Sahara marocain: la fin d’une époque, le début d’une autre

Lors de la séance de travail présidée par le roi Mohammed VI, mercredi 4 novembre 2026 au Palais royal de Rabat, et consacrée au suivi de l’étape à venir après la fin des tâches de la MINURSO.

Lors de la séance de travail présidée par le roi Mohammed VI, mercredi 4 novembre 2026 au Palais royal de Rabat, et consacrée au suivi de l’étape à venir après la fin des tâches de la MINURSO.

TribuneLe Maroc considère avoir tourné une page qui aura duré 35 ans. Il entend désormais avancer sans ce dispositif de surveillance international, dont il contestait depuis longtemps la pertinence et l’efficacité. La conviction profondément ancrée dans la conscience nationale marocaine est que seul le drapeau national a la légitimité de flotter dans les provinces du Sud.

Le 05/11/2026 à 10h09

La séance de travail présidée ce mercredi 4 novembre 2026 par Sa Majesté le Roi Mohammed VI, consacrée à la préparation de l’étape qui s’ouvre après la fin du mandat de la MINURSO, n’est pas une simple réunion de travail. Elle a constitué un moment de clarification stratégique, de rendez-vous avec l’histoire et, surtout, un signal politique dont la portée dépasse largement les murs du Palais royal.

La présence autour du Souverain de la cheffe du gouvernement, Fatima Ezzahra El Mansouri, du conseiller royal Fouad Ali El Himma, du ministre de l’Intérieur Abdelouafi Laftit et du général de corps d’armée Mohammed Berrid, inspecteur général des Forces armées royales et commandant de la Zone Sud, n’a rien d’anodin. Elle traduit une approche globale à la fois politique, diplomatique, administrative et sécuritaire.

Le message est limpide. Le Maroc ne subit pas l’après-MINURSO, il le prépare, il l’organise et entend en maîtriser toutes les dimensions.

Le communiqué du Cabinet royal est particulièrement explicite. Il fixe trois impératifs:

  • l’intégrité territoriale;
  • la sécurité nationale et la quiétude des populations des provinces du Sud;
  • la poursuite des grands projets structurants et sur le respect du cessez-le-feu.

Un élément mérite une attention particulière. Le Souverain a ordonné au Bureau de coordination avec la MINURSO, relevant du ministère de l’Intérieur, d’accompagner les opérations de liquidation et de retrait de la mission, dans un esprit de coopération avec les Nations unies. Autrement dit, il ne s’agit pas d’un départ improvisé, encore moins d’une rupture désordonnée. Il s’agit d’organiser une transition.

Ouf! La MINURSO s’en va. Mais que reste-t-il de sa crédibilité?

Soyons francs. Pour beaucoup de Marocains, la perspective du départ de la MINURSO ressemble à un immense soupir de soulagement. Trente-cinq années de présence onusienne, trente-cinq années pendant lesquelles une mission initialement conçue dans le contexte du cessez-le-feu de 1991 et du projet de référendum a fini par évoluer dans un environnement politique qui n’avait plus grand-chose à voir avec les réalités du terrain. Une mission dont le mandat initial était devenu largement anachronique, alors que les paramètres diplomatiques, les rapports de force internationaux et les propositions de règlement avaient profondément évolué.

Le Maroc a toujours considéré que cette présence entretenait une internationalisation permanente du différend et contribuait à maintenir artificiellement une question dans une configuration diplomatique qui ne correspondait plus à sa lecture de la réalité territoriale et politique. La vision du drapeau de la MINURSO, ses 4x4 et le comportement arrogant de certains de ses agents polluaient beaucoup l’atmosphère, notamment à Laâyoune, où il fait vraiment bon vivre.

Et voici que le chapitre se referme. Le retrait et la liquidation de la mission sont désormais organisés dans le cadre annoncé par le Cabinet royal. Cette distinction juridique n’enlève rien à la portée politique de cette nouvelle situation et à la question de la crédibilité d’une mission dont les capacités d’observation étaient devenues si limitées, et dont l’environnement politique était régulièrement contesté.

