La décision de Sa Majesté le Roi constitue une rupture dans l’histoire politique du Maroc. Pour la première fois, une femme franchit la porte qui conduit à la plus haute responsabilité gouvernementale.
Ce moment lui appartient naturellement, mais il appartient aussi aux Marocaines qui ont ouvert, par leurs combats, des chemins sans toujours pouvoir les emprunter jusqu’au bout. Il appartient à celles qui ont travaillé, résisté, dirigé et transmis sans recevoir la reconnaissance correspondant à leurs compétences. Il appartient enfin à toutes les jeunes filles du Royaume qui pourront désormais regarder le sommet de l’État sans y voir une frontière tracée à l’avance.
2011 le choix de la réforme
Ce moment ne vient pas de nulle part. Il prolonge le choix effectué en 2011 lorsque, sous la pression de ce que l’on appelait alors le Printemps arabe, le Maroc décida de répondre au mouvement de l’histoire par la réforme plutôt que par l’immobilisme. Sa Majesté le Roi comprit qu’il fallait ouvrir une nouvelle étape. La Constitution proposée aux Marocains et approuvée par référendum renforça la place du gouvernement, élargit le champ des libertés et inscrivit plus profondément le Royaume dans la modernité politique.

Quinze ans plus tard, l’article 47 produit pleinement ses effets. En plaçant le PAM en tête, les urnes ont désigné sans ambiguïté la formation politique au sein de laquelle devait être choisi le Chef du gouvernement. La nomination de Fatima Ezzahra El Mansouri ajoute à cette continuité constitutionnelle une rupture majeure. Ce qui avait été écrit devient une réalité. La modernité institutionnelle du Royaume prend désormais un nouveau visage.
Un parcours politique pas une nomination symbolique
Ce visage est celui d’une femme qui n’a pas surgi pour les besoins d’un scrutin. Son parcours est connu de tous. Avocate de formation, maire de Marrakech, ministre, parlementaire et dirigeante politique, Fatima Ezzahra El Mansouri a construit son chemin. Elle a exercé le pouvoir local, affronté les contraintes de l’action gouvernementale et traversé les épreuves de son parti.
Elle a connu les crises, les rapports de force, les attaques et les moments de solitude que réserve l’engagement politique. Elle a appris à résister sans transformer chaque épreuve en spectacle. Elle porte les traces d’une vie politique réelle, avec ce qu’elle exige de patience, de courage, de renoncements et parfois d’obstination.
Elle avait le droit d’être première parce qu’elle avait parcouru le chemin permettant de le devenir. Les urnes lui ont ouvert la voie. La Constitution lui en a donné la légitimité. La décision royale lui confie désormais la responsabilité.
Le symbole ne suffira pas
Cette responsabilité commence précisément là où s’achève la célébration. Aucune première historique ne constitue, à elle seule, un programme de gouvernement. Une femme à la tête de l’exécutif ne garantit ni une meilleure école, ni un meilleur accès aux soins, ni une baisse des prix, ni une administration plus efficace. Le symbole ouvre une porte. Seule l’action publique peut donner un contenu à ce qui vient de se produire.
La nomination de Fatima Ezzahra El Mansouri suscite une espérance immense. Cette espérance sera sa première force, mais aussi sa première obligation. La déception serait à la mesure de l’attente. Elle ne toucherait pas seulement une majorité ou un parti. Elle risquerait d’affaiblir l’idée même que cette rupture pouvait changer la manière de gouverner.
Elle sera observée comme Cheffe du gouvernement, mais davantage jugée parce qu’elle est la première femme à exercer cette responsabilité. Ce procès supplémentaire serait injuste. Il existe pourtant. La meilleure manière de le dépasser ne sera pas de demander de l’indulgence, mais d’imposer le respect par les résultats.
Les deux ou trois premières mesures d’urgence donneront le la et imprimeront un rythme. C’est ainsi en politique: les premiers actes installent une méthode, créent une confiance ou font naître le doute. Ils diront immédiatement si le nouveau gouvernement entend rompre avec l’attentisme et répondre aux attentes exprimées par les Marocains.
Le changement commence par le gouvernement
Sa première décision politique sera la composition de son gouvernement. C’est là que le changement commencera à prendre forme ou qu’il se réduira à une image.
Le prochain gouvernement devra ressembler davantage au Maroc réel. Il devra donner aux femmes une place qui ne soit plus décorative, ouvrir ses portes à une nouvelle génération et rechercher les compétences pour ce qu’elles savent faire, non pour les réseaux auxquels elles appartiennent. Il devra associer l’expérience à l’audace, la connaissance de l’État à la capacité de le mettre en mouvement.
La stabilité de la majorité ne devra pas devenir un confort. Elle devra servir la transformation. Le Maroc n’attend pas une équipe qui se contente d’administrer ce qui existe. Il attend un gouvernement capable de rendre concrète la dynamique qui traverse le pays, afin que le Maroc qui avance ne demeure pas étranger à une partie des Marocains.
La première preuve devra se trouver dans le panier de la ménagère. Elle devra se lire dans le budget des familles, l’école, l’accès aux soins et la qualité du service public. Elle devra entrer dans la vie quotidienne avant de s’installer dans les discours.
Faire du Maroc qui vient une réalité pour tous
Les urnes ont exprimé une attente de clarté, de responsabilité et d’action. Elles ont sanctionné la vie chère, les silences et une manière de gouverner qui ne parvenait plus suffisamment à expliquer ni à convaincre. Elles ont placé le PAM en tête, mais elles ne lui ont signé aucun chèque en blanc.
Fatima Ezzahra El Mansouri arrive à la tête du gouvernement au moment où le Maroc connaît une séquence exceptionnelle. Les infrastructures se déploient. Les investissements s’accélèrent. L’horizon 2030 rapproche les échéances et le pays affirme une ambition nouvelle. Mais cette dynamique restera fragile si elle n’emporte pas l’adhésion de la société, si la jeunesse n’y trouve pas sa place et si les familles n’en perçoivent pas les effets dans leur vie.
Le défi du nouveau gouvernement sera de relier ces deux Maroc: celui qui construit, investit et se projette, et celui qui doute, attend et peine encore à croire que le mouvement le concerne.
Fatima Ezzahra El Mansouri avait le droit d’être première. Elle a désormais le devoir de réussir. Non pour démontrer qu’une femme peut gouverner, car cette démonstration n’a plus à être faite, mais pour que cette avancée institutionnelle devienne une avancée politique, sociale et humaine.
L’histoire vient d’ouvrir une porte. À elle, à son gouvernement et à nous tous de faire en sorte qu’elle ne se referme jamais.




