aïcha Guellaa, offre un statut institutionnel inédit aux technologies de rupture. Le grand enjeu résidera dans la capacité de ce département à irriguer l’ensemble des secteurs économiques et des services publics, en parfaite synergie avec le système éducatif et de formation.

En opérant en parallèle un découpage des compétences relatives à l’emploi et aux qualifications, désormais réparties entre l’Éducation nationale pour la formation professionnelle, le ministère de l’Industrie pour l’inclusion et le département d’Abderrahim Chahid pour l’Emploi et le Dialogue social, l’exécutif fait le pari d’une spécialisation accrue des métiers. En fin de compte, la réussite globale de cette nouvelle géographie ministérielle reposera presque exclusivement sur l’efficacité de la coordination interministérielle. Il incombera directement à la chef du gouvernement de fluidifier les arbitrages et de maintenir une vision stratégique unifiée au travers de ces pôles à la fois autonomes et profondément interdépendants.

Par La Rédaction
Le 19/10/2026 à 19h31