Racisme en Espagne: mobilisation après le meurtre d’Imad, un jeune marocain, la famille réclame justice

La mère du jeune homme, assassiné à l’âge de 22 ans, a brandi une pancarte portant le message «Nous voulons la justice, pas l’impunité» lors de l’hommage organisé sur la Plaza Mayor de Plasencia.

Le 03/11/2026 à 20h12

Vidéo«Nous voulons la justice, pas l’impunité», a réclamé la famille d’Imad lors d’un rassemblement organisé à Plasencia, en Espagne. Entourés de dizaines d’habitants venus leur témoigner leur soutien, ses proches ont demandé que toute la lumière soit faite sur sa mort et que la piste d’un mobile raciste, qu’ils dénoncent depuis le drame, soit examinée par les enquêteurs.

La Plaza Mayor de Plasencia a observé une minute de silence en hommage à Imad. Sa famille était présente, entourée de dizaines d’habitants et de membres de la communauté musulmane. Décrite comme «inconsolable», la mère du jeune homme tenait une pancarte portant un message sans équivoque: «Nous voulons la justice, pas l’impunité». D’autres participants brandissaient des pancartes sur lesquelles on pouvait lire: «Une vie arrachée, une famille brisée».

Organisé ce mardi, le rassemblement s’est tenu quatre jours après la mort d’Imad, âgé de 22 ans, décédé à l’hôpital des suites de blessures infligées lors d’une agression à l’arme blanche. Sa famille dénonce un crime raciste et demande que cette hypothèse soit examinée dans le cadre de l’enquête. À ce stade, les autorités n’ont pas publiquement établi le mobile de l’agression.

Mariam Hayoune, habitante de Plasencia, a exprimé la douleur de ceux qui s’étaient réunis sur la place. «Nous sommes rassemblés aujourd’hui le cœur serré, profondément attristés, pour rendre hommage à Imad, un jeune homme de seulement 22 ans, dont la vie a été brutalement arrachée dans notre ville», a-t-elle déclaré en ouverture de son intervention.

Imad, a-t-elle rappelé, n’était pas «simplement un jeune parmi d’autres», mais «un fils, un membre d’une famille, un frère, un ami», aimé de tous ceux qui avaient eu la chance de le connaître. Il avait «toute la vie devant lui» et des rêves à réaliser.

Sa mort, a poursuivi Mariam Hayoune, laisse «un vide immense» dans le cœur de sa famille, de ses amis et de tous ceux qui l’aimaient. «Une perte qui nous fait profondément souffrir et qui n’aurait jamais, jamais, jamais dû se produire.»

«Vous n’êtes pas seuls»

Mariam Hayoune s’est ensuite adressée directement à la famille pour lui témoigner le soutien de la communauté. «Il n’existe pas de mots capables d’apaiser une douleur aussi immense que celle de perdre un enfant», a-t-elle affirmé, avant d’ajouter à l’attention des proches d’Imad: «Vous n’êtes pas seuls. Nous partageons votre douleur et nous serons à vos côtés.»

Elle a également remercié les amis, les voisins, les associations et les institutions pour leur solidarité. Dans de telles circonstances, a-t-elle souligné, «les petits gestes d’humanité ont une valeur immense».

Son intervention a été marquée par un appel au vivre-ensemble entre personnes d’origines et de croyances différentes, sans renoncer à l’exigence de vérité et de justice.

«Aucune différence, aucune dispute, aucun affrontement ne peut justifier que l’on ôte la vie à quelqu’un», a-t-elle déclaré. Elle a également appelé à ne pas laisser ce drame alimenter la haine. «Aucune nationalité, aucune religion, aucune communauté ne doit être jugée pour les actes individuels d’une personne», a-t-elle insisté, rappelant que Plasencia est «notre maison commune».

Cet appel à l’apaisement ne fait toutefois pas disparaître les interrogations soulevées par la famille. Les proches d’Imad demandent que l’éventuel caractère raciste de l’agression soit examiné et que l’enquête permette d’établir précisément ce qui s’est passé cette nuit-là.

L’affaire est toujours entre les mains de la justice. Le principal suspect, âgé de 19 ans, a été placé en détention provisoire pour son implication présumée dans l’homicide.

La communauté refuse que la mort d’Imad tombe dans l’oubli

Mohamed Taktak Lazrak, président de la Communauté islamique de Plasencia et vice-président de l’Union des communautés islamiques d’Estrémadure, a expliqué à notre média, Le360, que, depuis la mort d’Imad, la priorité de la communauté était de soutenir sa famille.

«Nous sommes profondément affectés par ce drame, car nous avons perdu un fils dans des circonstances que personne ne souhaiterait connaître», a-t-il confié.

Le rassemblement, a-t-il précisé, avait pour objectif d’entourer les proches du jeune homme et de maintenir l’attention sur cette affaire. La famille devait rapatrier le corps d’Imad au Maroc dès le lendemain, sous réserve de l’obtention des documents consulaires nécessaires.

«Nous ne voulons pas laisser passer trop de temps et voir cette affaire classée rapidement. Nous voulons que la procédure suive son cours», a expliqué Mohamed Taktak Lazrak, évoquant la nécessité d’organiser cet hommage avant le départ de la famille.

Le rassemblement a également été l’occasion de dénoncer le peu d’attention accordée à cette affaire par une grande partie des médias espagnols.

Selon Mohamed Taktak Lazrak, si certains médias locaux ont relayé la mort d’Imad, celle-ci n’a suscité que très peu d’écho dans la presse nationale et n’a pratiquement pas franchi les frontières espagnoles. Il y voit une différence de traitement médiatique. «Nous savons que, si la situation avait été inversée, les répercussions sociales et médiatiques auraient été beaucoup plus importantes», a-t-il estimé.

Malgré cette indignation, il a insisté sur la nécessité d’une réponse pacifique, entièrement tournée vers la recherche de la justice. «Nous voulons donner à cette affaire la plus grande visibilité possible pour que justice soit rendue et que toute la rigueur de la loi s’applique», a-t-il affirmé.

La communauté, a-t-il ajouté, s’est efforcée d’accompagner la famille et d’apaiser les tensions afin que cette tragédie ne provoque pas de nouveaux affrontements.

À l’issue de l’hommage, les messages inscrits sur les pancartes et les paroles prononcées sur la place résonnaient encore.

Imad sera inhumé à Fqih Bensaleh, au Maroc. Sa famille repart avec la douleur de cette perte et une demande qui reste sans réponse, celle de connaître toute la vérité sur sa mort et de voir la justice examiner le mobile raciste qu’elle dénonce.

Par Faiza Rhoul
Le 03/11/2026 à 20h12