L’analyse des approvisionnements nationaux au cours des cinq premiers mois de la campagne 2026/2027 témoigne d’une mutation profonde de la stratégie d’achat des opérateurs du secteur. D’après les derniers indicateurs établis par la Fédération des négociants en céréales et légumineuses, le volume global des importations de céréales et de leurs dérivés s’est contracté de 20 % entre le 1er juin et le 31 octobre 2026, s’établissant à 3,98 millions de tonnes, contre près de 4,96 millions un an plus tôt. «Cette diminution nette de 980 000 tonnes masque toutefois une recomposition majeure des flux du commerce extérieur, caractérisée par un désengagement des matières brutes au profit d’un recours accru aux produits transformés», indique le quotidien L’Economiste du 6 novembre.
Le recul global est principalement imputable aux céréales brutes, dont le volume importé a chuté de 29% pour atteindre 2,94 millions de tonnes. À l’inverse, les importations de dérivés ont enregistré une hausse notable de 30%, franchissant la barre de 1,04 million de tonnes. En moyenne mensuelle, cette dynamique se traduit par une baisse du rythme des arrivages de céréales brutes, qui passe de 833 000 à 588 000 tonnes, tandis que celui des produits dérivés augmente de 160 000 à 208 000 tonnes. Le volume mensuel global recule ainsi de 993 000 à 797 000 tonnes, confirmant la réorientation des opérateurs vers des produits semi-finis directement exploitables par les industries de l’agroalimentaire et de la nutrition animale.
Le fait le plus marquant réside dans l’effondrement des achats de blé tendre, dont les volumes ont chuté de 75% pour s’établir à 516 000 tonnes. Ce retrait spectaculaire s’explique par le bon niveau de couverture des besoins locaux et une gestion optimisée des réserves. Dans le même temps, la rationalisation des achats s’est traduite par le quasi-abandon du blé tendre biscuitier et de l’avoine, ainsi que par l’arrêt total des importations de graines de soja, précise L’Economiste.
Du côté des produits dérivés, la dynamique est soutenue par la demande de l’industrie des aliments composés. Les importations de tourteaux de soja ont bondi de 52% pour atteindre 446 000 tonnes, et celles de pulpe de betterave de 56%, à 124 000 tonnes. Les importations de tourteaux de tournesol progressent de 15%, à 166 000 tonnes, celles de son de blé de 30%, à 121 000 tonnes, et celles de coques de soja de 27%, à 63 000 tonnes. Quelques replis sont néanmoins enregistrés, notamment pour les importations de drêches de maïs, qui reculent de 16%, à 79 000 tonnes, celles de tourteaux de colza, qui diminuent de 37%, à 20 000 tonnes, et celles de luzerne, qui baissent de 13%, à 5 000 tonnes. Les importations de gluten de maïs et de coques de tournesol restent, quant à elles, stables, respectivement à 10 000 et 5 000 tonnes.
Sur le plan logistique, la réception des cargaisons demeure extrêmement centralisée. Entre juin et octobre 2026, le port de Casablanca a capté à lui seul 61% des entrées nationales, soit 2,43 millions de tonnes, suivi de Jorf Lasfar, qui en a absorbé 26%, soit 1,04 million de tonnes. À eux deux, ces complexes portuaires concentrent 87% du trafic céréalier du pays. Le port d’Agadir assure la desserte des provinces du Sud avec 10% des flux, soit 379 000 tonnes, tandis que Nador et Safi ferment la marche avec des parts marginales respectives de 1,9% et de 1%. «Cette hyperconcentration met en relief la nécessité absolue de moderniser continuellement les équipements de déchargement et d’étendre les capacités de stockage portuaire», écrit L’Economiste.
Le panorama des origines géographiques montre un effort constant de diversification pour prémunir le marché intérieur contre les fluctuations mondiales. L’Argentine s’impose comme le premier partenaire du pays avec 1,52 million de tonnes livrées, constituées essentiellement de maïs, à hauteur de 1,12 million de tonnes, ainsi que de tourteaux et de coques de soja. La France occupe la deuxième place avec 571 000 tonnes, constituées majoritairement de blé tendre et d’orge. Le Canada complète le trio de tête avec 471 000 tonnes, constituées quasi exclusivement de blé dur. Les États-Unis acheminent 341 000 tonnes de produits diversifiés et le Brésil livre 296 000 tonnes de maïs, tandis que la Russie et la Lettonie fournissent respectivement 216 000 et 193 000 tonnes. Le solde des approvisionnements est sécurisé auprès de l’Allemagne, du Nigeria, de la Bulgarie, de la Roumanie, de l’Angola, des Pays-Bas et de l’Espagne.




