Qui est Gadi Eisenkot, l’ex-chef d’état-major d’origine marocaine choisi pour former le gouvernement israélien?

Gadi Eisenkot à Tel Aviv le 25 octobre 2026.. AFP or licensors

PortraitLe fils d’immigrés marocains a gagné son pari. Gadi Eisenkot sera officiellement chargé dimanche de former le prochain gouvernement israélien, a indiqué samedi soir la présidence.

Le 07/11/2026 à 20h26

Le président Isaac Herzog a décidé de charger Gadi Eizenkot de former le gouvernement. Il l’a invité à la résidence présidentielle, où il lui remettra officiellement cette mission demain, à 17H00.

«Cette décision intervient au terme du cycle de consultations avec les groupes parlementaires de la Knesset. Ces derniers jours, le chef de l’État a aussi mené des entretiens approfondis et des échanges complémentaires avec plusieurs acteurs de la scène politique. Il a notamment rencontré le Premier ministre Benjamin Netanyahu et Gadi Eizenkot, auxquels il a fait part de son intention», précise un communiqué de la présidence israélienne.

«À l’issue des consultations, des groupes représentant 67 députés ont recommandé Gadi Eizenkot au président. Des groupes représentant 46 députés ont recommandé Benjamin Netanyahu, Premier ministre et chef du Likoud. Un groupe de sept députés a choisi de ne recommander personne», poursuit le communiqué.

Qui est Gadi Eisenkot?

Il est né à Tibériade, a grandi à Eilat et porte un nom que les Israéliens croient ashkénaze. Gadi Eisenkot, 66 ans, descend pourtant de familles de Safi, de Marrakech et de Casablanca.

Né le 19 mai 1960, il est le deuxième enfant de Meir et Esther Eisenkot, des juifs marocains immigrés. Sa famille est originaire de Safi. Sa mère est pourtant née à Casablanca et son père à Marrakech. Lors de sa nomination à l’état-major en 2014, la presse israélienne s’était étonnée qu’un Marocain porte un patronyme à consonance ashkénaze.

Sa famille s’installe à Eilat, sur la mer Rouge, quand il est âgé d’un an. Son père travaille comme mineur dans les gisements de cuivre de la vallée de Timna. Sa mère est femme au foyer. La presse israélienne décrit un enfant du sud du pays, qui a grandi dans un milieu modeste, loin des centres du pouvoir. Il épouse en 1984 une camarade rencontrée dans un club de voile. Le couple a cinq enfants et vit à Herzliya.

Gadi Eisenkot est appelé sous les drapeaux en 1978 et rejoint la brigade Golani (la plus ancienne brigade d’infanterie d’élite de l’armée israélienne, réputée pour sa dureté au combat), où il reste jusqu’en 1992. Il sert comme commandant de compagnie pendant la guerre du Liban de 1982.

Il dirige la brigade Golani de 1997 à 1998. De 1999 à 2001, il est secrétaire militaire des Premiers ministres Ehud Barak puis Ariel Sharon. Il commande ensuite la 366ème division, puis la division Judée-Samarie de 2003 à 2005, pendant la seconde Intifada.

Il prend la direction des opérations en 2005. En octobre 2006, après la démission d’Udi Adam, il hérite du commandement Nord. Il est l’un des initiateurs de la «doctrine de Dahiyé», une stratégie de représailles massives contre le Hezbollah. Il devient chef d’état-major adjoint en janvier 2013.

Benjamin Netanyahu et le ministre de la Défense Moshe Yaalon le choisissent en novembre 2014 pour succéder à Benny Gantz. Il prend ses fonctions le 16 février 2015 et devient le 21ème chef d’état-major de Tsahal. Il passe le relais à Aviv Kochavi le 15 janvier 2019. Il est alors le premier Israélien d’origine marocaine à occuper ce poste.

À l’état-major, il lance le plan pluriannuel «Gideon» et crée un commandement cyber. Il révèle en 2019 que l’armée a frappé des milliers de cibles iraniennes en Syrie. En novembre 2018, il s’oppose à une guerre totale à Gaza. Ce désaccord l’oppose au ministre de la Défense Avigdor Liberman, qui finit par démissionner. Les États-Unis lui remettent la Legion of Merit en août 2016. Il est ensuite chercheur au Washington Institute en 2019.

De la caserne à la Knesset

Gadi Eisenkot entre en politique en 2022. Il est élu député sous la bannière du parti Unité nationale de Benny Gantz et Gideon Saar. Le 12 octobre 2023, il devient ministre sans portefeuille et rejoint le cabinet de guerre. Il plaide pour placer le sort des otages en priorité, ce qui crée des tensions avec Benjamin Netanyahu. Il quitte le gouvernement en juin 2024.

Le 30 juin 2025, il annonce son départ d’Unité nationale. Il démissionne de la Knesset le 2 juillet. Le 16 septembre 2025, il fonde Yashar, un mot hébreu qui signifie «droit» ou «intègre». Il lance sa campagne le 30 juin 2026 près de Hod Hasharon. Yashar dépasse le Likoud dans un sondage de Channel 13 dès juillet. Un sondage de Channel 12 le crédite alors de 43% d’opinions favorables comme Premier ministre, contre 34% pour Netanyahu. Il refuse tout rôle de second. «Je ne serai le numéro deux de personne», a-t-il déclaré en juin.

Son fils Gal, sergent-chef de 25 ans, est tué à Gaza en décembre 2023. Deux de ses neveux meurent aussi, Maor Cohen Eisenkot le lendemain, puis Yogev Pazy en novembre 2024. L’AFP le décrit vêtu de noir, peu à l’aise en anglais, fermé aux interviews des médias étrangers. Dans la presse israélienne, il répond souvent par listes à puces.

Gadi Eisenkot évoque rarement son origine, mais plusieurs analystes israéliens y voient un atout. Selon des médias hébreux, il revendique cet héritage et dit qu’il n’appartient pas à l’élite ashkénaze qui dirige Israël depuis sa création. Cette revendication se lit jusque sur les affiches. Cinq jours avant le scrutin, le parti Yashar affichait «Premier ministre Dialna» dans les villes périphériques.

L’origine de Gadi Eisenkot s’est aussi invitée dans une polémique le 17 octobre. Ce samedi soir, Yinon Magal, présentateur de Channel 14, chaîne proche de Netanyahu, traite Eisenkot de «singe» manipulé par des élites ashkénazes.

Gadi Eisenkot a répondu qu’il n’a «rien à répondre à un niveau aussi bas». Son parti riposte par une campagne d’affichage contre les discriminations visant les séfarades.

Par Hajar Kharroubi
Le 07/11/2026 à 20h26