Le marché céréalier marocain traverse une phase de profonde recomposition, marquée par un arbitrage en faveur de l’élevage et de l’industrie agroalimentaire. Selon les dernières données de la Fédération nationale des négociants en céréales et légumineuses (FNCL), publiées début juillet 2026, le Maroc a importé 5,43 millions de tonnes de céréales à fin juin, soit une progression de 3% sur un an. «En incluant les produits dérivés, le volume global atteint 7,15 millions de tonnes, en hausse de 7%», indique L’Economiste dans son édition du vendredi 3 juillet.
Cette progression globale masque toutefois une profonde redistribution des importations. La demande s’oriente massivement vers les intrants destinés à l’alimentation animale: le blé fourrager enregistre la plus forte hausse relative, avec une progression de 29%, tandis que le maïs s’impose comme le principal moteur de croissance en volume, affichant une hausse de 21%. À l’inverse, les céréales traditionnelles sont en recul, les importations de blé dur et d’orge diminuant respectivement de 8% et de 30%. Sur le seul mois de juin 2026, bien que les importations mensuelles globales aient reculé de 19%, à 604.628 tonnes, le maïs a représenté à lui seul 83% des volumes réceptionnés, confirmant son rôle central dans l’approvisionnement des filières avicole et de l’élevage.
Pour faire face à la volatilité des marchés mondiaux et sécuriser ses approvisionnements, le Royaume mise sur une diversification accrue de ses sources d’approvisionnement. Les importations de blé proviennent principalement de l’Union européenne et du bassin de la mer Noire, tandis que celles de maïs font l’objet d’arbitrages permanents entre l’Amérique du Sud, l’Europe de l’Est et les États-Unis. «Ce panel de fournisseurs, qui s’étend du Brésil à la Russie en passant par la France et l’Ukraine, permet aux opérateurs marocains d’optimiser les coûts de transport, les prix et la qualité des cargaisons», écrit L’Economiste.
Sur le plan logistique, l’acheminement de ces volumes demeure fortement concentré. Les ports de Casablanca et de Jorf Lasfar ont traité près de 90% des importations de juin 2026, confirmant leur rôle de principaux hubs céréaliers du pays, à proximité des grands centres de transformation. Les infrastructures d’Agadir, de Nador, de Safi et de Tanger Med ne représentent qu’une part marginale de ces flux.
Cette dynamique de modernisation et de spécialisation est confirmée par le Département américain de l’Agriculture (USDA) dans son rapport Exporter Guide Morocco 2026. L’administration américaine qualifie le Maroc d’importateur net de produits agricoles à fort potentiel et identifie le maïs, le soja et les tourteaux comme les principaux leviers de développement des exportations américaines vers le Royaume. «Selon l’USDA, la croissance économique, l’expansion de l’industrie agroalimentaire et le développement des filières animales continueront de soutenir durablement la demande en céréales importées, consolidant la position du Maroc comme un carrefour régional d’approvisionnement à la fois stratégique et flexible», conclut L’Economiste.




