Affaire Laura Prioul: pourquoi la défense de Saad Lamjarred décide un pourvoi en cassation

Le chanteur marocain Saad Lamjarred, accusé d'avoir violé Laura Prioul en 2016, arrive pour l'ouverture de son procès,  à la cour d'assises de Paris, le 21 février 2023.

Le chanteur marocain Saad Lamjarred, accusé d'avoir violé Laura Prioul en 2016, arrive pour l'ouverture de son procès, à la cour d'assises de Paris, le 21 février 2023.. AFP or licensors

Dix ans de réclusion criminelle, c’est la peine prononcée samedi 26 septembre contre Saad Lamjarred dans l’affaire Prioul. Le chanteur était jugé en appel à Créteil, à huis clos, pour des faits datant de 2016 dans un hôtel parisien. Son avocat Me Ouadie Elhamamouchi juge le verdict incompréhensible et parle d’éléments nouveaux par rapport à 2023.

Le 30/09/2026 à 15h54

Très populaire au Maroc et dans le monde arabe, l’artiste de 41 ans avait été condamné en 2023 à six ans de prison par la cour d’assises de Paris. Il est suivi par plus de 15 millions d’abonnés sur Instagram et près de 16 millions sur sa chaîne YouTube.

La cour d’assises d’appel du Val-de-Marne l’a condamné à dix ans de réclusion criminelle, avec mandat de dépôt, pour viol aggravé en raison de l’état d’ivresse de la victime, a indiqué samedi le parquet général. Celui-ci avait requis huit ans de réclusion criminelle. Le chanteur a également été inscrit au fichier judiciaire automatisé des auteurs d’infractions sexuelles ou violentes (Fijais).

Saad Lamjarred a ainsi été reconnu coupable de viol en 2016. Les faits se seraient produits dans une chambre d’hôtel parisienne et la victime est Laura Prioul, rencontrée dans une boîte de nuit. Elle était âgée de 20 ans au moment des faits, lui de 31. Le procès en appel s’est tenu à huis clos. Il avait été reporté en juin 2025 pour conduire des investigations supplémentaires.

Un pourvoi en cassation va être formé, indique, dans une déclaration pour Le360, Me Ouadie Elhamamouchi, l’un des trois avocats du chanteur, tout en clamant son innocence.

«Il est dans l’incompréhension totale»

Selon Me Ouadie Elhamamouchi, son client a très mal accueilli le verdict. «Saad Lamjarred est dans l’incompréhension totale face à cette décision. Nous nous sommes présentés avec encore davantage d’éléments qui, selon nous, prouvent son innocence, notamment par rapport à ceux produits lors du premier procès, en 2023», explique-t-il.

L’avocat évoque notamment l’affaire d’extorsion. «Quelques semaines avant l’audience qui devait se tenir en 2025, la plaignante et des membres de son entourage, notamment sa mère et des amis, avaient tenté d’extorquer trois millions d’euros à Saad Lamjarred en contrepartie de son absence devant la cour d’assises pour réitérer ses accusations», affirme-t-il. La mère de Laura Prioul, une avocate et une influenceuse avaient été condamnées, avec deux autres personnes, à des peines allant de six mois à deux ans de prison avec sursis. Laura Prioul avait, quant à elle, été relaxée.

«Saad Lamjarred n’a pas accepté ce chantage», poursuit Me Ouadie Elhamamouchi. Selon l’avocat, le chanteur avait alors refusé de verser la somme réclamée, faisant valoir son innocence.

L’avocat affirme que son client, qui avait déposé plainte, a lui-même été visé par des mesures d’enquête. Il affirme que, dans cette procédure, «c’est pourtant Saad Lamjarred qui a été placé sur écoute, avec son épouse notamment». Il juge «anormal qu’un plaignant soit écouté et estime que la justice lui a ainsi dénié son statut de victime».

«Il s’est avéré que ce qu’il a dit était vrai et qu’effectivement, ils ont essayé de lui extorquer trois millions d’euros. Il est arrivé à l’audience avec cet élément-là», souligne notre interlocuteur.

Une parole «constante» contestée

L’accusation s’est notamment appuyée sur la constance du récit de la plaignante. Un argument que conteste Me Ouadie Elhamamouchi. «Ils disaient que la plaignante avait une parole crédible, c’est-à-dire que, depuis le début de l’affaire, elle était constante et disait toujours la même chose. Sauf que c’est faux», affirme-t-il.

Pour étayer sa position, l’avocat invoque notamment la tentative d’extorsion ayant donné lieu à une procédure distincte. «Elle a tenté d’obtenir de l’argent en contrepartie de son absence à l’audience, alors qu’elle a toujours affirmé n’avoir jamais agi pour des raisons financières», soutient-il.

