OCDE: le Maroc s’impose comme le nouveau leader du tourisme africain

Place Jamaa El Fna.

La place Jamaa El Fna à Marrakech.. DR

Le dernier rapport de l’OCDE sur les tendances mondiales du tourisme confirme la montée en puissance du Maroc sur l’échiquier touristique africain. En 2025, le Royaume a dépassé l’Égypte en nombre d’arrivées de touristes internationaux et conforté son avance sur l’Afrique du Sud pour la plupart des indicateurs clés, notamment les arrivées, la contribution au PIB et l’emploi. Seules les recettes touristiques restent à l’avantage de l’Égypte.

Le 02/07/2026 à 16h23

Le dernier rapport de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), intitulé «OECD Tourism Trends and Policies 2026», dresse un panorama comparatif du tourisme dans 53 pays, avec un focus sur trois économies africaines: le Maroc, l’Afrique du Sud et l’Égypte. Les données qui en ressortent placent le Royaume en position de force sur la plupart des indicateurs du secteur.

Ainsi, relève le rapport, le Royaume a accueilli 19,8 millions de touristes internationaux en 2025, soit une progression de 14% par rapport à 2024. L’OCDE souligne que ce chiffre dépasse déjà l’objectif de 17,5 millions fixé par la feuille de route du secteur touristique 2023-2026, un cap normalement attendu pour l’année suivante. Elle note que la France demeure le premier marché émetteur avec 29% des arrivées, devant l’Espagne (23%) et le Royaume-Uni (7%).

Cette réussite n’est pas due seulement aux flux des touristes étrangers, mais également à la bonne dynamique du tourisme domestique, selon les auteurs du rapport. En effet, ce segment a généré plus de 12 millions de nuitées dans les établissements d’hébergement touristique classés en 2025, en hausse de 3% sur un an. Sur le plan macroéconomique, ils relèvent que le secteur a contribué à hauteur de 7,3% du PIB, soit 116,2 milliards de dirhams en 2024, en progression de 0,5 point depuis 2019.

En termes d’emploi, 894.000 postes directement liés au tourisme étaient enregistrés en 2025, soit 92.000 de plus qu’en 2022, portant la part du secteur à 8,2% de l’emploi total. Pour les recettes voyages, elles ont dépassé 138 milliards de dirhams à fin 2025, contre 114,5 milliards en 2024, en progression annuelle de 21%.

Converties en devises, ces recettes s’élevaient à 11,5 milliards de dollars en 2024 selon les données du FMI reprises par l’OCDE, contre 10,6 milliards l’année précédente. Ce qui permet au tourisme de représenter 40,7% des exportations de services du pays cette année-là, un repli de 0,7 point par rapport à 2023, à mesure que d’autres secteurs exportateurs progressent également.

Par ailleurs, le rapport indique que le budget public consacré au tourisme s’établissait à 1,9 milliard de dirhams en 2025, mobilisé par le ministère du Tourisme, de l’Artisanat et de l’Économie Sociale et Solidaire, chargé de piloter cette stratégie via l’Office national marocain du tourisme et la Société marocaine d’ingénierie touristique (SMIT).

Le Maroc devance l’Égypte

La comparaison régionale la plus significative concerne l’Égypte, longtemps référence touristique à l’échelle africaine. Les données montrent que le Royaume dépasse désormais son concurrent historique en nombre d’arrivées internationales, puisque l’Égypte a accueilli 18,9 millions de touristes en 2025, contre 19,8 millions pour le Maroc.

Sur la période 2019-2025, la progression marocaine (+53%) dépasse également celle de l’Égypte (+47%). L’Égypte conserve, toutefois, l’avantage en termes de recettes voyages égyptiennes avec 15,3 milliards de dollars en 2024, contre 11,5 milliards pour le Maroc, rappelle le rapport. Cet avantage s’est maintenu en 2025, selon l’ONU Tourisme, avec des revenus de voyages qui se sont élevés à 17,8 milliards de dollars de recettes pour l’Égypte, contre 14,70 milliards de dollars pour le Maroc.

La balance touristique nette égyptienne s’élevait à 11,3 milliards de dollars en 2024, contre 8,6 milliards pour le Maroc. L’écart tient en partie à un volume de dépenses touristiques sortantes plus faible côté marocain (2,9 milliards de dollars, contre 4,1 milliards pour l’Égypte), révélateur de structures de marché distinctes.

Le rapport ne détaille pas la gouvernance égyptienne du secteur, faute de fiche-pays dédiée dans cette édition, à la différence du Maroc et de l’Afrique du Sud qui bénéficient chacun d’un profil complet. Ce déficit documentaire limite la comparaison aux seules données chiffrées disponibles pour l’Égypte.

La comparaison avec l’Afrique du Sud fait ressortir, quant à elle, un écart plus marqué en faveur du Maroc. Le pays a enregistré 8,9 millions d’arrivées internationales en 2024, un chiffre resté inférieur de près de 13% à son niveau de 2019, avant de rebondir à 10,5 millions en 2025 (+18% sur un an). Le Maroc, à titre de comparaison, avait déjà dépassé son niveau pré-pandémique depuis plusieurs années et atteint près du double du volume sud-africain.

