Alberto Núñez Feijóo veut entretenir avec le Maroc des relations de «bon voisinage et de loyauté». Il réclame aussi de la «fermeté». Et, comme il l’a assuré ce lundi, «le Maroc le sait». Cette succession de garanties et de mises en garde pourrait passer pour une recherche d’équilibre. Mais le chef du Parti populaire (PP) l’assortit d’un reproche qui contredit aussi bien son appel au dialogue que ses propres déclarations sur ses échanges avec le Royaume.
«Comment est-il possible qu’il y ait encore 15.000 envahisseurs à Sebta et que le gouvernement ait été incapable de s’asseoir avec les autorités marocaines pour gérer cette situation?», a-t-il lancé sur Telecinco. Quelques phrases plus loin, il plaidait pourtant pour une «gestion diplomatique» entre l’Espagne et le Maroc.
Or, le dialogue qu’il réclame a déjà eu lieu. Dès le 30 juillet, Madrid et Rabat avaient annoncé des mesures de coordination et leur engagement à faciliter le retour des migrants arrivées à Sebta. En septembre, Nasser Bourita avait de nouveau assuré à José Manuel Albares la «pleine coopération» du Maroc pour permettre le retour de celles ne remplissant pas les conditions d’accès à la protection internationale.
Reconnaître l’existence de cette coopération ne revient pas à prétendre qu’elle a permis de résoudre l’ensemble de la situation. Feijóo lui-même a d’ailleurs affirmé ce lundi avoir défendu cette ligne «lors de tous ses échanges concernant le pays voisin». Une déclaration qui fragilise son accusation contre le gouvernement espagnol. Car si des échanges ont bien eu lieu avec le Maroc, comment peut-il soutenir dans le même temps que Madrid a été incapable d’engager le dialogue avec Rabat?
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Feijóo présente également comme un chiffre établi la présence de 15.000 personnes encore à Sebta. Il s’agit pourtant d’une estimation avancée par Juan Jesús Vivas, président de la ville et membre du PP, et non d’un décompte indépendant et actualisé. Le gouvernement central a, pour sa part, communiqué d’autres données. Au 20 octobre, il faisait état de 12.705 retours vers le Maroc depuis le 10 août, dont 12.142 retours volontaires et 536 expulsions. Le nombre de personnes encore présentes dans la ville et celui des personnes ayant regagné le Maroc ne mesurent pas la même réalité. Il importe donc de préciser l’origine et la portée de chaque chiffre.
Le choix du terme «envahisseurs» n’est pas davantage anodin. Il ne décrit aucune situation administrative. Il transforme les personnes concernées en menace et inscrit la crise dans un registre de confrontation. Feijóo affirme vouloir entretenir des relations loyales et de bon voisinage avec le Maroc, mais emploie un vocabulaire qui associe une nouvelle fois le Royaume à une agression. La courtoisie est dans les intentions affichées, la pression dans les mots.
Cette contradiction ne date pas de sa dernière intervention. Le 13 octobre, à propos de la présence de bâtiments militaires marocains dans les eaux de Sebta, Feijóo avait déjà défendu la nécessité de maintenir avec le Maroc «une relation de loyauté et de bon voisinage», tout en appelant à faire preuve de «fermeté», au motif que l’intégrité territoriale «ne se négocie pas». Lors d’une autre intervention, il était allé plus loin en affirmant que, si le Maroc ne mettait pas fin à la mission de ses navires, «la chose logique» serait de déployer l’armée.
Le dirigeant du PP est libre de défendre une politique plus ferme à l’égard de Rabat. Mais cette orientation ne fait pas disparaître les contradictions de son discours. Il invoque le dialogue lorsqu’il décrit les relations qu’il souhaite établir avec le Royaume, puis dénonce une prétendue incapacité diplomatique du gouvernement alors même que les deux pays ont confirmé avoir engagé des échanges.
Le même procédé apparaît lorsque Feijóo affirme que l’Espagne est le seul pays de l’Union européenne à ne pas avoir «signé» le règlement sur les retours. L’Espagne a été le seul État membre à voter contre le texte, tandis que la Belgique s’est abstenue. Le règlement a néanmoins été adopté par l’Union européenne et publié en tant que législation européenne. Le vote négatif de Madrid n’a donc pas empêché son adoption.
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Le gouvernement espagnol avait justifié son opposition par ses réserves sur le contenu du texte et sur les garanties offertes aux personnes transférées vers des pays tiers. Feijóo peut parfaitement contester ce choix. Mais en présentant la situation comme si l’Espagne avait refusé d’adopter une législation que tous les autres États auraient acceptée, il transforme un désaccord politique en un tableau bien plus alarmant de l’isolement espagnol.
Avec Vox, les divergences affichées s’effacent devant les calculs électoraux
Feijóo insiste sur les différences entre le PP et Vox. Deux formations distinctes sur les bulletins de vote, certes, mais dont les stratégies électorales convergent de plus en plus. Les deux partis viennent de conclure un accord sur leurs candidatures au Sénat dans 31 circonscriptions, afin de maximiser leurs chances de remporter des sièges et de consolider une majorité de droite. Feijóo parle d’un «accord tactique», comme si cette qualification suffisait à minimiser la portée d’une entente par laquelle son parti et celui de Santiago Abascal ont négocié ensemble la répartition de leurs chances électorales.
Cette convergence ne se limite pas aux calculs de sièges. Alors que l’Espagne était encore sous le choc de l’accident ferroviaire de Tolède, Abascal a maintenu son meeting de précampagne et s’en est de nouveau pris au Maroc. «1,5 milliard de ces impôts payés par les Espagnols sert à financer au Maroc, en Ouzbékistan et au Caire les infrastructures ferroviaires et le métro de ces pays», a-t-il affirmé.
Or, il ne s’agissait ni de fonds offerts ni d’argent versé au Maroc sans contrepartie, mais de crédits remboursables liés à des contrats bénéficiant à des entreprises espagnoles. Vox a ainsi profité de la tragédie pour remettre en circulation une affirmation trompeuse, présentant la coopération économique avec le Maroc comme un préjudice infligé aux contribuables espagnols. Le PP avait, de son côté, suspendu ses activités de campagne pendant le deuil officiel. Cette différence avec Vox est réelle. Elle ne suffit toutefois pas à faire de Feijóo un adversaire politique d’Abascal sur tous les terrains.
Pendant que le chef de Vox prenait le Maroc pour cible en pleine tragédie, les deux formations s’étaient déjà entendues sur la coordination de leurs candidatures au Sénat. Et maintenant que la précampagne a repris, Feijóo renoue avec ses appels à la «fermeté» envers le Royaume, tout en promettant le «bon voisinage».
Entre les engagements de coopération affichés à l’égard du Maroc et les convergences électorales avec Vox, le contraste demeure. Les discours promettent la courtoisie diplomatique, tandis que les choix politiques témoignent d’un rapprochement avec ceux qui font de la confrontation avec Rabat un argument de campagne.




