Lettre ouverte à Alger: quand l’ancien patron de la MINURSO vient vous rappeler quelques vérités

Le président algérien Abdelmadjid Tebboune et le chef de l'armée, Saïd Chengriha.

Le président algérien Abdelmadjid Tebboune et le chef de l'armée, Saïd Chengriha.

TribuneAu fil des années, l’Algérie a joué le rôle de facteur de blocage. Elle s’est contentée de saisir chaque occasion pour s’opposer, tout en maintenant des milliers de Sahraouis en otages dans des conditions intolérables, sous la direction d’un leadership vieillissant.

Le 03/11/2026 à 11h36

Chers dirigeants algériens,

Il y a des lendemains qui doivent être particulièrement difficiles à vivre dans les bureaux d’Alger. Nous le comprenons parfaitement et pensons honnêtement que cela devrait vous faire retrouver la raison.

Chers dirigeants algériens,

Voilà que Julian Harston, ancien représentant spécial du Secrétaire général de l’ONU et ancien chef de la MINURSO entre 2007 et 2009, vient de publier quelques vérités qui risquent de vous gâcher durablement le sommeil et devrait vous faire enfin réfléchir.

En voici le texte intégral, pour qu’il n’y ait aucune interprétation du genre auquel vos médias téléguidés sont habitués:

«La fin de la MINURSO. Ma dernière mission aux Nations unies.

La MINURSO devrait être fermée. Elle est anachronique. Elle appartient à une autre époque.

Presque toutes les exigences qui figuraient dans son mandat initial ne sont plus pertinentes aujourd’hui.

Il n’a jamais existé de possibilité réelle d’organiser un référendum.

Le cessez-le-feu n’a jamais été accepté par le Polisario, ni d’ailleurs par l’Algérie.

Au fil des années, l’Algérie a joué le rôle de facteur de blocage. Elle s’est contentée de saisir chaque occasion pour s’opposer, tout en maintenant des milliers de Sahraouis en otages dans des conditions intolérables, sous la direction d’un leadership vieillissant.

La MINURSO doit disparaître.

L’autonomie sous souveraineté marocaine constitue l’unique solution. La communauté internationale la soutient. Les Nations unies devraient en faire autant.

— Julian Harston»

Source: publication de Julian Harston sur LinkedIn.

Cette prise de position on ne peut plus limpide est celle d’un homme qui a dirigé cette mission, vécu le dossier de l’intérieur et connaît parfaitement les limites du processus que vous avez entretenu pendant des décennies, sans résultat aucun en votre faveur.

Que dit-il, s’il fallait vous l’expliquer?

Que le référendum n’a jamais été une perspective réaliste. Que le cessez-le-feu n’a été accepté ni par le Polisario ni par l’Algérie. Que la MINURSO est devenue anachronique et devait tout simplement disparaître.

Mais le meilleur reste à venir.

Il accuse ouvertement l’Algérie d’avoir joué les trouble-fête pendant toutes ces années, saisissant chaque occasion pour faire obstacle à un règlement. Il évoque aussi des milliers de Sahraouis maintenus par la force dans les camps de Tindouf, dans des conditions qu’il juge et qualifie d’intolérables, sous une direction vieillissante.

Et pour couronner le tout, il désigne l’autonomie sous souveraineté marocaine comme l’unique solution. Oui, l’UNIQUE SOLUTION.

Avouez que le tableau est embarrassant.

Pendant cinquante ans, vous avez présenté le dossier comme une affaire de décolonisation, tout en affirmant ne pas en être partie prenante, alors que l’armée marocaine a neutralisé des centaines de vos soldats et en a capturé d’autres, toujours déguisés en séparatistes… Certains de vos grands officiers ont bien connu le camp Chokhmane, où ils ont été détenus et s’en rappellent encore amèrement.

Vous avez soutenu, pendant cinquante ans, militairement, une organisation qui a tout d’une organisation terroriste. Revenu à la raison, Mouammar Kadhafi, qui vous soutenait généreusement au début, a fini par se retirer de l’affaire, vous léguant à vous seul l’aventure perdue d’avance de la déstabilisation du Royaume.

