Le grand ascenseur émotionnel d’Alger

Mustapha Tossa.

ChroniqueParce qu’inattendu, le veto russe avait provoqué une immense satisfaction au sein du régime algérien. Surtout que cette démarche russe avait été précédée par une intense activité diplomatique algérienne auprès de Moscou, dans laquelle Alger aurait fait d’immenses cadeaux aux Russes.

Le 05/11/2026 à 12h01

En l’espace de quelques jours, Alger a vécu un choc émotionnel d’une rare violence. De ceux qu’on compare à une chaleur brûlante qui gèle, à un enthousiasme débordant qui se frigorifie. Entre le veto russe et la disparition de la MINURSO, le régime algérien et ses porte-voix ont été secoués au point de perdre une boussole diplomatique déjà introuvable.

Alors qu’officiellement, le grand public s’attendait au minimum, de la part des Russes, à une réitération de leur abstention de 2025, qui avait permis l’adoption de la résolution historique 2797, celle qui acte le plan d’autonomie marocain, la diplomatie russe a utilisé pour la première fois son veto pour stopper cette nouvelle résolution américaine.

Parce qu’inattendu, le veto russe avait provoqué une immense satisfaction au sein du régime algérien. Surtout que cette démarche russe avait été précédée par une intense activité diplomatique algérienne auprès de Moscou, dans laquelle Alger aurait fait d’immenses cadeaux aux Russes. D’abord économiques, par leur implication dans l’exploitation du pétrole et du gaz algériens, militaires, par la conclusion de gigantesques contrats d’achat d’armements russes, et politiques et sécuritaires, par l’envoi de soldats algériens au Niger pour sécuriser l’agenda russe dans la région.

Le veto russe au Conseil de sécurité sur le Sahara apparaissait comme une récompense de Vladimir Poutine pour ces nombreuses concessions et ces cadeaux algériens. Et à première vue, cette évolution incarnait une performance de la diplomatie algérienne qui, jusqu’à la dernière minute, avait pesé de tout son poids pour arracher ce veto russe censé geler les victoires marocaines dans l’affaire du Sahara.

Dans un premier temps, les propagandistes du régime algérien avaient lancé des cris de triomphe et de satisfaction. Alger n’a-t-il pas convaincu Moscou de mettre le glaive de son veto au service de son agenda? L’immense joie qui traversait les médias algériens avait cette tonalité de la performance et du tournant historique. Beaucoup de médias et d’influenceurs au service de l’institution militaire algérienne en étaient restés à cette victoire, ignorant totalement ce qui allait se passer après et qui allait définitivement fermer une séquence et ouvrir une nouvelle époque.

La diplomatie russe avait fait une contre-proposition pour prolonger le statu quo. Proposition soutenue par seulement trois voix, refusée par les autres et surtout frappée par le veto américain. Conclusion immédiate et incontournable de ce bras de fer entre Moscou et Washington: la MINURSO se retrouve légalement sans mandat et doit plier bagage et se retirer du Sahara marocain. Une décision qui satisfait pleinement la diplomatie marocaine, comme en témoigne le communiqué royal publié juste après et qui acte solennellement la fin de cette MINURSO.

«Aujourd’hui, le régime algérien ne sait plus où donner de la propagande. Même l’hypothèse de revenir à la période d’avant 1991, où les milices armées du Polisario menaient la guerre contre le Maroc, ne fonctionne plus comme une menace sérieuse»

Ce n’est qu’après avoir cuvé l’ivresse du veto russe que le régime algérien s’est rendu compte que l’ensemble de cette séquence s’était couronné par la disparition de la MINURSO. Et c’est là, justement, qu’il s’est rendu compte qu’il venait de perdre le seul élément d’internationalisation du conflit du Sahara.

Les bouffées de victoire et les exhibitions de muscles d’hier se sont brusquement transformées en gémissements d’échec et en interrogations aujourd’hui. Que faire sans la MINURSO, qui incarnait le seul obstacle à la clôture définitive de cette crise régionale? La mémoire des réseaux sociaux s’est mise en branle pour ressortir les spectaculaires déclarations du ministre des Affaires étrangères algérien, Ahmed Attaf, dans lesquelles il reconnaît, avec son pédantisme caractéristique, que le rêve stratégique du Maroc était de se débarrasser de la MINURSO et que le maintien de cette structure était la preuve vivante que la question du Sahara n’était pas réglée malgré toutes les victoires marocaines, une structure dans laquelle le R de référendum était toujours présent.

Aujourd’hui, le régime algérien ne sait plus où donner de la propagande. Même l’hypothèse de revenir à la période d’avant 1991, où les milices armées du Polisario menaient la guerre contre le Maroc, ne fonctionne plus comme une menace sérieuse. Et ce, pour plusieurs raisons, dont la plus importante est la suivante: à la première balle tirée par le Polisario sur le territoire marocain, non seulement la réponse militaire marocaine est toute prête et performante, mais ce choix de la part du Polisario pourrait aussi accélérer la dynamique de sa qualification comme organisation terroriste et celle du régime d’Alger comme parrain du terrorisme.

Entre le veto russe et la disparition de la MINURSO, le régime algérien a été secoué par un ascenseur émotionnel d’une grande violence. Du sommet de la jouissance d’un semblant de victoire diplomatique à la chute vers une réalité où il perd le seul instrument d’internationalisation du conflit du Sahara, Alger et ses propagandistes ne savent plus à quel saint se vouer pour transmettre leurs plaintes et leurs frustrations. La MINURSO leur procurait l’épais rideau derrière lequel le régime algérien manœuvrait à sa guise. Aujourd’hui, avec sa disparition, le régime algérien ressemble à ce lapin dont le regard est pris dans la lumière des phares d’une voiture lancée à pleine vitesse.

Par Mustapha Tossa
Le 05/11/2026 à 12h01