Le contraste est saisissant. En France, TotalEnergies met en avant son dispositif volontaire de plafonnement des prix des carburants, présenté par son PDG, Patrick Pouyanné, comme un effort commercial destiné à préserver le pouvoir d’achat des automobilistes. Au Maroc, la même enseigne figurait, début novembre, en haut de la grille tarifaire relevée dans plusieurs stations-service de Casablanca.
Le litre de gasoil y était affiché à 16,99 dirhams chez TotalEnergies, contre 16,40 dirhams chez Afriquia. Soit une différence de 59 centimes par litre, représentant 29,50 dirhams supplémentaires pour un plein de 50 litres. Les tarifs relevés chez Winxo, Shell et Petromin Oils s’établissaient à 16,95 dirhams, tandis que Yoom affichait 16,89 dirhams.
Pour l’essence sans plomb, TotalEnergies se situait également au niveau le plus élevé du relevé, à 15,69 dirhams le litre, contre 15,09 dirhams chez Afriquia et 14,99 dirhams chez Yoom.
| Distributeur | Gasoil (DH/L) | Essence (DH/L) |
|---|---|---|
| yoom | 16,89 | 14,99 |
| TotalEnergies | 16,99 | 15,69 |
| Winxo | 16,95 | 15,38 |
| Afriquia | 16,40 | 15,09 |
| Shell (Vivo Energy) | 16,95 | 15,38 |
| Petromin Oils | 16,95 | 15,38 |
Un écart hors norme sur le marché marocain
Au-delà du niveau des prix, c’est surtout l’ampleur de la différence entre les enseignes qui retient l’attention. Jusqu’ici, les écarts entre les distributeurs se limitaient généralement à quelques centimes par litre. Une différence de 59 centimes entre deux grandes enseignes constitue donc un phénomène particulièrement inhabituel, sinon inédit à cette échelle sur le marché national.
Cette dispersion des tarifs intervient dans le sillage de la nouvelle révision des prix entrée en vigueur le 1er novembre. Les ajustements ont été sensiblement différents selon les opérateurs. Certains ont relevé le prix du gasoil de 50 centimes, tandis que d’autres ont appliqué une hausse proche d’un dirham. Les stratégies commerciales des distributeurs ont ainsi produit des écarts inhabituels.
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Ce positionnement marocain prend une dimension supplémentaire à la lumière des déclarations de Patrick Pouyanné en France. Le PDG de TotalEnergies a chiffré à 500 millions d’euros le coût de l’effort commercial consenti par le groupe pour plafonner les prix dans ses stations françaises. Ce dispositif volontaire permet à l’enseigne de contenir les prix de vente à la pompe, sans qu’il s’agisse d’un encadrement administratif des marges des distributeurs.
Le dirigeant défend cette politique comme un choix commercial assumé, destiné à préserver le pouvoir d’achat des automobilistes et à renforcer l’attractivité du réseau. Le plafonnement a également contribué à la progression des volumes vendus et des parts de marché de TotalEnergies en France.
Une question mérite dès lors d’être posée. Dans quelle mesure cet effort commercial consenti sur le marché français pourrait-il avoir des répercussions sur la stratégie des filiales du groupe à l’international? Celles-ci pourraient-elles être, directement ou indirectement, sollicitées pour contribuer à compenser le manque à gagner enregistré en France?
TotalEnergies Marketing Maroc évolue certes dans un environnement concurrentiel et réglementaire qui lui est propre, avec ses instances de gouvernance, ses actionnaires et ses impératifs économiques. La question n’en demeure pas moins légitime au regard du contraste entre le discours commercial du groupe en France et le positionnement tarifaire observé au Maroc.
Les nouveaux prix de gasoil affichés dans les stations-service à Casablanca (W.Elmouden/Le360.)
Ce contraste intervient également dans un contexte fiscal particulier. Le projet de loi de finances 2027 prévoit de relever de 35 à 40% le taux de l’impôt sur les sociétés applicable aux entreprises exerçant des activités d’importation ou de distribution des hydrocarbures dont le bénéfice net atteint ou dépasse 100 millions de dirhams.
Le gouvernement entend ainsi renforcer la contribution fiscale des entreprises les plus rentables du secteur. Une disposition qui cible directement les grands opérateurs pétroliers, dans un marché où la question de la formation des prix et du niveau des marges demeure particulièrement sensible.
Pour bon nombre d’observateurs, et jusque dans les rangs de certains parlementaires, le niveau record des prix constatés à la pompe depuis le 1er novembre pourrait être interprété comme une forme de réponse des distributeurs à cette initiative fiscale. Dans cette lecture, les opérateurs feraient comprendre que le renforcement de leur pression fiscale pourrait se répercuter sur les prix supportés par les consommateurs.
L’hypothèse d’une réaction «du tac au tac» mérite toutefois d’être présentée avec prudence. Rien ne permet à ce stade d’établir un lien direct entre les ajustements tarifaires du 1er novembre et la mesure fiscale envisagée. Les évolutions des cours internationaux, les conditions d’approvisionnement, les stocks et les stratégies commerciales propres à chaque enseigne entrent également en ligne de compte.









