Carburants. Les distributeurs accusés de retenir les livraisons avant les hausses de prix

Une station-service. (Photo d'illustration)

La Fédération nationale des propriétaires, commerçants et gérants de stations-service au Maroc accuse certaines sociétés de distribution de réduire les volumes livrés, voire d’annuler des commandes à l’approche des augmentations des prix à la pompe. Des pratiques qui, si elles sont avérées, pourraient expliquer les épisodes de tensions sur l’approvisionnement régulièrement signalés par les automobilistes à la veille des révisions tarifaires.

Le 05/11/2026 à 12h59

Les accusations sont suffisamment sérieuses pour appeler une réaction des autorités. Dans un communiqué, la Fédération nationale des propriétaires, commerçants et gérants de stations-service au Maroc met directement en cause les pratiques de certaines sociétés de distribution de carburants. Elle leur reproche notamment de restreindre les approvisionnements, voire d’annuler des commandes de stations-service, lorsqu’une hausse des prix est annoncée.

Selon la Fédération, certaines sociétés de distribution réduiraient volontairement les quantités livrées ou suspendraient des commandes dans l’attente de l’entrée en vigueur des nouveaux tarifs, afin de tirer profit de la différence entre les prix précédant et suivant leur révision.

Une accusation particulièrement préoccupante. Car elle renvoie à une situation que les automobilistes ont pu constater à plusieurs reprises. À la veille de certaines augmentations des prix des carburants, des plaintes font état de difficultés d’approvisionnement, voire de ruptures dans plusieurs stations-service. Ces épisodes, souvent accompagnés de files d’attente et de tensions entre automobilistes et exploitants, sont généralement vécus comme des pénuries ponctuelles dont les causes restent peu explicitées.

Dysfonctionnements

Le témoignage de la Fédération apporte aujourd’hui un éclairage potentiel sur ces dysfonctionnements. Si les restrictions de livraison décrites par les professionnels sont effectivement liées à l’anticipation des hausses tarifaires, elles pourraient traduire une stratégie commerciale consistant à différer les approvisionnements pour bénéficier de conditions de vente plus favorables après la révision des prix.

Il appartient désormais aux autorités compétentes de vérifier ces allégations. Les pratiques dénoncées justifient un examen des commandes passées par les stations-service, des volumes effectivement livrés avant les révisions tarifaires, des éventuelles annulations et des stocks détenus par les sociétés de distribution. L’objectif serait notamment d’établir si les difficultés d’approvisionnement constatées à plusieurs reprises correspondent à des contraintes logistiques réelles ou à des décisions commerciales délibérées.

Au-delà de cette accusation centrale, la Fédération entend également récuser l’idée selon laquelle les stations-service profiteraient mécaniquement de la flambée des prix. Elle rappelle que leur rémunération repose sur une marge fixe en centimes par litre vendu, et non sur un pourcentage du prix de vente. Ainsi, une hausse du litre de carburant ne se traduit pas par une augmentation de leur marge unitaire.

À l’inverse, la progression des prix renchérit considérablement le financement des stocks. Selon la Fédération, le coût d’achat des cargaisons aurait été multiplié par deux à trois par rapport aux périodes précédentes, obligeant les exploitants à mobiliser davantage de trésorerie ou à recourir à l’endettement pour maintenir leurs niveaux habituels d’approvisionnement.

Les professionnels dénoncent également les contraintes découlant des contrats d’exclusivité qui les obligent à s’approvisionner auprès de la société de distribution dont ils portent l’enseigne. Cette dépendance limite leur capacité à se tourner vers d’autres fournisseurs, tandis qu’ils restent privés, selon leurs déclarations, d’informations suffisantes sur les mécanismes de fixation des prix et les fluctuations des marchés internationaux.

La Fédération soulève enfin une difficulté fiscale. La hausse du prix des carburants entraîne mécaniquement une augmentation du chiffre d’affaires des stations, sans que celle-ci corresponde à une progression de leurs marges. Or, le calcul de la cotisation minimale étant lié au chiffre d’affaires, les exploitants estiment supporter une charge fiscale qui ne reflète pas leur rentabilité réelle.

En mettant ainsi les sociétés de distribution au centre du débat, les représentants des stations-service cherchent à rappeler que les exploitants ne sont pas les décideurs de la chaîne tarifaire. Mais leur communiqué soulève surtout une question qui mérite d’être instruite sans délai: les hausses des prix à la pompe sont-elles parfois précédées de restrictions volontaires d’approvisionnement destinées à maximiser les gains des distributeurs?

Par Wadie El Mouden
Le 05/11/2026 à 12h59