Sur la question du plafonnement des prix, Fouzi Lekjaa a été catégorique. Le gouvernement n’entend pas recourir à cette mesure. Il a également exclu toute possibilité de réintégrer les carburants dans le système de compensation, appelant à «dire la vérité aux citoyens», plutôt qu’à se livrer à ce qu’il a qualifié de «démagogie destinée à flatter les sentiments».
Pour le ministre, le retour à un dispositif généralisé de subvention des produits pétroliers représenterait une charge annuelle comprise entre 50 et 70 milliards de dirhams pour les finances publiques. Une enveloppe considérable qui, selon lui, serait mieux mobilisée au profit des hôpitaux et des services publics. Il a également rappelé que l’ancien système de compensation bénéficiait davantage aux catégories disposant d’un pouvoir d’achat élevé, en raison de leur niveau de consommation, qu’aux ménages les plus modestes.
Le ministre a, par ailleurs, relativisé l’effet d’une éventuelle baisse de la fiscalité sur les prix à la pompe. La suppression de la taxe intérieure de consommation (TIC) sur les carburants, a-t-il expliqué, ne se traduirait que par une diminution d’environ 1,20 dirham par litre. Pour lui, toute proposition de réduction fiscale doit être évaluée à l’aune de son incidence réelle sur le prix payé par le consommateur.
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L’autre volet sensible du débat concerne les marges réalisées par les sociétés de distribution. Sur ce point, Lekjaa a présenté des données destinées à éclairer l’évolution de la rentabilité du secteur. Le chiffre d’affaires des entreprises concernées est passé de 99,52 milliards de dirhams en 2017 à 131,365 milliards en 2025. Dans le même temps, leurs bénéfices sont passés de 8,505 milliards à 7,69 milliards de dirhams.
Le taux de marge bénéficiaire ressort ainsi à environ 5,85% en 2025, contre 8,6% en 2017. Le ministre a appelé à ne pas confondre chiffre d’affaires et bénéfices, ni à considérer que toutes les entreprises du secteur dégagent les mêmes niveaux de rentabilité.
Il a également souligné les risques inhérents à l’activité d’importation et de distribution, notamment les fluctuations des cours internationaux et les délais d’approvisionnement. Certaines sociétés sont ainsi amenées à programmer leurs achats et leurs stocks jusqu’à trois mois à l’avance, s’exposant à des gains comme à des pertes selon l’évolution des cours sur les marchés internationaux, notamment celui de Rotterdam.
Ces explications interviennent alors que plusieurs députés ont plaidé pour un encadrement plus strict du secteur, allant jusqu’au plafonnement des marges bénéficiaires. Le député Abdellah Bouanou, du groupe du Parti de la justice et du développement (PJD), a notamment proposé un mécanisme fiscal flexible, permettant de réduire les prélèvements lorsque les cours internationaux augmentent et de les relever lorsqu’ils baissent.
Idriss El Azami, président du même groupe, a pour sa part défendu le principe d’une contribution fiscale accrue des entreprises opérant dans des situations de monopole ou d’oligopole, tout en mettant en garde contre le risque de répercussion de la charge fiscale supplémentaire sur les consommateurs. Il a notamment évoqué la possibilité d’un plafonnement des marges et d’un suivi plus rigoureux des coûts d’approvisionnement.
D’autres élus ont appelé à une intervention directe de l’État. Omar Benjelloun, du groupe de l’Alliance de la gauche, a ainsi plaidé pour un plafonnement des prix à la consommation, une taxation de la fortune des actionnaires des sociétés pétrolières et une reprise en main par l’État des capacités de stockage. Samir Chaouki a également insisté sur les répercussions de la hausse des carburants sur les professionnels du transport et le pouvoir d’achat.
Le stockage et la concurrence comme leviers de réforme
En réponse à ces propositions, Fouzi Lekjaa a mis l’accent sur les réformes structurelles nécessaires au fonctionnement du marché. Il a notamment identifié trois priorités: l’achèvement des conditions d’une concurrence effective, le renforcement des capacités nationales de stockage et une réflexion sur la séparation des activités d’importation et de distribution.
Sur ce dernier point, le ministre estime que le lien actuel entre les deux activités mérite d’être repensé afin de prévenir les éventuels dysfonctionnements et de garantir davantage de transparence. Le développement du stockage constitue également, à ses yeux, une condition indispensable à l’ouverture du marché à de nouveaux opérateurs, qui ne peuvent concurrencer les acteurs établis sans disposer de capacités suffisantes pour entreposer les produits importés.
Évoquant le dossier de la Samir, Lekjaa a appelé à éviter les raccourcis dans le débat sur une éventuelle remise en service de la raffinerie, estimant que le raffinage pétrolier ne constitue plus systématiquement un choix stratégique, y compris pour de grands pays producteurs. Son redémarrage ne garantirait pas, à lui seul, une baisse des prix sur le marché national, notamment dans un contexte où le baril dépasserait les 100 dollars.
Le ministre s’est toutefois dit ouvert à toute initiative de partenariat public-privé ou à tout investissement national ou étranger susceptible de permettre la valorisation du site. Il a surtout insisté sur l’intérêt de ses infrastructures de stockage pour le renforcement des réserves stratégiques du Royaume.



