Quand les tracts retombent, que reste-t-il de l’exemple?

Soumaya Naâmane Guessous.

Soumaya Naamane Guessous.

ChroniqueDans une campagne électorale, des images restent davantage en mémoire que les discours. Celle des équipes entourant les candidats, dans les rues et les grands boulevards, brandissant des centaines de tracts, puis les lançant dans les airs.

Le 21/09/2026 à 14h03

Les papiers tourbillonnent au-dessus des têtes avant de retomber sur la chaussée, les trottoirs, les voitures et les jardins.

Autour de cette pluie de papier, des sourires, de l’enthousiasme, une satisfaction devant le spectacle.

Une scène scandaleuse.

Une campagne cherche à être visible. Un candidat a besoin de se faire connaître, de présenter son programme, de rencontrer les citoyens et de les convaincre. Mais quel symbole renvoie cette manière de faire?

Que signifie jeter des centaines de papiers dans la rue pour demander ensuite aux citoyens de croire à une politique responsable?

Une rue n’appartient pas à un candidat. Un boulevard n’appartient pas à son équipe, mais à tous les citoyens.

Cette scène grotesque renvoie à une notion essentielle: l’exemplarité.

Un candidat ne demande pas seulement une voix, mais une confiance. Il demande aux citoyens de croire qu’il saura défendre leurs intérêts, respecter leur ville et gérer les affaires publiques avec sérieux et responsabilité.

Or la confiance commence aussi dans les gestes les plus simples.

Celui qui parle de ville propre devrait respecter la propreté de la rue dans laquelle il fait campagne. Celui qui parle d’environnement devrait mesurer l’impact de centaines de feuilles dispersées dans l’espace public. Celui qui demande aux citoyens de respecter les règles devrait montrer lui-même, et à travers son équipe, que les espaces communs méritent d’être respectés.

Les petits gestes révèlent notre rapport aux autres et à ce qui nous appartient collectivement.

Le plus troublant n’est pas que les tracts finissent par terre. C’est la joie avec laquelle ils sont lancés. Comme si le spectacle de centaines de papiers s’élevant dans le ciel était une démonstration de force, une manière de célébrer le candidat, sans penser à la pollution engendrée.

Sans penser à ceux qui devront venir nettoyer.

La foule se dispersera. Les voitures continueront leur chemin. Les militants rentreront chez eux. Le candidat poursuivra sa campagne.

Mais les tracts seront poussés par le vent, piétinés par les passants, coincés contre les trottoirs, emportés vers les caniveaux, dans les jardins, dans les égouts.

Certains devront nettoyer ce que d’autres ont joyeusement jeté.

Avons-nous besoin de salir nos villes pour faire vivre la démocratie?

On peut faire campagne avec enthousiasme sans transformer la rue en corbeille à papier. On peut mobiliser sans gaspiller, célébrer un candidat sans oublier que l’espace public est un bien commun.

C’est cela qu’on devrait attendre d’un candidat: qu’il comprenne que l’exemple précède le discours.

«Lorsqu’une personne sollicite notre confiance pour participer à la gestion de la chose publique, on doit aussi observer la manière dont elle et son équipe se comportent et comment elles considèrent l’espace commun»

—  Soumaya Naamane Guessous

Cette responsabilité ne concerne pas seulement le candidat. Lorsqu’une équipe agit en son nom, porte ses couleurs, son visage et ses slogans, elle participe à l’image qu’il renvoie. C’est une responsabilité collective.

Un candidat ne peut pas se dissocier des comportements de ceux qui l’accompagnent.

La campagne est déjà une première forme de responsabilité.

Elle est le premier contact avec les citoyens. Elle est le moment où le candidat montre, avant d’être élu, quelle conception il a de l’espace public, du respect des autres et de la chose collective.

Après les résultats, les chiffres permettront de mesurer le choix des électeurs: qui aura été élu, qui aura perdu, quelle aura été la participation et quelles tendances se seront dégagées du scrutin.

Mais que restera-t-il de cette campagne au-delà des résultats?

Les noms des élus? Les slogans? Les promesses? Les affiches?

Ou aussi ces images de rues couvertes de tracts, de ces papiers lancés dans le ciel?

Lorsqu’une personne sollicite notre confiance pour participer à la gestion de la chose publique, on doit aussi observer la manière dont elle et son équipe se comportent et comment elles considèrent l’espace commun.

Parce que la politique ne commence pas le jour où l’on franchit la porte d’une institution.

Un candidat ne peut pas demander aux citoyens de croire en lui tout en donnant, à travers sa campagne, l’image d’un homme ou d’une femme qui ne mesure pas les conséquences de ses propres gestes.

La démocratie ne se résume pas à déposer un bulletin dans une urne.

Elle est aussi une manière de vivre ensemble, de respecter ce qui appartient à tous et de comprendre que nos actes ont des conséquences sur les autres.

Lorsque les tracts retombent, ils laissent une question: qu’ont montré les candidats d’eux-mêmes pendant qu’ils nous demandaient de leur faire confiance?

Par Soumaya Naamane Guessous
Le 21/09/2026 à 14h03