La flambée des prix des carburants au Maroc s’impose de nouveau au cœur de l’actualité économique et sociale, ravivant les craintes d’un étouffement progressif du pouvoir d’achat des ménages. Alors que le litre à la pompe dépasse déjà le seuil critique des quinze dirhams, la perspective d’une nouvelle escalade tarifaire fait l’effet d’une onde de choc. Cette situation critique trouve son origine dans la conjonction de facteurs géopolitiques internationaux et de fragilités structurelles nationales, plaçant l’exécutif face à un dilemme complexe entre impératifs budgétaires et urgence sociale, indique le quotidien Les Inspirations Éco.
Sur le plan international, les marchés pétroliers subissent des turbulences durables qui dépassent la simple volatilité conjoncturelle. D’après Mostafa Labrak, expert en énergie et directeur général d’Energysium Consulting cité par le quotidien, l’augmentation annoncée des prix est le fruit d’une équation à trois variables. Les arbitrages de production de l’OPEP+ maintiennent le Brent à des niveaux élevés, franchissant ponctuellement les cent sept dollars le baril. À cela s’ajoute une tension sévère sur les produits raffinés, particulièrement sur le diesel, dont la disponibilité mondiale est restreinte par des arrêts techniques et les répercussions des conflits au Moyen-Orient et en Ukraine. Enfin, la pression saisonnière, conjuguée aux besoins de l’agriculture et de la constitution des stocks de fioul pour l’hiver, accentue le déséquilibre d’un marché dont les stocks internationaux demeurent sous leurs moyennes historiques.
Cette tension sur le raffinage revêt une dimension structurelle profonde, mise en lumière par Abdesslam Kably, expert senior en finance et économie. La fermeture de nombreuses unités en Europe au cours des dernières décennies et la contraction globale des capacités de production mondiales pèsent lourdement sur les pays importateurs. Pour le Maroc, cette réalité géostratégique est exacerbée par l’arrêt de la raffinerie de Mohammedia, la Samir, en deux mille quinze.
Depuis lors, le Royaume importe l’intégralité de sa consommation en produits pétroliers, subissant de plein fouet les soubresauts des marchés extérieurs. En témoigne une facture énergétique nationale qui a atteint cent sept virgule six milliards de dirhams en deux mille cinq, pour un taux de dépendance frôlant les quatre-vingt-sept pour cent.
Les répercussions d’une telle dépendance dépassent largement le cadre du simple budget automobile des ménages. Une éventuelle envolée du gasoil vers des sommets de vingt dirhams le litre représenterait un surcoût annuel colossal pour l’économie nationale. Le secteur du transport, qui absorbe plus d’un tiers de la consommation énergétique finale, agit comme un canal de transmission redoutable vers l’ensemble des chaînes de valeur. L’agriculture, à travers l’irrigation et le pompage, la pêche maritime, le bâtiment et la distribution alimentaire subissent par ricochet cette inflation des coûts de production. Le tourisme se trouve également exposé, menaçant la compétitivité globale de la destination marocaine. Parallèlement, la question de la sécurité des approvisionnements demeure un sujet de préoccupation, comme l’ont rappelé les aléas climatiques récents ayant perturbé le déchargement portuaire et mis en exergue la vulnérabilité des stocks de sécurité.
Face à ce péril économique, la question d’un allègement temporaire de la pression fiscale s’impose avec une acuité particulière dans le débat public. La Taxe intérieure de consommation représentant une part significative du prix au litre, une réduction transitoire de cette fiscalité est souvent brandie comme un amortisseur potentiel. De nombreux pays à travers le monde ont d’ailleurs eu recours à des leviers similaires, combinant baisses de taxes, soutien au pouvoir d’achat et sécurisation des flux d’importation pour traverser les crises énergétiques, écrit Les Inspirations Éco.
Pour les pouvoirs publics marocains, le défi consiste désormais à trouver le juste équilibre entre la préservation de l’équilibre budgétaire de l’État et la nécessité absolue de préserver le niveau de vie des citoyens. Alors que la transition énergétique déploie ses effets de manière encore trop progressive pour impacter significativement la consommation d’hydrocarbures, l’atténuation de ce choc inflationniste constitue l’un des dossiers les plus urgents de la rentrée économique.