Vous avez financé politiquement le mouvement d’aventuriers séparatistes de votre création et accueilli ses dirigeants. Ses marionnettes en chef, successives, se sont déplacées dans des avions officiels portant vos écussons, et ses sbires se promènent dans le monde avec votre passeport. Même celui qui usurpe, à l’ONU, le titre de représentant de vos protégés le fait sous couvert de votre identité.

Vous financez avec générosité leurs soi-disant représentations dans moult pays. Vous organisez des manifestations partout pour faire exister la cause, avec des scénarios les uns plus ridicules que les autres. Vos services, dans toutes les capitales, n’ont de cesse de pousser quelques égarés à manifester, avec votre générosité légendaire, dès qu’il s’agit de s’en prendre au Maroc voisin.

Quelle stratégie pitoyable.

Vous voilà désormais interpellés par un ancien responsable de l’ONU qui vous désigne précisément comme l’obstacle au règlement du conflit. Pour reprendre un qualificatif qui vous est très cher, je dirai: «l’obstacle classique».

Quel paradoxe!

Vous avez voulu faire de la MINURSO un instrument permanent de votre stratégie diplomatique. Et voici qu’un ancien patron de cette même mission vous explique qu’il a parfaitement compris la bassesse de votre entreprise.

Il y a quelque chose de singulier dans cette histoire: même ceux qui ont administré le dossier pendant des années finissent par vous expliquer que le monde a changé.

Alors, chers voisins, une question demeure: combien de temps encore faudra-t-il faire attendre les populations de Tindouf pour sauver une stratégie politique qui semble avoir épuisé ses arguments?

Quand je parle des populations de Tindouf, je parle des quelques Marocains parmi elles. Pour le reste, c’est votre affaire avec leurs pays d’origine, divers et variés.

L’histoire ne vous demande plus d’expliquer et de défendre une posture. Elle vous demande explicitement et avec insistance ce que vous comptez faire de vos victimes: ces hommes, ces femmes et ces enfants qui attendent toujours une perspective sur un territoire, aujourd’hui administré par votre armée et vos gendarmes, et dont les populations d’origine avaient refusé de participer au référendum ayant créé votre pays, objectant qu’elles étaient marocaines. Ce ci est attesté dans des documents officiels de l’armée d’occupation. Vous le savez fort bien.

Le temps et le ton des slogans ne remplacent pas une solution. Et cinquante années d’attente ne constituent pas un projet d’avenir.

Savez-vous que le soir où vous annonciez la naissance de votre petite république fantoche arabe sahraouie et démocratique, feu Hassan II avait bien ri? On lui attribue d’avoir dit: «Ils l’ont fait naître, leur bébé, alors qu’ils l’entretiennent.» Il avait vu juste. Cela a coûté des milliards à votre peuple, dont bien des souffrances auraient pu être soulagées. Certains parmi vos compatriotes parlent de 700 milliards de dollars. Votre président actuel ne vous a-t-il pas récemment dit que vous aviez dépensé des sommes colossales pour cette cause perdue. Sa mimique en le disant laisse penser qu’il en avait le regret et que les montants sont exorbitants.

Boumediene a voulu mettre un caillou dans la chaussure de Hassan II; ses limites intellectuelles lui ont caché qu’en fait, il mettait là un contrepoids faramineux au développement de son pays et au bien-être de son propre peuple. Quel gâchis pour satisfaire les caprices d’un homme mal inspiré, prisonnier d’une idéologie destructrice; son pays a perdu 50 ans de développement et est obligé de mentir, de maquiller ses chiffres pour paraître ce qu’il n’est pas: un pays arriéré qui n’a pas avancé d’un iota, bien au contraire.

Aujourd’hui, encore une fois, une opportunité vous est offerte pour sortir de l’ornière… Saisissez là et tournez la page en libérant les séquestrés et en réfléchissant sérieusement au retour à la construction d’un grand Maghreb où votre peuple, en compagnie de ses voisins de l’est et de l’ouest, prendra enfin le chemin du développement.

Bien cordialement,

Et sans rancune, malgré tout.

Par Aziz Daouda
Le 03/11/2026 à 11h36