La défense avance également un élément remontant à 2017, alors que l’affaire était encore à l’instruction. Selon Me Ouadie Elhamamouchi, une proposition d’accord amiable avait déjà été adressée à l’avocat de Saad Lamjarred. Un élément dont la défense du chanteur affirme n’avoir eu connaissance que dans le cadre de la procédure pour extorsion.

L’avocat explique que Laura Prioul et sa mère avaient alors rejeté la responsabilité de cette démarche sur l’une des avocates poursuivies dans ce dossier, affirmant avoir été manipulées. «Elles mettaient tout sur le dos d’une avocate en disant que c’est elle qui les avait manipulées», rapporte-t-il. Cette dernière aurait alors produit un courriel datant de 2017, échangé entre la mère de la plaignante et le conseil qui la représentait à l’époque.

«On a un mail écrit noir sur blanc dans lequel son avocat écrit à sa mère qu’une proposition d’accord amiable va être faite à Saad Lamjarred et que, s’il refuse, la procédure continuera. Ce mail, la défense n’en disposait pas jusque-là», insiste Me Ouadie Elhamamouchi.

Selon lui, cet échange serait intervenu quelques jours après une prise de parole publique de Laura Prioul dans laquelle elle affirmait ne pas agir pour obtenir de l’argent. La défense y voit un élément susceptible de remettre en cause la constance de ses déclarations.

«Saad Lamjarred a toujours dit qu’elle lui avait demandé de l’argent. Quand il le disait, personne ne le croyait. Or, nous avons désormais ce mail de 2017», poursuit l’avocat, qui estime que ce document vient conforter la version défendue par son client.

Me Ouadie Elhamamouchi considère dès lors que cet élément fragilise la crédibilité accordée au récit de la plaignante. «À la fin, c’est parole contre parole. Si on dispose d’un mail qui contredit ses déclarations, on ne peut plus dire que celles-ci ont toujours été concordantes», soutient-il.

L’avocat souligne enfin que Laura Prioul conteste cette interprétation et maintient sa position concernant le volet extorsion. «Elle continue à dire qu’elle ne voulait pas d’argent, qu’il s’agissait de dommages et intérêts liés à ce qu’elle a subi», rapporte-t-il, avant de rappeler que plusieurs autres protagonistes ont été condamnés dans cette procédure.

L’ADN, «preuve reine»

Me Ouadie Elhamamouchi s’attarde longuement sur les expertises génétiques. «J’ai envie de vous dire quels sont les éléments sur lesquels ils se sont appuyés, parce que c’est à devenir fou. La preuve reine dans ce dossier, c’est l’ADN», lance-t-il.

La plaignante a évoqué trois pénétrations, l’une pénienne et deux digitales. «Elle a dit qu’elle avait été violée trois fois. Aussitôt après, elle est partie chez les médecins. Au niveau des trois actes qu’elle décrit, il n’y a aucune trace d’ADN de Saad Lamjarred. Il n’y a rien», souligne l’avocat.

Selon lui, aucune trace d’ADN, qu’elle soit biologique ou de contact, ne permet d’établir que Saad Lamjarred a touché la plaignante. «Rien que lorsque vous serrez la main de quelqu’un, vous pouvez lui transmettre votre ADN. Si je vous touche à l’épaule, par exemple, mon ADN peut s’y retrouver. Dans un dossier classique, l’absence de toute trace ADN constitue un élément important», fait-il valoir.

La culotte, pièce centrale contestée

«Le seul endroit où ils trouvent de l’ADN de contact, c’est sur une culotte», affirme Me Ouadie Elhamamouchi. Pour la défense, cette trace ne permet toutefois pas d’établir l’existence d’un viol. «Ils étaient dans la chambre, tous les deux déshabillés. Dès lors qu’ils se sont touchés ou caressés, il peut y avoir un transfert d’ADN de contact», fait-il valoir. L’avocat rappelle également que Saad Lamjarred ne conteste pas qu’une altercation physique ait eu lieu entre eux et affirme que la plaignante l’aurait notamment griffé.

La défense conteste surtout les conditions dans lesquelles cette pièce à conviction aurait été recueillie et conservée. Me Ouadie Elhamamouchi estime que la chaîne de conservation n’aurait pas permis d’écarter tout risque de contamination. «Lorsqu’un élément susceptible de faire l’objet d’une analyse génétique est prélevé, il doit être manipulé avec précaution, placé sous scellés et transmis dans des conditions permettant d’éviter toute contamination. Or, ce qu’on a révélé pendant le procès, c’est que les enquêteurs avaient oublié de récupérer la culotte», affirme-t-il.

