Longtemps, Rabat a été perçue comme la ville des bureaux et des ministères, où l’on se couche tôt et où l’on se lève plus tôt encore. Un regard que le correspondant de Reuters au Maroc, Ahmed Eljechtimi, connaît bien.
Dans un «City Memo» publié le 7 novembre, le journaliste se souvient de son arrivée dans la capitale, il y a dix-huit ans. Jeune diplômé, fraîchement arrivé pour son premier emploi, il avait observé depuis la terrasse d’un café le mouvement des fonctionnaires qui sortaient de la gare à l’aube pour rejoindre leurs bureaux. Cette scène lui avait alors semblé confirmer l’image d’une ville calme, bien loin de l’effervescence d’Agadir ou de Marrakech.
Parti étudier et travailler à l’étranger en 2012, puis revenu en 2018 en tant que correspondant de l’agence, Ahmed Eljechtimi reconnaît que cette première impression ne l’a jamais totalement quitté.
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Pourtant, Rabat a bien changé. «La ville s’est transformée au cours de la dernière décennie», écrit-il, en évoquant l’ouverture de nouveaux musées, l’aménagement de promenades le long du fleuve, la création d’espaces verts, mais aussi l’arrivée d’hôtels de luxe et de restaurants internationaux.
Une évolution qui accompagne les ambitions touristiques de la capitale, désormais déterminée à obtenir une part plus importante de l’essor que connaît le tourisme au Maroc.
Pour découvrir la ville, le correspondant recommande de commencer par le centre, dont les principaux sites sont facilement accessibles à pied. Le tramway, dont les billets sont vendus à partir de 7 dirhams, soit environ 0,75 dollar, permet ensuite de rejoindre le quartier moderne d’Agdal ou de traverser le Bouregreg vers Salé, ville plus densément peuplée. Mais pour profiter du fleuve, il conseille aussi les petites barques en bois, les floukas, qui offrent une traversée plus tranquille avec une vue sur les deux villes.
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Pour se déplacer, le correspondant de Reuters s’arrête également sur les taxis. À Rabat, les petits taxis sont bleus, chaque ville marocaine ayant sa propre couleur. Ils circulent généralement au compteur, mais deviennent difficiles à trouver tard le soir et dans les quartiers résidentiels plus calmes.
Les grands taxis blancs, eux, desservent les villes voisines et sont souvent partagés avec d’autres passagers. Quant aux applications de VTC, Ahmed Eljechtimi souligne qu’elles sont largement utilisées et généralement tolérées, même si leur activité n’est pas formellement encadrée. Il rappelle enfin que la capitale se trouve sur le principal axe ferroviaire du pays, et que le train à grande vitesse la relie à Casablanca et à Tanger en environ une heure.
Le long du Bouregreg, le journaliste invite à prendre le temps d’observer la vie quotidienne. Sur les berges, des pêcheurs s’installent avec leurs longues cannes, tandis que les familles se retrouvent dans les cafés pour prendre un café ou un thé à la menthe. «C’est l’un des meilleurs endroits pour découvrir le rythme de vie plus tranquille de la ville», souligne-t-il.
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La verdure n’est jamais loin non plus. La forêt urbaine Ibn Sina, que les habitants appellent plus volontiers forêt d’Avicenne, attire joggeurs et cyclistes, tandis que le parc Hassan II conforte la réputation de Rabat comme l’une des villes les plus vertes du pays.
Côté océan, Ahmed Eljechtimi conseille de longer la côte atlantique avant le coucher du soleil, quand des matchs de football s’organisent sur des terrains perchés au-dessus de la mer et que des surfeurs rejoignent les vagues en contrebas.
Selon Reuters, l’esplanade piétonne devant le Parlement offre pour sa part une ambiance différente. Palmiers et pelouses y accueillent des pigeons, des touristes et des fonctionnaires, ainsi que, de temps à autre, des manifestations politiques.
Au fil de la visite, le patrimoine historique reprend naturellement sa place. Reuters rappelle qu’en 1912, Rabat est devenue la première capitale côtière du Maroc, rompant avec la tradition des anciennes villes impériales de l’intérieur, comme Fès et Marrakech.
Pour le correspondant, le monument le plus emblématique de cette ville classée à l’UNESCO reste la tour Hassan, un minaret inachevé de 44 mètres construit au XIIe siècle. Le projet devait accueillir l’une des plus grandes mosquées du monde, mais les travaux ont été interrompus après la mort de son commanditaire, le calife almohade Abou Youssef Yacoub al-Mansour, précise l’agence.
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Juste en face, le mausolée Mohammed V abrite les tombeaux des rois Mohammed V et Hassan II. Reuters y voit l’une des plus belles vitrines du savoir-faire artisanal marocain, à travers ses zelliges minutieux, ses boiseries en cèdre sculptées à la main et ses ornements en marbre.
