SAMIR: l’offre d’un investisseur émirati est-elle nouvelle? Ce que l’on sait

La raffinerie SAMIR de Mohammedia, dont l'avenir reste suspendu à l'issue de la procédure judiciaire et à un arbitrage politique sur le devenir du raffinage au Maroc.

L’information circule depuis quelques jours sur plusieurs sites électroniques. Un investisseur émirati aurait manifesté son intérêt pour le rachat des actifs de la SAMIR. L’offre présentée comme nouvelle a pourtant déjà été déclarée irrecevable par le tribunal de commerce de Casablanca.

Le 06/11/2026 à 16h30

Contrairement à ce que suggèrent les informations relayées ces derniers jours, il ne s’agirait donc pas d’une nouvelle proposition de reprise.

«Le tribunal de commerce de Casablanca a déjà prononcé l’irrecevabilité de cette offre, dans le cadre du dossier n° 2124-8304-2025, au motif qu’elle ne répondait pas aux conditions légales prévues par les articles 636 et 655 du Code de commerce», tient à préciser El Houssine El Yamani, secrétaire général du Syndicat national du pétrole et du gaz et président du Front national pour le sauvetage de la raffinerie marocaine de pétrole.

Le responsable syndical fait ainsi référence à l’offre de la société émiratie MJM Investments Limited, qui avait proposé environ 3,5 milliards de dollars pour acquérir les actifs de la raffinerie. Cette proposition avait été écartée par la juridiction commerciale le 27 février 2026.

La procédure de liquidation judiciaire de la SAMIR se poursuit. Le tribunal de commerce de Casablanca cherche toujours à organiser la cession judiciaire des actifs de la société, conformément aux dispositions du Code de commerce.

Pour El Houssine El Yamani, la question dépasse largement le cadre judiciaire. Le redémarrage de la raffinerie dépend avant tout d’une décision politique de l’État sur l’avenir de l’industrie nationale du raffinage. Il rappelle que les produits pétroliers représentent plus de 51% de la consommation énergétique nationale et que la remise en activité de la SAMIR pourrait contribuer à renforcer les capacités de stockage et à peser sur les prix des carburants.

Le débat a également été relancé par les déclarations de Fouzi Lekjaa, ministre de l’Économie et des Finances et de la Performance publique, lors de son intervention devant les parlementaires, le 3 novembre dernier.

L’argentier du royaume a notamment relativisé l’idée selon laquelle la remise en marche de la SAMIR entraînerait mécaniquement une baisse des prix à la pompe. Selon lui, le raffinage ne constitue pas nécessairement, dans les conditions actuelles du marché international, une activité économiquement rentable. La relance de l’outil industriel ne saurait donc être considérée comme une réponse automatique à la cherté des carburants.

Lekjaa a néanmoins souligné l’intérêt stratégique des infrastructures de stockage du site de Mohammedia pour la sécurité énergétique du Royaume. Une éventuelle valorisation de ces installations pourrait ainsi présenter un intérêt indépendamment de la reprise intégrale de l’activité de raffinage.

Le dossier du CIRDI toujours en suspens

Autre élément à ne pas perdre de vue: le contentieux international opposant le Maroc à Corral Morocco Holdings AB, société liée à l’homme d’affaires saoudien Mohammed Al Amoudi, ancien actionnaire majoritaire de la SAMIR.

En juillet 2024, un tribunal arbitral relevant du Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements (CIRDI) avait condamné le Maroc à verser 150 millions de dollars à l’investisseur, alors que la réclamation initiale avoisinait 2,7 milliards de dollars.

Le Royaume a engagé une procédure en annulation partielle de cette sentence. Un comité ad hoc a été constitué en février 2025 pour examiner cette requête. Une audience s’est tenue à Paris le 19 mars 2026, marquant une étape importante dans cette procédure.

À ce stade, la décision sur la demande d’annulation reste attendue. Ce contentieux constitue un volet distinct de la liquidation judiciaire, mais il participe aux incertitudes juridiques et financières entourant l’avenir de la raffinerie.

Par Wadie El Mouden
Le 06/11/2026 à 16h30