Enfin, une femme à la tête du gouvernement

Soumaya Naâmane Guessous.

Soumaya Naamane Guessous.

ChroniqueLe Roi confie pour la première fois cette responsabilité à une femme. Au-delà de la portée symbolique de cette décision, c’est une nouvelle page qui s’ouvre pour la place des femmes dans la vie politique marocaine.

Le 29/09/2026 à 19h59

Je ne vais pas cacher ma joie.

Une femme à la tête du gouvernement marocain! Il aura fallu attendre tant d’années pour que cette image, inimaginable, devienne réalité.

Mais ma joie ne tient pas seulement au fait qu’elle soit une femme mais à la personne qui vient d’être choisie.

Fatima Ezzahra El Mansouri n’arrive pas à la tête du gouvernement parce qu’il fallait nommer une femme.

Avocate, elle a commencé sa carrière politique à Marrakech. En 2009, à seulement 33 ans, elle est devenue la première femme maire de Marrakech. Elle retrouve cette fonction en 2021. Depuis 2021, elle est ministre de l’Aménagement du territoire national, de l’Urbanisme, de l’Habitat et de la Politique de la ville.

Son parcours est riche: juridique, municipal, partisan et gouvernemental. Elle connaît le terrain et les responsabilités du pouvoir.

Cette nomination ne peut pas être uniquement regardée à l’aune de son parcours. Elle doit aussi l’être à travers l’institution qui l’a nommée: la Monarchie.

C’est le Roi qui nomme le chef du gouvernement, conformément à la Constitution, au sein du parti arrivé en tête des élections à la Chambre des représentants. Le PAM est arrivé en tête des législatives du 23 septembre 2026. Le Roi vient, dans ce cadre constitutionnel, de choisir la nouvelle cheffe de gouvernement et de la charger de former le nouveau gouvernement.

Pour la première fois dans l’histoire du Maroc, cette responsabilité incombe à une femme.

Il faut replacer cette nomination dans une histoire faite de réformes, de combats, de revendications, mais aussi de décisions institutionnelles qui ont progressivement ouvert aux femmes marocaines des responsabilités longtemps hors de leur portée.

Et aujourd’hui, un nouveau seuil vient d’être franchi.

Les femmes marocaines sont de plus en plus présentes dans les institutions. Elles représentent aujourd’hui, à la Chambre des représentants, 27,09%, contre 24,3% en 2021.

Chiffres insuffisants au regard de l’ambition de parité affichée par le Maroc. Mais ils montrent une évolution. Aujourd’hui, cette évolution a franchi un cap historique.

Cette première femme cheffe du gouvernement n’est pas arrivée là simplement parce qu’elle est une femme. Elle y arrive dans un cadre constitutionnel précis, à la suite d’élections législatives et par une décision du Roi. C’est précisément ce qui donne à cette nomination toute sa portée.

Le rôle du Roi ne peut donc pas être dissocié de cette évolution. La nomination d’une femme constitue un acte institutionnel particulièrement fort.

Le chef du gouvernement n’est pas une fonction symbolique. C’est une responsabilité considérable: conduire l’action du gouvernement et répondre aux attentes sociales et économiques.

Aujourd’hui, le symbole est puissant, mais il ne suffit pas.

Je ne pense pas qu’une femme gouverne nécessairement mieux qu’un homme parce qu’elle est une femme.

L’important est ce qu’elle va faire de cette fonction.

Qu’apportera-t-elle de différent?

Nous l’attendons sur l’école, la santé, l’emploi et le chômage des jeunes, le pouvoir d’achat, les inégalités sociales et territoriales, les services publics et la protection sociale. Nous l’attendons aussi sur la situation des femmes, les violences à leur encontre, les personnes handicapées, l’application effective de leurs droits, les enfants en situation de vulnérabilité et la lutte contre la précarité…

Et sur cette question: comment faire du développement économique une amélioration réelle de la vie quotidienne des Marocains?

Une femme au sommet du gouvernement ne changera pas, à elle seule, la condition des femmes marocaines.

Mais elle peut contribuer à déplacer les limites de ce qui paraît possible.

Cette nomination concerne aussi toutes celles qui ont grandi avec l’idée que certaines responsabilités étaient trop hautes ou trop masculines pour elles.

Cette frontière vient de reculer.

Je me réjouis pour les femmes marocaines. Pour toutes celles qui, avant elle, ont travaillé, milité, revendiqué, résisté et ouvert des portes.

L’histoire retiendra qu’une femme a, pour la première fois, dirigé le gouvernement marocain. Mais la société marocaine jugera surtout son action.

Elle ne portera pas seulement la responsabilité d’un gouvernement, mais aussi une partie des attentes de millions de femmes qui regarderont son parcours avec attention.

Elle porte aussi une responsabilité institutionnelle majeure: le Roi vient de lui confier la conduite du gouvernement.

Cette confiance oblige à être à la hauteur de la fonction et de ce moment historique.

Car ce qui vient de se produire n’est pas seulement une première féminine.

C’est aussi un message sur le Maroc d’aujourd’hui et sur le Maroc que nous voulons construire demain.

Aujourd’hui, une femme est au sommet du gouvernement marocain.

Demain, ce sont ses décisions qui diront ce que cette première aura véritablement changé.

Je souhaite à Fatima Ezzahra El Mansouri plein succès.

Par Soumaya Naamane Guessous
Le 29/09/2026 à 19h59