Présidentielle française: une primaire démocratique pour barrer la route aux extrêmes?

Mustapha Tossa.

ChroniqueÀ force de vouloir chacun incarner le rempart contre les extrêmes, les candidats risquent de leur ouvrir les portes de l’Élysée. Une grande primaire démocratique pourrait-elle conjurer ce scénario? Encore faudrait-il que les ego s’effacent devant l’enjeu.

Le 02/11/2026 à 17h02

Il y a actuellement trois France qui se regardent avec défi, méfiance et angoisse.

La France qui s’enthousiasme à l’idée de voter pour l’extrême droite de Marine Le Pen, avec cette sensation de vertige propre aux aventures inédites. Il y a la France qui rêve du grand soir et de bouleversements sociaux sismiques avec La France insoumise de Jean-Luc Mélenchon. Et puis, il y a la France qui ne veut ni de l’une ni de l’autre et qui s’angoisse à l’idée que le pays puisse tomber dans l’escarcelle des extrêmes.

Et cette France-là ne se reconnaît, pour le moment, dans aucune des personnalités qui concourent à cette présidentielle. Pire, la multiplication des candidats et des projets susceptibles de croiser le fer avec les extrêmes affaiblit son combat et facilite l’ascension de ses adversaires. D’où l’idée, à la fois ambitieuse et disruptive, d’organiser des «primaires démocratiques», lancée par l’ancien Premier ministre Gabriel Attal.

À première vue, ce projet pourrait ressembler à la posture d’un candidat à bout de souffle, qui ne peut ni se dégager du bilan d’Emmanuel Macron, pour avoir été son Premier ministre, ni tracer son propre sillon, en raison de l’embouteillage des candidatures dans l’espace politique qui s’oppose aux extrêmes. Et pourtant, cette idée de primaires démocratiques pourrait s’avérer la seule solution pour espérer barrer la route aux deux forces extrémistes qui s’approchent dangereusement du palais de l’Élysée.

L’idée part du constat qu’une majorité de Français, silencieuse et froidement angoissée, rejette la possibilité que l’extrême droite ou l’extrême gauche puisse demain diriger le pays. La première est une menace mortelle pour le vivre-ensemble et la cohérence républicaine. La seconde, un danger destructeur pour le système économique. Or si cette majorité existe dans le pays, elle peine à s’incarner dans une personnalité qui pourrait empêcher le très angoissant tête-à-tête Le Pen-Mélenchon.

La solution serait d’organiser une primaire qui concernerait l’ensemble de l’arc démocratique et exclurait les extrêmes. Cet arc devrait, en principe, réunir toutes les personnalités qui refusent la fatalité d’une victoire des extrêmes: des figures de droite comme Bruno Retailleau et Dominique de Villepin, des centristes comme Gabriel Attal et Édouard Philippe, des personnalités de gauche comme François Hollande ou Raphaël Glucksmann… Tous ceux qui s’opposent à l’idée de confier le destin du pays aux extrémistes.

«Si cette recette paraît séduisante, sa mise en œuvre peut s’avérer compliquée. Il s’agit, en effet, de convaincre des ego politiques surdimensionnés d’accepter de participer à ces primaires démocratiques, mais aussi d’en accepter le résultat. »

—  Mustapha Tossa

Si cette recette paraît séduisante, sa mise en œuvre peut s’avérer compliquée. Il s’agit, en effet, de convaincre des ego politiques surdimensionnés d’accepter de participer à ces primaires démocratiques, mais aussi d’en accepter le résultat.

En temps normal, cette mission pourrait sembler impossible. Mais la France d’aujourd’hui vit une séquence exceptionnelle et historique. Le 3 mai prochain, l’Élysée pourrait accueillir soit Marine Le Pen, avec son extrémisme en bandoulière, soit Jean-Luc Mélenchon, avec ses penchants déstabilisants.

Pour les promoteurs de cette primaire, cette hypothèse devrait constituer une motivation suffisante pour convaincre les réticents de se joindre à la recherche d’une alternative à la fatalité des extrêmes. Il faut dire que cette idée n’a pas été accueillie avec un grand enthousiasme. Chaque candidat se juge, pour le moment, en mesure de se qualifier pour le second tour et de susciter un front républicain en sa faveur. Or les sondages sont d’une impitoyable lucidité: aucun des candidats du bloc central et de la gauche de gouvernement n’est en mesure de se qualifier pour le second tour.

Cette réticence aux primaires démocratiques pourrait s’atténuer avec la multiplication des sondages annonçant une finale Le Pen-Mélenchon. Leurs promoteurs parient sur l’électrochoc qu’un tel scénario pourrait provoquer dans l’opinion, surtout au sein de cette majorité supposée qui refuse cette fatalité.

Il faut rappeler que, parallèlement à cette proposition de grande primaire démocratique, des informations circulent sur l’activisme de l’ancien président de la République Nicolas Sarkozy, qui travaillerait en coulisses pour favoriser l’union des droites, histoire de ne pas laisser l’extrême droite seule aux manettes. L’associer à d’autres forces politiques ayant une expérience de gouvernement pourrait contribuer à la responsabiliser et à émousser ses lubies extrémistes.

De son côté, l’actuel président, Emmanuel Macron, ne s’est toujours pas prononcé sur les candidats à cette élection, ni sur celui qu’il entend adouber. Pour ne pas avoir à choisir entre ses possibles héritiers, Attal et Philippe, qui ont d’ailleurs tout fait pour prendre leurs distances avec son bilan, peut-être pourrait-il rejoindre ceux qui militent pour l’organisation de cette grande primaire démocratique. Histoire de laisser à la majorité silencieuse la possibilité de choisir celui ou celle qui pourrait éviter à la France le pire scénario annoncé par les sondages.

Par Mustapha Tossa
Le 02/11/2026 à 17h02