La neutralité onusienne: un principe affiché, une réalité parfois contestée

Une mission des Nations unies est censée observer, constater, vérifier et rendre compte. Elle n’est ni une représentation diplomatique d’une partie, ni un instrument de communication politique, ni un acteur du conflit. Or, au fil des années, la MINURSO a fait l’objet de contestations marocaines répétées concernant son impartialité et son fonctionnement.

Le problème ne réside pas dans le fait que des observateurs rencontrent des responsables du Polisario. Cela relève naturellement de leur fonction. Il réside dans la frontière parfois difficile à distinguer entre observation, collecte d’informations, interprétation politique et participation involontaire à la mise en scène d’un conflit. Plusieurs épisodes documentés méritent d’être rappelés.

Premier exemple: la crise de mars 2016 et les déclarations de Ban Ki-moon.

Lors de son déplacement dans la région, le secrétaire général de l’ONU avait employé le terme «occupation» pour qualifier la présence marocaine au Sahara. Cette terminologie avait provoqué une crise diplomatique majeure avec Rabat. Il ne s’agissait pas d’un simple désaccord sémantique. Le chef de l’organisation censée garantir l’impartialité du processus avait adopté une formulation directement contestée par l’une des parties.

Le Maroc avait alors demandé le départ de 84 membres internationaux de la composante civile de la mission. L’épisode avait profondément affecté la confiance entre Rabat et le secrétariat général.

Deuxième exemple: les limites de la vérification sur le terrain.

Les rapports du Secrétaire général des Nations unies ont eux-mêmes reconnu les difficultés de la MINURSO à vérifier indépendamment les événements militaires. Dans son rapport de 2021, le Secrétaire général expliquait que la mission ne pouvait pas observer directement les échanges de tirs signalés de part et d’autre du mur de défense. Elle devait s’appuyer sur les informations communiquées par les parties, sans pouvoir systématiquement les vérifier.

Voilà une situation particulièrement problématique. Comment garantir une observation impartiale lorsque l’observateur ne peut pas accéder aux lieux, constater les faits et confronter les déclarations?

Troisième exemple: les restrictions d’accès imposées aux observateurs.

Les rapports onusiens ont également documenté les restrictions de liberté de mouvement imposées aux observateurs militaires par l’autre partie. Cette donnée est importante.

Quatrième exemple: une mission qui ne pouvait plus pleinement remplir son rôle de vérification.

Des documents onusiens ultérieurs ont décrit les difficultés rencontrées à l’est du mur de défense, notamment les refus d’accès opposés aux observateurs dans certaines circonstances. A partir des rapports officiels, il y eu 29.054 visites effectuées auprès des installations des FAR en quatre ans, mais beaucoup de difficultés à faire la même chose de l’autre côté.

Ce sont là des exemples concrets de dysfonctionnements, de controverses institutionnelles et de limites opérationnelles.

Des observateurs ou des acteurs d’un environnement politique?

Dans un conflit aussi sensible, la neutralité d’une mission onusienne ne doit pas seulement être réelle; elle doit être visible, vérifiable et incontestable. Or, le Maroc a régulièrement dénoncé ce qu’il considérait comme une proximité excessive entre certains milieux de la mission et les thèses des séparatistes.

La question des relations entretenues avec les représentants séparatistes, des informations recueillies dans les camps de Tindouf et de leur exploitation dans le débat international mérite d’être examinée avec rigueur. Il y a eu des vidéos montrant un officier égyptien exhortant des séparatistes à combattre. Il y a également eu des écrits publiés sur les réseaux sociaux par une fonctionnaire ayant servi pendant quatorze ans, qui manifestait ouvertement une grande sympathie à l’égard des séparatistes. Ce ne sont que quelques exemples documentés. Dieu sait combien d’actions ont été ainsi menées, peut-être même de renseignements sensibles fournis aux séparatistes aussi.

Une mission internationale ne peut pas réclamer une confiance absolue tout en laissant subsister des interrogations sur sa capacité à observer les deux côtés avec les mêmes exigences. C’est sans doute là que réside une partie de son échec historique.

Le Maroc ne demande plus la permission d’organiser son avenir

Le départ de la MINURSO ne signifie pas que le dossier du Sahara a magiquement disparu des Nations unies, ni que toutes les contestations internationales sont désormais réglées. Il signifie néanmoins qu’une configuration institutionnelle vieille de 35 ans vient de prendre fin.

