Le défi de l’État social face au mur budgétaire

Le roi Mohammed VI a reçu, mardi 29 septembre 2026 au Palais royal à Rabat, Fatima Ezzahra El Mansouri, coordinatrice de la direction collégiale du Parti authenticité et modernité, que le Souverain a nommée Cheffe du gouvernement.

Le roi Mohammed VI a reçu, mardi 29 septembre 2026 au Palais royal à Rabat, Fatima Ezzahra El Mansouri, coordinatrice de la direction collégiale du Parti authenticité et modernité, que le Souverain a nommée Cheffe du gouvernement.

Revue de presseEntre promesses de réformes d’envergure et équilibres macroéconomiques fragiles, le nouveau gouvernement mené par Fatima Ezzahra El Mansouri hérite d’un programme social ambitieux évalué à 350 milliards de dirhams. Entre revalorisation du salaire minimum, refonte de l’impôt sur le revenu, sauvetage des caisses de retraite et mirage de l’emploi, la soutenabilité financière de ce modèle se heurte à la dure réalité de la productivité nationale et des finances publiques. Cet article est une revue de presse tirée de Jeune Afrique.

Le 01/10/2026 à 19h29

Après des décennies de politique axée prioritairement sur le développement des infrastructures à travers le Royaume, le Maroc aborde un tournant décisif en plaçant l’État social au cœur de ses priorités. Ces attentes citoyennes se cristallisent autour de Fatima Ezzahra El Mansouri, coordinatrice nationale du Parti authenticité et modernité, nommée cheffe du gouvernement par le roi Mohammed VI le 29 septembre dernier.

Le programme présenté par la nouvelle majorité affiche des ambitions colossales, dont le coût supplémentaire est estimé par le parti à 350 milliards de dirhams, soit environ 32 milliards d’euros. Parmi les mesures phares figurent le relèvement des pensions de retraite à un plancher de 3.000 dirhams, la gratuité de l’électricité pour les ménages les plus modestes, la suppression de l’impôt sur le revenu pour les salaires bruts inférieurs à 15.000 dirhams et la création d’un million d’emplois.

«Si des observateurs et de hauts fonctionnaires saluent la précision d’un programme jugé particulièrement lisible et chiffré par rapport aux standards habituels, la question de sa soutenabilité financière et économique suscite de vives interrogations chez les experts», indique le magazine Jeune Afrique.

L’une des propositions les plus commentées concerne la revalorisation du salaire minimum, actuellement fixé à 3.422 dirhams, que certains voient grimper à des niveaux inattendus. Des économistes et des représentants du monde patronal qualifient cette option de purement populiste au vu de la conjoncture. Pour l’universitaire Hammad Kassal, cité par Jeune Afrique, bousculer l’économie sans s’attaquer aux causes profondes de la faiblesse de la productivité régionale mènerait à l’impasse.

Sans gains de productivité, sans innovation accrue et sans un effort massif de formation technique de la jeunesse, de telles augmentations risquent de fragiliser le tissu productif, même si le patronat se dit ouvert à des hausses conditionnées par le développement d’industries locales à plus forte valeur ajoutée.

La refonte de l’impôt sur le revenu constitue un autre chantier titanesque. La simplification du barème, ramené à trois tranches, l’abaissement du taux marginal maximal à 20% et le relèvement du seuil d’imposition entraîneraient un manque à gagner fiscal estimé à plus de 30 milliards de dirhams par an. Des spécialistes comme Larabi Jaïdi, cité par le magazine, soulignent que, si le coût de cette mesure est mathématiquement simple à quantifier à partir de la masse salariale publique et privée, il représente plus de la moitié des recettes globales de l’impôt sur le revenu perçues en 2025. «Un tel manque à gagner fragiliserait d’autant plus les comptes publics que certaines rentrées fiscales de l’exercice précédent reposaient sur des mécanismes non reproductibles, comme la régularisation volontaire», souligne Jeune Afrique.

Le volet des retraites soulève des défis tout aussi périlleux. Le projet de fixer un plancher de 3.000 dirhams par mois pour tous les retraités et de doubler la pension de réversion apporterait un soulagement certain à des centaines de milliers de bénéficiaires percevant actuellement des montants dérisoires. Néanmoins, combler cet écart représenterait des milliards de dirhams de charges supplémentaires pour des caisses de prévoyance sociale déjà exsangues.

La Caisse marocaine des retraites et la Caisse nationale de sécurité sociale font face à des perspectives de déficits chroniques et d’épuisement de leurs réserves à l’horizon de la prochaine décennie. Elles sont plombées par une démographie difficile et par la persistance du chômage, qui limite l’élargissement de l’assiette des cotisants. Transférer cette charge sur des entreprises déjà soumises à de fortes pressions fiscales risquerait de compromettre la compétitivité du secteur privé.

L’objectif de création d’un million d’emplois promis par le nouveau gouvernement se heurte aux leçons du passé. Le précédent cabinet s’était fixé un objectif similaire en 2021. À la fin de 2025, le taux de chômage persistait à 13%, tandis que la Banque mondiale relevait un déficit de création d’emplois. Selon les calculs de spécialistes de l’économie, la croissance marocaine actuelle, dont le taux reste modeste, ne permet mathématiquement pas d’absorber les flux annuels nécessaires pour atteindre un tel objectif. Pour beaucoup d’analystes, cet engagement relève davantage d’un produit d’appel électoral que d’une cible réaliste et mesurable, laissant au nouveau gouvernement la lourde tâche de concilier la promesse d’un État social généreux avec la dure réalité macroéconomique du pays.

Par La Rédaction
Le 01/10/2026 à 19h29