Plan d’autonomie: le déni de Tebboune

Mustapha Tossa.

ChroniqueReconnaître l’échec diplomatique sur le Sahara reviendrait, pour Alger, à admettre que des décennies de soutien au Polisario ont été vaines. Une humiliation que le régime d’Abdelmadjid Tebboune refuse d’envisager, préférant cultiver le déni. Mais à force de fuir la réalité, Alger ne fait que repousser l’inévitable: l’heure des comptes et le casse-tête de l’après-Polisario.

Le 19/10/2026 à 17h00

Ceux qui pensent que, devant les performances diplomatiques marocaines, le régime algérien allait lever le drapeau blanc, reconnaître ses échecs et se livrer à un grand mea culpa se trompent lourdement. Non pas que le triomphe marocain sur le Sahara soit contestable, mais parce que le régime algérien, de par sa nature et son ADN politique, fait partie de ceux qui adorent vivre dans des réalités parallèles.

Le peu de réalisme politique qui distinguait le régime algérien s’est évaporé avec la disparition du régime de Bouteflika. Depuis l’arrivée d’Abdelmadjid Tebboune au pouvoir, il y a eu cette impression que le pays a fait un grand saut dans l’inconnu, où les délires, les obsessions et les fake news font partie de sa molécule constitutive. Le tout doublé d’une agressivité généralisée. C’est ainsi que le régime de Tebboune a provoqué des tensions et parfois des ruptures avec l’ensemble de son environnement: le Maghreb, le Sahel, l’Europe et les pays arabes. Tebboune affirme haut et fort avoir raison contre tout le monde et que tout le monde serait jaloux de sa gouvernance. Tebboune, c’est l’homme qui menace ses adversaires avec une grosse pierre à la main.

C’est cette aptitude à vivre dans des réalités parallèles qui pousserait le régime algérien à ne jamais reconnaître sa défaite. Même si demain l’ONU inscrit dans le marbre de la légalité internationale la souveraineté du Maroc sur son Sahara, le régime de Tebboune demeurera le dernier à croire le contraire et à tenter de vendre des illusions à une population assoiffée de fake news, pétrie d’une culture du complotisme et adepte des réalités parallèles.

Et pour cause. Pour le régime de Tebboune, reconnaître clairement que le Maroc a plié le match diplomatique sur le Sahara équivaut à reconnaître que tout «l’argent de Crésus» algérien dépensé pour faire vivre la fable des séparatistes du Polisario est définitivement perdu dans les limbes du désert. Il s’agit aussi de reconnaître devant la communauté internationale que l’unique dossier diplomatique de l’Algérie indépendante, à savoir la création d’un État artificiel dans le sud du Maroc, a été un échec spectaculaire. Il s’agit enfin de se priver d’un ennemi extérieur qui servait de défouloir à toutes les frustrations internes et qui permettait aussi de camoufler les multiples échecs de ses politiques publiques. À tel point que l’Algérie est devenue le pays où le sport quotidien est de faire la queue pour un bidon d’huile ou un pack de lait.

Pour toutes ces raisons, Tebboune et son régime, en tout cas tant qu’ils demeureront aux commandes, ne reconnaîtront jamais que l’Algérie a lamentablement échoué et que le Maroc a triomphalement gagné la partie. Et pour justement s’éviter d’affronter une telle réalité, la stratégie de Tebboune et de son entourage est de tenter de vendre l’idée selon laquelle cette discorde saharienne oppose exclusivement le Royaume du Maroc au Front Polisario. D’ailleurs, c’est dans cette unique séquence que la diplomatie algérienne appelle le Maroc «le Royaume du Maroc», avec, bien entendu, l’arrière-pensée de donner de la crédibilité au postulat selon lequel l’Algérie ne serait nullement concernée par cette question saharienne.

«Le Polisario est le faux nez grossier de l’armée algérienne.»

—  Mustapha Tossa

Pour tenter d’illustrer cette distance factice, Abdelmadjid Tebboune a produit, dans ses récentes sorties médiatiques, un élément de langage censé décrire une neutralité algérienne en la matière. C’est qu’il affirme sans sourciller que l’Algérie ne peut être plus sahraouie que les Sahraouis eux-mêmes.

Tebboune veut installer la fausse idée selon laquelle le Polisario disposerait d’une liberté, voire d’une souveraineté dans ses choix et ses décisions. Or ce constat ne peut tromper que les candides. Abrité, nourri, financé et armé par le régime algérien, le Polisario ne dispose d’aucune marge de manœuvre qui lui permettrait de prendre une décision contraire à l’agenda algérien. Le Polisario est le faux nez grossier de l’armée algérienne.

Et c’est bien à cause de cette proximité qu’aussi bien la diplomatie marocaine que les Nations unies tiennent absolument à qualifier l’Algérie de partie prenante à cette crise régionale et que toute grande négociation autour du plan d’autonomie proposé par le Maroc et validé par l’organisation new-yorkaise doit passer par la participation active du régime algérien.

Dans sa fuite devant ses responsabilités, Tebboune pourrait toujours continuer à jouer la petite musique de la non-implication de l’Algérie dans l’affaire saharienne. Mais cette posture, si elle lui procure la possibilité de ne pas avaler des couleuvres en public, ne convainc en réalité personne. Le principal intérêt politique de cette stratégie est de lui faire gagner du temps avant la déclaration du forfait final, qui ne tarderait plus à s’imposer à tous les Algériens.

Devant cette nouvelle donne, l’un des enjeux majeurs qui s’imposera au régime algérien, qu’il soit dirigé aujourd’hui par Abdelmadjid Tebboune ou demain par une autre personnalité forcément moins obsessionnelle à l’égard du Maroc, est la manière dont le pays va gérer les conséquences sécuritaires de la clôture de ce conflit. Que faire des réfugiés non sahraouis dans les camps de Tindouf, que le régime algérien aurait fait venir pour gonfler la fable séparatiste du Polisario? Que faire des milices armées? Comment, d’abord, les désarmer par l’intermédiaire d’une institution militaire algérienne dont une partie est réticente à la moindre concession au Maroc et rêverait de prolonger ce bras de fer entre Alger et Rabat ad vitam aeternam, son unique assurance-vie pour se maintenir au pouvoir?

Par Mustapha Tossa
Le 19/10/2026 à 17h00