Le Maroc devance également l’Afrique du Sud en termes d’apport du tourisme à l’économie. En effet, en Afrique du Sud, le secteur a contribué à hauteur de 4,9% du au PIB en 2024 et a représenté 5,7% de l’emploi, soit au total environ 954.000 postes, des ratios inférieurs à ceux du Maroc. De même, le tourisme a généré des recettes de l’ordre de 6,4 milliards de dollars en 2024, contre 11,5 milliards pour le Royaume, soit près du double.

Le rapport relève, par ailleurs, que les marchés émetteurs diffèrent radicalement entre les deux pays. Alors que l’Afrique du Sud tire l’essentiel de ses arrivées de ses voisins régionaux, notamment le Zimbabwe (24,5%), le Mozambique (17,8%) et le Lesotho (10,9%), le Maroc reste avant tout tourné vers l’Europe.

Un écart net avec l’Afrique du Sud

L’OCDE note, toutefois, que le tourisme domestique en Afrique du Sud est vigoureux, avec 40,2 millions de voyageurs internes recensés en 2024 (+6,1%) et une dépense totale de 136,4 milliards de rands (+12,4%). Le budget public alloué au secteur a en revanche reculé de 5,7% sur l’exercice 2024-2025, à 2,4 milliards de rands, contre une trajectoire budgétaire marocaine orientée à la hausse.

Au global, sur l’ensemble des indicateurs suivis par l’OCDE — arrivées, contribution au PIB et à l’emploi, recettes en devises —, le Maroc devance donc l’Afrique du Sud.

Sur le volet de la gouvernance, le rapport relève que les deux pays ont chacun engagé une refonte de leur cadre stratégique, avec des calendriers distincts. Le Maroc s’appuie sur la feuille de route touristique 2023-2026, structurée autour de neuf axes thématiques et cinq axes transversaux valorisant le patrimoine immatériel, avec un accent porté sur l’investissement dans l’hébergement et l’animation touristique via les programmes «Go Siyaha» et «Moukawala Siyahia».

L’Afrique du Sud opère, quant à elle, encore avec sa stratégie nationale du secteur touristique 2016-2026, mais elle a en révisé le cadre général, avec un livre blanc sur le tourisme, approuvé en septembre 2024 pour remplacer la politique de référence datant de 1996, note le rapport.

Ce nouveau texte prévoit un régime différencié pour les locations de courte durée, une simplification de l’accès aux visas et un accent renouvelé sur le développement des entreprises et fournisseurs locaux.

Poursuivant la comparaison entre les deux modèles de gouvernance touristique, le rapport note que le Maroc mise sur la professionnalisation de sa main-d’œuvre via les programmes «Kafaa» et «CAP Excellence Tourisme», ce dernier visant la création de douze centres d’excellence hôtelière et touristique d’ici 2026, en lien avec la refonte de l’Institut supérieur international du tourisme de Tanger.

Le Royaume a par ailleurs engagé une réforme de la classification des établissements d’hébergement, avec un nouveau système d’étoiles fondé sur la qualité de service, des contrôles par «clients mystères» et l’introduction de résidences immobilières attenantes aux hôtels cinq étoiles et de luxe.

Côté sud-africain, l’accent est mis sur la sécurité des visiteurs et la gestion de crise. Ainsi, un cadre de gestion de crise touristique fondé sur des scénarios a été approuvé en mai 2024, et un dispositif de visa accéléré pour les groupes, le «Trusted Tour Operator Scheme», permet un traitement des demandes en 24 heures pour les marchés chinois et indien, avec 110 opérateurs agréés en 2025.

Une avance à consolider

Le panorama comparatif du tourisme dressé par l’OCDE dans son rapport «OECD Tourism Trends and Policies 2026» dessine ainsi la photographie d’un Maroc en position de force sur le continent, porté par une croissance continue depuis la sortie de la pandémie liée à Covid-19.

L’organisation a rappelé toutefois que les perspectives mondiales du secteur restent marquées par l’incertitude, liée notamment aux développements au Moyen-Orient, un facteur qui pèse sur l’ensemble des économies touristiques suivies, sans distinction géographique.

Elle a également identifié un défi à l’échelle mondiale qui consiste à coordonner les politiques nationales et locales, renforcer les retombées sociales du tourisme pour les populations et adapter les destinations aux événements climatiques extrêmes.

Pour le Maroc, la poursuite de la réforme de la classification hôtelière, la montée en charge du programme «Go Siyaha», qui vise à accompagner plus de 1.700 projets d’ici 2026 ainsi que la professionnalisation de la main-d’œuvre constituent, selon les axes mêmes de la feuille de route nationale, les leviers appelés à relever ces défis et à consolider son avance dans les prochaines années.

Par Lahcen Oudoud
Le 02/07/2026 à 16h23