Oui, les colères populaires françaises se sont mêlées aux répercussions de la géopolitique du moment. Et si, jusqu’à aujourd’hui, les autorités françaises évitent le piège complotiste consistant à attribuer l’ensemble de ce chaos à des mains étrangères, les frustrations sociales, doublées d’une baisse significative du pouvoir d’achat, sont bien là pour expliquer cette explosion de colère.
Mais le constat demeure. Cette violence urbaine a certes des racines locales, mais elle a aussi fait l’objet d’interventions étrangères en matière de manipulation et d’influence, dans ce que le monde appelle aujourd’hui des guerres hybrides ou, simplement, des règlements de comptes, voire des vengeances par colères sociales interposées.
Les autorités françaises, notamment à travers des analyses diffusées dans la presse, ont déterminé trois niveaux d’intervention étrangère dans ce chaos français.
Le premier concerne la Russie. Il est de notoriété publique que le régime de Vladimir Poutine avait dans son viseur Emmanuel Macron et la situation française dans son ensemble. Le président français s’est imposé aux yeux de Moscou comme le faucon européen qui veut continuer à soutenir l’Ukraine et Volodymyr Zelensky quoi qu’il en coûte, et qui travaille à maintenir le régime des sanctions internationales contre la Russie.
La période difficile que traverse la France, doublée d’un contexte électoral extrêmement sensible où s’affronteraient, selon les sondages, l’extrême droite et la gauche radicale, est particulièrement propice au déploiement de toute la puissance de la machine de guerre russe, notamment sur les réseaux sociaux, pour amplifier le chaos français et mettre la gouvernance de Macron dans une impasse.
Il est aussi de notoriété publique que Moscou a intérêt à ce que les extrêmes gagnent en France. Pile, Poutine gagne. Face, Poutine gagne. Dans le sens où, si demain, Marine Le Pen arrive au pouvoir, c’est une aubaine pour les Russes. Marine Le Pen a déjà donné des gages en affirmant qu’elle allait supprimer l’aide aux Ukrainiens. Une douce musique aux oreilles de Poutine.
Ironie de l’histoire, même si Jean-Luc Mélenchon arrive au pouvoir demain, ce serait un enchantement pour Poutine, tant l’homme est animé d’une admiration secrète pour le régime russe, doublée d’une détestation atavique de tout ce qui est américain. Une aubaine pour les Russes d’avoir un tel personnage à l’Élysée.
Pour la stratégie russe, il s’agit de souffler sur les braises du chaos français afin de favoriser la réalisation de l’un de ces deux scénarios. Ce qui constituerait une victoire diplomatique absolue, surtout si les extrêmes s’emparaient du pouvoir dans d’autres pays européens comme l’Allemagne et l’Espagne.
«Le régime algérien entretient une relation très forte avec sa diaspora en France et de nombreux influenceurs connus pour leurs liens avec ce régime ont ouvertement participé à haranguer les jeunes pour casser, brûler et détruire.»
— Mustapha Tossa
Le deuxième pays vers lequel se tournent fortement les soupçons français est l’Algérie. Il existe un énorme passif entre les deux pays, une crise politique ouverte dont il est difficile d’entrevoir l’issue, notamment avec le maintien du journaliste français Christophe Gleizes dans les prisons algériennes, malgré les nombreuses sollicitations françaises.
Le régime algérien entretient une relation très forte avec sa diaspora en France et de nombreux influenceurs connus pour leurs liens avec ce régime ont ouvertement participé à haranguer les jeunes pour casser, brûler et détruire.
Malgré l’existence de ce faisceau de soupçons quant à l’intérêt du régime algérien à affaiblir la gouvernance de Macron, les autorités françaises auront des difficultés politiques à reconnaître officiellement l’existence d’une telle ingérence.
La raison en est que, si reconnaissance officielle il y a, il faudra apporter une réponse politique à cette nouvelle situation. Ce qui contribuerait à donner à la crise déjà existante entre les deux pays une ampleur aussi inédite que dangereuse. Jamais la France n’a été aussi contrainte dans son expression sur l’Algérie qu’aujourd’hui, face à cette possible ingérence.
Le troisième niveau d’ingérence ressenti et répertorié par les autorités et les médias français implique l’Iran. Depuis le début de la guerre américaine contre l’Iran, le régime iranien est soupçonné de chercher à affaiblir les pays européens en se livrant à des activités terroristes sur leur territoire, notamment en réactivant ce que les services de sécurité appellent, ou craignent de voir se réveiller, des cellules iraniennes dormantes.
À ce jour, pas d’attentats terroristes classiques attribués à l’Iran, mais de forts soupçons quant à l’utilisation de ses relais politiques pour jeter de l’huile sur le feu du chaos social.
D’ailleurs, ironie de l’histoire, le régime iranien a dénoncé publiquement le recours abusif à la force par les autorités françaises contre les manifestants. Un signe que le régime iranien suit de très près ce qui se passe en France et se préoccupe de l’issue de cette crise sociale.
La question qui taraude aujourd’hui les centres de pouvoir en France est la suivante: que ferait Paris si, demain, des preuves incontestables venaient confirmer cette triple ingérence russe, algérienne et iranienne? Ignorer les faits ou agir en conséquence?
Emmanuel Macron a déjà laissé apparaître sa colère froide face à ceux qui ont exploité cette crise sociale et sécuritaire française au profit de leurs agendas internes, visant entre autres le président Donald Trump, qui avait cru voir dans ces événements la conséquence d’une immigration à outrance, voire d’une vague d’islamistes s’abattant sur la France.