Le Maroc entre dans une nouvelle séquence qui repose sur plusieurs piliers:

  • la souveraineté et la sécurité: aucune ambiguïté sur la protection du territoire et de ses populations;
  • la diplomatie: poursuivre la consolidation des soutiens internationaux à l’initiative marocaine d’autonomie;
  • le développement: accélérer les investissements, les infrastructures et les projets structurants dans les provinces du Sud;
  • la stabilité militaire: maintenir le cessez-le-feu et prévenir toute escalade;
  • la responsabilité internationale: accompagner le retrait de la mission dans le respect des engagements du Royaume.

C’est précisément ce que souligne le communiqué royal: la fin du mandat de la MINURSO ne signifie pas la fin de l’engagement marocain en faveur du cessez-le-feu. Cette précision est fondamentale. La souveraineté revendiquée par le Maroc ne doit pas être confondue avec une volonté d’escalade.

Que vont devenir les séparatistes et leurs parrains?

C’est probablement la question géopolitique la plus intéressante de cette nouvelle période. Pendant des décennies, le Polisario a bénéficié d’un environnement diplomatique dans lequel la MINURSO constituait l’un des principaux symboles de l’internationalisation du conflit. L’Algérie, de son côté, a défendu le maintien du dispositif onusien et continue de soutenir le droit à l’autodétermination tel qu’elle le conçoit.

La disparition du mandat de la mission bouleverse donc les habitudes diplomatiques et institutionnelles. Mais elle ne fait pas disparaître les populations séquestrées les camps de Tindouf, leurs attentes, leurs difficultés ni leurs aspirations. C’est en cela que le Maroc est en train de faire preuve de hauteur politique.

Ceux d’origine marocaine peuvent naturellement aspirer à rejoindre les leurs à Es-Semara, Dakhla, Laâyoune, Boujdour et ailleurs. Mais qu’en sera-t-il de la très large majorité des séquestrés, qui ne peuvent prétendre être marocains? C’est une responsabilité, bien évidemment, algérienne et non marocaine.

Il ne suffit pas de constater la fin d’un dispositif international. Il faut aussi penser à l’avenir humain des populations concernées, à leur liberté de choix, à leur possibilité de retrouver leurs familles et de participer à la vie économique et sociale de la région, pour les Marocains. L’histoire ne doit pas se terminer par une victoire diplomatique sur le papier, mais par une solution humaine et politique durable.

Une nouvelle page, et une exigence de cohérence

Il y a enfin une dimension symbolique que personne ne doit sous-estimer. Pour les Marocains, le Sahara n’est pas une simple question de frontières ou de diplomatie. C’est une question d’histoire nationale, de mémoire collective et de souveraineté.

Le sentiment populaire est parfaitement résumé par cette formule: Ouf! Plus de MINURSO!

Le Maroc considère avoir tourné une page qui aura duré 35 ans. Il entend désormais avancer sans ce dispositif de surveillance international, dont il contestait depuis longtemps la pertinence et l’efficacité. La conviction profondément ancrée dans la conscience nationale marocaine est que seul le drapeau national a la légitimité de flotter dans les provinces du Sud.

La véritable réussite de cette nouvelle étape ne se mesurera pas uniquement à l’absence des véhicules, des bureaux et des emblèmes de la MINURSO. Elle se mesurera à la stabilité, au développement, à la sécurité des populations, à la consolidation des soutiens internationaux et à la capacité du Maroc à transformer cette nouvelle configuration en une paix durable.

Le rendez-vous du 4 novembre au Palais royal est donc bien davantage qu’une réunion de coordination administrative. C’est l’annonce d’une nouvelle méthode de gestion d’un dossier national stratégique dans la sérénité et la quiétude, avec responsabilité.

La MINURSO s’en va. Le Maroc, lui, reste. Avec ses institutions, son histoire, ses ambitions et sa responsabilité de construire l’avenir de ses provinces du Sud. Cette fois, l’enjeu n’est plus de gérer indéfiniment un conflit artificiel vieux de plusieurs décennies. Il est de créer les conditions de son règlement définitif.

Par Aziz Daouda
Le 05/11/2026 à 10h09