Nouvelles révélations sur l’Affaire Hichem Aboud: quand le terrorisme d’État d’Alger s’allie au banditisme

Le président algérien Abdelmadjid Tebboune.

Une enquête antiterroriste française, révélée par Le Monde, met au jour les méthodes de voyous du régime d’Alger pour éliminer ses opposants en France. En s’appuyant sur les réseaux du grand banditisme et de la délinquance de banlieue pour tenter d’assassiner le journaliste Hichem Aboud à Roubaix, le pouvoir algérien s’offre une stratégie de sous-traitance criminelle à bas coût et un déni plausible. Récit d’un projet de terrorisme d’État qui a tourné au fiasco.

Le 02/07/2026 à 11h59

Les révélations sont faites par Le Monde. Retraçant comment la tentative d’assassinat dont le journaliste et opposant algérien Hichem Aboud a fait l’objet en France et s’appuyant sur l’enquête antiterroriste française, le quotidien français lève le voile sur des méthodes aussi crasses qu’inquiétantes: le recours par le régime algérien à la petite délinquance et au crime organisé en France pour exécuter des contrats politiques contre ses détracteurs.

Il en ressort que pour mener à bien ses opérations de répression et de représailles contre ses opposants exilés en France, le régime algérien semble avoir adopté une stratégie de dissimulation en externalisant la violence. Plutôt que de projeter des agents secrets identifiables, l’ingérence prend les traits de la sous-traitance. Elle s’appuie sur des intermédiaires du grand banditisme (notamment des connexions à Marseille et Aix-en-Provence) qui recrutent à leur tour, via des messageries chiffrées comme Telegram ou Signal, des «petites mains» interchangeables issues de la délinquance de banlieue.

Comme le note le quotidien, citant un document judiciaire des services antiterroristes, la méthode est éprouvée: il s’agit de «réseaux criminels activés au service d’une puissance étrangère». Ce mode opératoire offre un double avantage aux commanditaires: un coût financier dérisoire et, surtout, une possibilité de déni plausible si l’opération tourne mal, en faisant passer un assassinat politique pour un vulgaire règlement de comptes.

Chronique d’un raté

L’affaire éclate de manière totalement fortuite à la suite d’un spectaculaire braquage en Saône-et-Loire, rapporte Le Monde. En novembre 2024, un commando de jeunes délinquants lyonnais attaque le musée d’art sacré du Hiéron à Paray-le-Monial, mutilant à la disqueuse thermique la Via Vitae, un chef-d’œuvre d’orfèvrerie en or et pierres précieuses estimé «entre 3,5 millions et 6 millions d’euros».

En 2025, lors des vagues d’arrestations menées par la section de recherches de Dijon, les gendarmes saisissent le téléphone d’un des logisticiens du braquage, Abdeljalil B., 19 ans. En examinant ses messages chiffrés, les enquêteurs de la DGSI et du Parquet national antiterroriste (PNAT) découvrent avec stupeur un second contrat, bien plus sombre, proposé deux mois après le casse par un donneur d’ordres sous le pseudonyme «Lapègre.69». «En tirant le fil, les enquêteurs font une découverte plus inquiétante. Des messages exhumés du téléphone d’Abdeljalil B. révèlent l’existence d’un complot d’une tout autre nature: un projet d’assassinat contre un opposant algérien», lit-on. La cible n’est autre que Hichem Aboud. «Soupçonnant une opération clandestine commanditée par les services du régime algérien sur le sol français, la justice antiterroriste s’en empare. Au terme de dix mois d’investigations, quatre suspects, dont Abdeljalil B., sont mis en examen et écroués le 23 mai pour tentative ou complicité de tentative de meurtre en relation avec une entreprise terroriste et association de malfaiteurs terroriste criminelle», lit-on encore.

Le message qui ouvre la boîte de Pandore est explicite. «Mon frère, faut éteindre un pélo [mec] (…). Je te donne 5.000 balles en avance et après le boulot, je te redonne 5.000 balles. Je te donne guitare [fusil d’assaut], vago [voiture], faut juste trouver un pilote et toi tu manies la guitare et tu lui éteins sa mère la pute», lit-on.

Trois exécutants, Abdeljalil B. (Zorro69 ), Walid B. (John Wick, étudiant en informatique) et Jahid B. (L’Ecossais, déjà incarcéré pour violences), montent une opération de type go fast vers le Nord. À bord d’une voiture volée et armés d’un fusil d’assaut, ils ciblent une maison en briques rouges à Roubaix. Les instructions reçues sur Signal sont chirurgicales: une photo de la victime, un plan Google Maps et la mention «RDC, étage, les premières fenêtres tout à droite».

Vers 5 h 30 du matin, les criminels frappent à la porte en hurlant «Police, ouvrez!» pour forcer la cible à sortir. Face au bruit, une voisine ouvre sa fenêtre, faisant fuir le commando. Ils reviennent quelques heures plus tard pour faire le guet en fumant du cannabis, ignorant que Hichem Aboud, se sachant menacé, a déjà fui vers le Maroc. En mai 2026, l’équipe est officiellement mise en examen pour «tentative de meurtre en relation avec une entreprise terroriste». Lors de ses aveux, Abdeljalil B. confirmera cyniquement sa mission: «Je vais pas mentir, j’ai accepté, je suis un trou du cul. Mon rôle c’était de shooter, de tuer».

La main d’Alger

Bien que les exécutants affirment avoir ignoré la dimension politique de leur acte, affirmant n’avoir agi que pour l’appât du gain, la cible choisie ne laisse guère de place au doute. Hichem Aboud, septuagénaire et ancien membre des services de renseignement algériens, est un réfugié politique et un opposant farouche au président Abdelmadjid Tebboune. Suivi par 750.000 abonnés sur YouTube, il attaque frontalement le régime d’Alger en dénonçant sa corruption.

Cité par Le Monde, l’avocat du journaliste, Me Moulay Abdeljalil Dalil Essakali, souligne une grille de lecture qui, pour lui, est évidente. «Toutes les attaques répétées contre sa personne ces dernières années portaient la signature d’Alger. Dans cette affaire de Roubaix, il est possible que les initiateurs aient changé de façon de procéder en embauchant des jeunes connus de la police pour égarer les enquêteurs français», explique-t-il. La justice française suit cette piste de très près, classant désormais ces complicités de criminalité et d’ingérence étatique sous la qualification de terrorisme.

Cette tentative d’assassinat à Roubaix s’inscrit dans un terrorisme d’État continu. Ce n’est pas la première fois que Hichem Aboud est visé par des opérations violentes ou des tentatives d’enlèvement et de déstabilisation sur le sol européen.

Ce mode opératoire rappelle le traitement réservé à d’autres figures majeures de la dissidence algérienne en France, à l’instar d’Amir Boukhors, plus connu sous le pseudonyme d’Amir DZ. Ce cyber-activiste particulièrement critique envers le pouvoir algérien a lui aussi fait l’objet par le passé de tentatives d’enlèvement et de projets de neutralisation. Le recours au crime organisé et aux délinquants de cité pour exécuter ces basses œuvres confirme la bascule du régime algérien dans des méthodes de voyous et de piraterie visant à faire taire, par tous les moyens, les voix dissidentes au cœur même de l’Hexagone.

Par Tarik Qattab
Le 02/07/2026 à 11h59