Autre étape, le site de Chellah. Perché sur une colline, il rassemble des vestiges qui remontent à l’époque préromaine. Le correspondant raconte qu’il lui arrive d’y venir le matin pour boire un café au Ciconia, installé dans les jardins du site. Malgré des prix qu’il juge élevés, il estime que l’endroit en vaut la peine pour lire au calme et observer les cigognes qui aiment s’y rassembler.
La médina, située à environ 45 minutes de marche, offre une autre facette de l’histoire de Rabat. Son identité a notamment été façonnée par l’arrivée de populations musulmanes et juives ayant fui la Reconquista espagnole. Leur influence se retrouve encore dans l’artisanat, la musique et la cuisine.
Le journaliste y fait lui-même ses achats de vêtements traditionnels, notamment des gandouras, des djellabas et des belghas, avant les fêtes religieuses et les réunions familiales. Rabat conserve également une réputation particulière dans la confection des caftans, portés lors des mariages et des grandes célébrations, et dont les prix peuvent aller de 100 à plus de 800 dollars.
À proximité, la kasbah des Oudayas, forteresse du XIIe siècle faite de ruelles bleues et blanches, domine à la fois l’Atlantique et le Bouregreg. Son point de vue offre, selon le correspondant, l’un des plus beaux couchers de soleil de la ville. Son café, installé au bord du fleuve, sert du thé à la menthe et des pâtisseries aux amandes, notamment les cornes de gazelle. La kasbah abrite également un jardin et un musée des bijoux.
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La découverte se poursuit du côté de la culture. «Aucune autre ville marocaine ne rivalise avec Rabat pour ses musées et son calendrier culturel», estime le correspondant de Reuters. Parmi les adresses à retenir figure le musée de la banque centrale, qui retrace l’histoire du Maroc à travers les monnaies de ses différentes dynasties. Sur la rive sud du Bouregreg, le Grand Théâtre de Rabat, le plus vaste du pays, conçu par l’architecte Zaha Hadid, complète cette offre avec un design inspirée des vagues du fleuve.
La capitale, qui compte 506.843 habitants, abrite l’une des populations les plus jeunes et les plus instruites du Maroc, relève Reuters. Chaque printemps, elle accueille l’un des plus grands salons du livre d’Afrique ainsi que le festival Mawazine, qui a reçu des stars internationales comme Shakira, Jennifer Lopez et Scorpions. Son université Mohammed V, la plus grande de la ville, compte 80.000 étudiants.
À l’approche de la Coupe du monde 2030, que le Maroc coorganisera, Rabat accélère ses efforts pour s’imposer comme une grande destination touristique. De nouveaux espaces piétonniers, comme l’avenue de Bruxelles, sont devenus des lieux de rassemblement où les habitants se retrouvent après le travail pour suivre les matchs de football et discuter. La ville a aussi accueilli la plupart des rencontres de la dernière Coupe d’Afrique des nations, dont la finale houleuse, disputée au stade Prince Moulay Abdellah, récemment construit.
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Côté table, le journaliste s’arrête d’abord sur le couscous du vendredi. À la sortie de la prière à la mosquée Sunna, indique-t-il, les restaurants du centre-ville se remplissent de salariés. Ils viennent commander la version classique du plat, faite de semoule cuite à la vapeur, avec un ragoût de sept légumes et du poulet, du bœuf ou de l’agneau. Certains y ajoutent des oignons caramélisés et des raisins secs. Le tout est servi avec du lben, un lait fermenté au goût acidulé, précise Ahmed Eljechtimi, pour 5 à 10 dollars.
Pour la cuisine de rue, le correspondant renvoie à la médina. Ses étals proposent des sardines frites avec des beignets de pommes de terre, les maakouda, des sandwichs au poulet grillé et des bols de harira, cette soupe à base de tomate, de pois chiches, de lentilles et d’herbes, omniprésente pendant le ramadan. Selon lui, c’est aussi l’un des meilleurs endroits pour goûter des tajines d’agneau, de poulet ou de poisson, mijotés lentement dans des plats en terre cuite. Les pâtisseries y exposent des douceurs fourrées aux amandes, ainsi que de la chebakia, cette pâtisserie en forme de fleur, enrobée de miel et de graines de sésame.
Pour prendre davantage son temps à table, Reuters recommande notamment Dar Naji et Ziryab, où la pastilla figure parmi les spécialités. Préparée avec de fines couches de pâte, du poulet, des amandes et de la cannelle, cette tourte sucrée-salée existe également dans une version aux fruits de mer, très appréciée sur la côte atlantique.
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Le zaalouk, une salade d’aubergines fumées, et la rfissa, un plat de poulet, d’ail et de lentilles servi sur du pain émietté, complètent les plats conseillés par le journaliste. Les Deux Palais propose pour sa part une cuisine marocaine et internationale, avec des vins et des bières du pays.
Une fois la nuit tombée, le correspondant oriente le lecteur vers Agdal et Souissi, où abondent les restaurants aux menus internationaux, les bars et les clubs. Même si la plupart des cuisines ferment à minuit, il note qu’il reste possible de manger un sandwich de viande grillée chez Mister Brochettes, dans le quartier Hassan.




