Une résolution intitulée «Proposition de résolution du PPE sur La nécessité pour l’Union de se doter d’une stratégie contre l’entrisme islamiste et l’influence du réseau des Frères musulmans» a été adoptée par 381 parlementaires européens sur 563 votants. Une large majorité qui en dit long sur la détermination de l’architecture du pouvoir européen à traiter avec une forme de radicalité nouvelle le phénomène de l’islamisme politique.
À première vue, cette résolution ne met pas automatiquement la confrérie des Frères musulmans sur la liste des organisations terroristes, mais elle envisage des mesures d’exclusion et de punition qui visent ouvertement les personnalités et les organismes qui se réclament de cette organisation religieuse transnationale.
Parmi les décisions qui sont proposées par cette résolution, la fermeture hermétique des institutions européennes à cette confrérie. Au jour d’aujourd’hui, comme toute force de lobbying, les Frères musulmans avaient pignon sur rue dans les allées du pouvoir européen. Leurs structures et les personnalités qui se réclamaient de leur mouvance étaient régulièrement consultées et même parfois associées à certains décisions, ce qui leur offrait crédibilité et respectabilité. Cet accès ouvert vers les institutions européennes vient de se fermer brutalement, privant la confrérie d’une tribune de négociation et parfois de chantage à la paix sociale régulièrement brandi par les plus zélés d’entre eux.
Le second coup apportée par cette résolution à cette confrérie est le focus ultra sécuritaire imposé aux finances qui nourrissent ses activités sur le territoire européen. Le parlement de Strasbourg veut suivre cette stratégie pour affaiblir la confrérie, traquer l’argent avec une minutieuse traçabilité, frapper le portefeuille à l’aide du redoutable glaive du fisc et assécher le maximum les sources du financement des Frères musulmans.
Cette politique est déjà pratiquée avec un certains succès à l’égard des organisations terroristes déjà reconnues à l’aide de nombreux mécanismes dont Tracfin. L’appliquer aux finances de la confrérie des Frères musulmans pourrait s’apparenter à une énorme coup donné dans la fourmilière et affaiblirait notoirement son activisme politique et religieux.
Le troisième volet de cette contre-offensive est purement sécuritaire. Il s’agit de jeter une lumière crue sur les mécanismes d’octroi de visas Schengen à des personnalités soupçonnées d’avoir des liens avec la mouvance des Frères musulmans. Aux yeux des parlementaires européens, cette mesure vise ouvertement à entraver la capacité des cadres de cette structure et des sympathisants à se mouvoir librement vers les pays européens de l’espace Schengen. Évidement cette mesure vise surtout les non nationaux européens mais elle démontre une détermination sécuritaire à paralyser la confrérie et diminuer ses capacités de mouvements et d’expansion.
Le quatrième facteur est sans doute les plus dangereux pour la confrérie car il prépare les esprits en Europe à prendre la décision historique de qualifier les Frères musulmans d’organisation terroriste. La résolution formule un vœux à destination des pays membres de livrer au conseil de l’Union des évaluations de structures et de personnalités liées à la mouvance des Frères musulmans susceptible de constituer un dossier solide pour les placer dans une liste d’organisations terroristes aux côtés des gardiens de la révolution iranienne et du Hamas palestiniens.
Mais cette démarche n’est pas aisée à réaliser dans le contexte actuelle. Pour que la confrérie des Frères musulmans soit officiellement reconnue comme une organisation terroriste sur le territoire Europe, il y a une nécessité à aboutir à une unanimité des 27 pays européens, qui doivent voter comme un seul homme sur cette décision historique. Or il est de notoriété publique qu’il y a toujours sinon des divergences du moins des hésitations de la part de certains pays à sauter ce pas, comme l’Espagne, l’Irlande, la Slovénie ou la Belgique.
Et la différence d’appréciation selon les cultures et la puissance de la confrérie des Frères musulmans est à trouver dans le fait que dans un pays comme la France, l’activisme de la confrérie nourrit l’entrisme et le séparatisme, alors que dans d’autres pays ce même activisme est considéré comme un simple exercice du culte sans grand danger pour les équilibres de la société. D’ailleurs c’est de la France que sont parties cette idée et cette offensive, qui a servi de plate-forme à la résolution du parlement européen du 8 octobre 2026.
Les pays européens ne se trouvent pas sur la même dynamique de l’urgence pour combattre les Frères musulmans. Certains, très pointilleux sur la culture juridique, exigent des preuves incontestables de l’implication de la confrérie dans des attentats terroristes avant d’envisager la possibilité de l’inscrire sur la liste des structures terroristes. Ce qui, sur un plan purement juridique est difficile à procurer.




