Que faisons-nous quand la culture nous est offerte?

Fouad Laroui.

ChroniqueLa réponse est, malheureusement, rien– ou pas grand-chose. Nous avons vraiment un problème avec la culture.

Le 30/09/2026 à 11h57

Je reviens de Tanger où s’est tenue la deuxième édition des Rencontres Méditerranéennes. Ces dernières ont pour ambition d’être un carrefour de voix et de cultures venus de différents pays de la mare nostrum. La «perle du Détroit» est le lieu idéal pour abriter cet évènement annuel. On n’oublie pas ici qu’elle a été ville internationale pendant quelques décennies, avec une instance législative composée de représentants de différentes nations, pour la plupart méditerranéennes.

Cette édition a été un grand succès sur le plan de l’organisation, grâce à Khalid Tamer, Marc Bitton et leur équipe: pas une seule fausse note, tout était parfait. Quant aux débats, conférences, performances artistiques, ils ont été d’un très haut niveau. Les repas pris en commun ont été des moments exceptionnels de proximité et de fraternité. On peut véritablement parler d’un «esprit de Tanger», celui du dialogue et de l’ouverture, de la confrontation fraternelle des imaginaires.

Le lieu choisi pour abriter l’évènement était tout simplement magnifique. Il s’agit du Borj en-naâm («La tour des autruches»), un ancien fort militaire du 18ème siècle situé dans le quartier de la Kasbah. Il a été rénové avec goût et contient un musée consacré à Ibn Battouta, l’enfant de la ville.

Tout était donc parfait? Oui… et non. Un regret: le public n’est pas venu en masse, les officiels non plus. Pourtant, il y a bien un demi-million d’habitants dans cette ville. L’université publique Abdelmalek Essaâdi accueille un effectif global d’environ 123.000 étudiants répartis sur l’ensemble de ses établissements dans la région. Où étaient-ils?

Il y a près de deux mille médecins dans la région, plus de trois cents cabinets d’avocats actifs, des milliers d’enseignants… Où étaient-ils?

«Quel est notre problème avec la culture? Est-ce que nous croyons qu’elle ne concerne qu’une élite? Est-ce qu’elle est le parent pauvre de l’Éducation nationale? Est-ce que les parents considèrent qu’elle ne sert à rien pendant la scolarité de leurs enfants? Est-ce que nous avons peur qu’elle nous éloigne du «droit chemin»?»

—  Fouad Laroui

Le titre de ce billet est: que faisons-nous quand la culture nous est offerte gratuitement, comme ce fut le cas le week-end dernier à Tanger? La réponse est, malheureusement, rien– ou pas grand-chose. Nous avons vraiment un problème avec la culture.

J’ai regardé sur YouTube des logorrhées interminables de dirigeants politiques pendant la récente campagne électorale qui a précédé les élections législatives. Aucun, je dis bien aucun, n’a évoqué la culture, la nécessité de la promouvoir, de la mettre à la portée de tous les citoyens. Bien sûr, le pouvoir d’achat est important mais l’homme ne vit pas que de pain. La culture, sous tous ses aspects, c’est ce qui donne un goût à la vie.

Et pourtant… Je me souviens avec effarement de la remarque que m’avait faite il y a deux ans un élève-ingénieur pendant un cours d’épistémologie à Ben Guerir:

- Professeur, nous n’avons pas besoin de culture puisque nous avons la religion.

Authentique. J’en étais resté sans voix. Heureusement, ce sont certains de ses propres condisciples qui l’avaient vertement remis à sa place en le traitant de m’kellekh– c’est-à-dire de borné.

Plus récemment, j’ai dû demander à quelqu’un d’arrêter de m’envoyer chaque matin une vidéo: «Franchement, je n’ai pas envie de voir chaque jour au réveil un prédicateur islamiste éructant qui m’assure que nous allons tous brûler éternellement dans les feux de l’Enfer. Si vous êtes obsédé par la religion, c’est votre affaire mais moi j’ai aussi d’autres intérêts dans la vie: la musique, la nature, la lecture, les dernières découvertes scientifiques, les discussions amicales, les voyages, les musées, le cinéma, etc.»

Quel est notre problème avec la culture? Est-ce que nous croyons qu’elle ne concerne qu’une élite? Est-ce qu’elle est le parent pauvre de l’Éducation nationale? Est-ce que les parents considèrent qu’elle ne sert à rien pendant la scolarité de leurs enfants? Est-ce que nous avons peur qu’elle nous éloigne du «droit chemin»?

Qu’en pensez-vous?

Par Fouad Laroui
Le 30/09/2026 à 11h57