Le Maroc et la Corée du Sud ont intensifié leurs négociations en vue de finaliser un accord de partenariat économique global (CEPA). Les discussions, menées à Rabat par Omar Hejira, secrétaire d’État chargé du commerce extérieur, et Yeo Han-koo, négociateur en chef sud-coréen, pourraient aboutir dès le mois d’août, avec pour objectif de boucler l’accord d’ici la fin de l’année. Les tractations se concentrent désormais sur des secteurs stratégiques tels que la défense, le rail, les batteries, les chantiers navals et les minerais critiques, indique le magazine hebdomadaire Challenge. Ce futur traité de libre-échange ambitionne de dépasser la simple réduction des droits de douane pour englober les investissements, la sécurisation des chaînes d’approvisionnement et la production industrielle. Pour Séoul, le Maroc représente un carrefour géo-économique majeur et l’unique pays africain à disposer d’accords de libre-échange à la fois avec les États-Unis et l’Union européenne, offrant ainsi aux constructeurs coréens une passerelle privilégiée vers ces grands marchés.
Les négociations s’orientent vers des discussions au cas par cas, une formule privilégiée par Séoul pour soutenir ses géants industriels. C’est notamment le cas de Hyundai Rotem, qui a remporté en 2025 un contrat ferroviaire historique pour produire des rames destinées à l’Office national des chemins de fer (ONCF). La firme sud-coréenne pousse pour une baisse des barrières douanières sur les intrants importés, indispensables à sa future usine marocaine. Au-delà du rail, la Corée du Sud lorgne le secteur naval. Sa filiale HD Hyundai Heavy Industries, alliée au groupe marocain Somagec, est finaliste pour la concession du chantier naval de Casablanca, face à des concurrents italiens et un consortium sino-hispano-marocain. Ce projet d’envergure, géré par l’Agence nationale des ports, prévoit la construction d’infrastructures lourdes de réparation et de maintenance, adaptées aux navires marchands et militaires, lit-on dans Challenge.
Du côté de Rabat, l’approche se veut plus prudente. Les négociateurs marocains veillent à ce que l’accord ne fragilise pas le tissu industriel local face à la puissance économique sud-coréenne. Les autorités cherchent à préserver des marges de manœuvre pour protéger les entreprises nationales d’une concurrence disproportionnée. La gestion des matières premières critiques, comme le lithium ou le cuivre, illustre ce défi: le Maroc souhaite éviter un schéma où ses ressources naturelles seraient exportées pour revenir sous forme de véhicules importés à forte valeur ajoutée, au détriment de sa propre stratégie d’industrialisation




