Boualem Sansal aux dirigeants algériens: «Arrêtez de faire la guerre à tout le monde»

Boualam Sansal à l'Université Euromed de Fès. (Y.Jaoual/Le360)

Le 05/11/2026 à 16h51

VidéoÀ l’Université Euromed de Fès, l’écrivain franco-algérien Boualem Sansal a lancé un appel sans détour aux dirigeants algériens, les exhortant à faire la paix avec leurs voisins et à libérer les voix dissidentes. Marqué par sa propre expérience de détention, il a également plaidé pour le rapprochement entre les peuples marocain et algérien, au-delà des tensions politiques.

Invité à un échange chaleureux à l’Université Euromed de Fès, mercredi 4 novembre, l’écrivain franco-algérien est venu porter un message : appeler les dirigeants algériens à faire la paix. Car il y a urgence. «Arrêtez de faire la guerre à tout le monde, libérez les gens, laissez-les tranquilles, faites la paix».

Membre de l’Académie française depuis 2026, Boualem Sansal ne mâche pas ses mots. «Nous avons abordé les relations entre l’Algérie et le Maroc, un sujet très détestable par la faute d’Alger, bien évidemment, qui fait la guerre contre les Algériens et ses intellectuels, dont je suis un exemple», a-t-il déclaré au micro de Le360. Il poursuit: «C’est un régime militaire dangereux, comme a pu l’être le régime soviétique avant. Une fois que l’on s’exprime par écrit ou verbalement, il y a toujours un risque».

Mais Boualem Sansal a fait un choix assumé, par respect à sa condition d’intellectuel. «Être journaliste ou écrivain nécessite de défendre ses idées, sinon c’est indigne d’un intellectuel. Je l’ai compris très vite et j’ai décidé de toujours parler clairement. Pas d’hypocrisie, pas de double jeu, et dire les choses, car ce sont les idées qui permettent aux hommes de vivre en paix et de construire des civilisations intéressantes».

Tout au long de cette rencontre très attendue et très suivie, l’écrivain, dont les grands-parents sont originaires de Taza, au Maroc, a abordé plusieurs questions, les unes philosophiques, les autres plutôt politiques. Mais il a surtout insisté sur la nécessité de préserver les relations entre les peuples. «Si l’on continue ainsi, on va se faire la guerre. Avec vos voisins, les Tunisiens, les Marocains, les Français, les Italiens, faites la paix, travaillez, puis un jour ils vont se rendre compte que la paix est la meilleure chose qui soit dans la vie».

Cet appel à la paix prend aussi une résonance particulière au regard de son propre parcours. Emprisonné en Algérie en novembre 2024 et condamné à cinq ans de prison ferme, Boualem Sansal a finalement été gracié et libéré en novembre 2025, à la suite d’une médiation allemande. Son expérience donne une dimension toute particulière à son appel à la liberté d’expression.

Plus qu’un coup de gueule, ce cri d’amour est aussi venu d’un triste constat. «Les diasporas algériennes et marocaines en France devraient se retrouver, travailler ensemble... Ils sont frères. Nous sommes marocains car ce sont nos frères, nous avons la même religion, la même langue».

Par Qods Chabâa et Yousra Jaoual
Le 05/11/2026 à 16h51