Selon l’avocat, la plaignante aurait ainsi conservé le sous-vêtement sur elle pendant environ sept heures avant de le laisser lors de son examen médico-judiciaire. «Ces sept heures, personne ne les conteste. Elle l’a porté alors qu’elle pouvait avoir de l’ADN de Saad Lamjarred sur les mains et l’a nécessairement manipulé. Pour nous, cela pose un problème quant à la fiabilité des traces qui y ont été retrouvées», soutient-il.

Me Ouadie Elhamamouchi affirme en outre que la pièce n’aurait pas été immédiatement placée sous scellés après l’examen. «Elle l’a laissée sur place et les policiers ne sont allés la récupérer que le lendemain», avance-t-il.

Pour la défense, ces conditions de collecte et de conservation fragilisent donc la valeur probante des traces génétiques retrouvées. «Cette culotte est l’un des éléments les plus importants du dossier, mais ses conditions de conservation posent problème. Elle l’a gardée sur elle pendant sept heures, alors que l’ADN peut se transférer, puis elle est restée sur place jusqu’au lendemain. Pour nous, on ne peut pas considérer cette pièce comme fiable», conclut l’avocat.

L’experte en génétique entendue... à la demande de la défense

Aux assises, l’accusation fait normalement venir ses propres experts, rappelle l’avocat. «Bizarrement, l’expert génétique, ils n’ont pas voulu l’entendre», dit-il. Sans la demande de la défense, elle n’aurait pas témoigné, ajoute-t-il.

Me Ouadie Elhamamouchi rappelle que dans les affaires de viol, l’expert génétique est parmi les premiers à être appelés à la barre. Selon lui, dès qu’il y a de l’ADN, la défense ne peut plus rien faire. Il reproche à l’accusation de ne pas avoir mentionné que la plaignante avait porté la culotte pendant sept heures, que les policiers ne l’avaient récupérée que le lendemain, qu’il y avait eu des traces de lutte et que les deux protagonistes étaient restés des heures ensemble.

«Sur la culotte, il y a de l’ADN de contact, mais au niveau des parties génitales, il n’y en a pas», souligne l’avocat, qui précise que «toutes les analyses possibles» ont été réalisées.

Des versions divergentes selon la défense

«Lors de ses trois premières auditions, la plaignante a dit trois choses différentes. Alors que Lamjarred donne toujours la même version», affirme l’avocat. Selon lui, le chanteur a toujours soutenu ne pas avoir eu de rapport avec la plaignante. «Je ne suis pas allé jusqu’au bout avec elle. On n’a pas fait ce qu’elle dit», aurait-il déclaré.

«Au départ, la juge d’instruction a dit qu’il n’y avait pas de viol», rappelle Me Elhamamouchi. Selon lui, le parquet général avait adopté la même position en appel durant l’instruction. Le dossier a finalement été renvoyé devant une cour d’assises. «Le problème, c’est qu’une fois qu’ils vous renvoient, vous êtes devant des jurés. Parfois, ils n’ont pas le même recul que les professionnels», regrette-t-il. Il affirme que la plaignante a présenté l’accusé comme «quelqu’un de puissant et soutenu par le Maroc».

La défense conteste enfin le poids accordé à un témoin. «Ils se sont appuyés sur un témoin qui a affirmé que Saad avait dit, devant les policiers, qu’il n’y avait pas de preuves. Or les policiers n’ont jamais dit que c’était le cas», affirme l’avocat.

Me Ouadie Elhamamouchi explique pourquoi son client a fait appel de sa condamnation à six ans malgré le risque d’une peine plus lourde. «On en a discuté avec Saad Lamjarred. Il voulait blanchir son honneur, il voulait laver son honneur, il voulait prouver son innocence», rapporte l’avocat. Il tenait à le faire «pour son pays et pour les Marocains».

«Il souffre énormément»

«Je suis allé le voir en prison. Aujourd’hui, il souffre énormément. Il ne comprend pas comment il peut arriver avec des éléments qui prouvent que la parole de la victime n’est pas crédible et être condamné», relate-t-il.

«La prison de Fresnes, c’est quasiment la prison la plus dure de France. Il a des complications médicales. C’est difficile pour lui. Du matin au soir, il pleure», décrit-il.

Le soutien du public marocain reste, selon lui, sa principale source de réconfort. «La seule chose qui lui a fait plaisir, c’est quand je lui ai dit que le peuple marocain le soutient», dit-il.

Les avocats de la plaignante livrent une lecture opposée du verdict. «Cette peine (nous) paraît s’expliquer notamment par le profil inquiétant de l’accusé, mais aussi par la stratégie particulièrement agressive adoptée» à l’égard de leur cliente, ont déclaré à l’AFP Mes David Chemmi et Victorien de Faria.

«La remise en cause systématique de sa parole, tout comme les attaques dirigées contre les enquêteurs et les experts, ont manifestement été mal perçues par les jurés», ont-ils noté.

Par Hajar Kharroubi
Le 30/09/2026 à 15h54