«Made in EU»: l’exclusion envisagée du Maroc risque de fragiliser le partenariat industriel avec l’Europe

Le siège de l'Union européenne à Bruxelles. 

Le siège de l'Union européenne à Bruxelles.  . AFP

Revue de presseAlors que l’Union européenne négocie l’Industrial Accelerator Act pour stimuler son industrie bas carbone et résister à la concurrence chinoise, l’accord franco-allemand prévoit d’exclure le Maroc du futur label «Made in Europe». En fermant aux véhicules électriques assemblés au Royaume l’accès aux subventions et aux marchés publics communautaires, Bruxelles prend le risque de fragiliser un partenaire industriel stratégique. Cet article est une revue de presse tirée du quotidien L’Economiste.

Le 03/11/2026 à 21h40

L’initiative de la Commission européenne visant à revitaliser le tissu économique des Vingt-Sept ravive les tensions autour des limites du protectionnisme industriel européen. Présenté au printemps dernier, l’Industrial Accelerator Act ambitionne de porter la part de l’industrie dans le produit intérieur brut européen de 14% en 2024 à 20% à l’horizon 2035. Pour concrétiser cette montée en puissance, Bruxelles entend conditionner l’accès à la commande publique et aux subventions d’État au respect de critères de production bas carbone et de contenu local, dans le cadre du label «Made in EU».

«Le dispositif cible des secteurs stratégiques allant de l’acier à l’automobile. Toutefois, les modalités définitives d’attribution de ce label, actuellement débattues au Conseil et au Parlement européen, suscitent de vives inquiétudes quant à leurs répercussions régionales, notamment sur le Maroc», indique le quotidien L’Economiste dans son édition du mercredi 4 novembre.

Dans une analyse prospective relayée par le quotidien, l’Institut Jacques Delors tire la sonnette d’alarme sur les dérives potentielles d’une vision trop restrictive du marché communautaire. Guillaume Duval, conseiller spécial au sein de l’institut, met en garde contre la tentation d’exclure les partenaires des rives sud et orientale de la Méditerranée des mécanismes d’incitation prévus par cette loi d’accélération industrielle. Selon l’expert, refuser d’associer des pays voisins comme le Maroc et la Turquie à ce dispositif risquerait de creuser davantage le fossé économique et politique qui sépare déjà les deux rives et constituerait une erreur stratégique majeure pour l’ensemble de la région.

Le secteur automobile, confronté à l’offensive commerciale des constructeurs chinois sur le segment des véhicules électriques, se retrouve au cœur de cet arbitrage complexe. À l’échelle du continent et de son voisinage, le Maroc s’impose désormais, aux côtés de la Turquie, comme un pilier productif incontournable. Le Royaume se classe ainsi au 11e rang mondial des pays producteurs de véhicules en 2025, selon l’OICA. «De plus, le Maroc figure à la 4e place des pays importateurs de véhicules neufs en provenance d’Europe, avec un volume de 377 889 véhicules représentant 10,6% des immatriculations. Cette position stratégique est portée par les implantations majeures des constructeurs européens Renault, à Tanger et à Casablanca, et Stellantis, à Kénitra», souligne L’Economiste.

Face au défi de la transition énergétique, l’Institut Jacques Delors plaide pour un arbitrage axé sur le «friendshoring», qui consiste à privilégier la localisation de la production dans des pays voisins et amis plutôt qu’à maintenir des délocalisations lointaines en Asie. Pour conserver leur compétitivité, tant sur le marché intérieur que face au Sud global, les constructeurs européens doivent pouvoir intégrer à leurs chaînes de valeur des maillons aux coûts maîtrisés. Exclure le Maroc, partenaire potentiel de premier plan, du dispositif de préférence communautaire risquerait d’affaiblir l’écosystème même des sous-traitants et des marques européennes que l’on cherche pourtant à préserver.

Pourtant, le compromis trouvé à la mi-octobre entre la France et l’Allemagne semble suivre une orientation nettement plus restrictive. Tout en élargissant la notion d’origine européenne au Royaume-Uni et à la Norvège, Paris et Berlin s’accordent pour écarter les véhicules électriques ou hybrides provenant d’autres pays. La France a ainsi cédé lors des négociations en acceptant l’exclusion des véhicules produits au Maroc. Ce compromis fermerait aux modèles sortant des usines marocaines de Renault et de Stellantis l’accès aux subventions et aux marchés publics régionaux à des conditions privilégiées.

Cette décision, qui doit encore recevoir l’aval formel de la Commission européenne et du législateur communautaire, illustre la fragilité des compromis industriels du Vieux Continent. En opposant protectionnisme strict et intégration euro-méditerranéenne, l’Union européenne joue une carte décisive pour son avenir économique et géopolitique, lit-on encore. Le choix final d’inclure ou d’exclure des voisins immédiats tels que le Maroc déterminera non seulement la capacité de l’industrie européenne à faire face à la concurrence mondiale, mais aussi sa capacité à bâtir un partenariat durable avec son environnement géographique direct.

Par La Rédaction
Le 03/11/2026 à 21h40