Ibrahim Maalouf était hier soir sur la scène du Théâtre Royal de Rabat pour un concert consacré au deuxième volume de son album Trumpets of Michel-Ange. Devant une salle comble et conquise, le trompettiste franco-libanais a livré une prestation portée par une ferveur festive, enchaînant les appels à la joie et à la danse tout au long du spectacle. Lauréat d’un César et de deux Victoires de la musique, ainsi que deux fois nommé aux Grammy Awards, l’artiste poursuit avec ce projet la transmission d’un héritage familial unique: la trompette à quart de ton, inventée par son père dans les années 1960. Avant d’entrer en scène, il est revenu pour Le360 sur cette transmission et sur ses projets à venir, notamment un nouvel album enregistré en duo avec son épouse, la chanteuse Hiba Tawaji.
Le360: vous vous produisez ce soir sur la scène du Théâtre Royal de Rabat pour interpréter votre album «Trumpets of Michel-Ange». Quelle est votre première impression sur ce lieu?
Ibrahim Maalouf: je viens tout juste de franchir les portes et je suis impressionné, à commencer par l’architecture. Je m’étais interdit de regarder des photos: je voulais garder la surprise de la découverte en vrai, même si certains m’en avaient envoyé. Sans a priori particulier, je n’imaginais pas un lieu aussi avant-gardiste. Le design, la structure, l’aménagement intérieur… tout y est d’une grande modernité. Et en même temps, on perçoit immédiatement un travail d’acoustique d’une précision extrême. C’est une très belle surprise.
«Plus récemment, j’ai créé Les Trompettes de Michel-Ange pour perpétuer l’enseignement de mon père. Il a mis au point un instrument qui permet d’intégrer les quarts de ton, d’interpréter l’ensemble des maqâms et d’accéder au tarab — cet état d’extase propre à la musique arabe, qui n’a pas d’équivalent en Occident. »
— Ibrahim Maalouf.
Cet album est placé sous le signe de la transmission, notamment celle de la trompette à quart de ton inventée par votre père dans les années 1960. Où en est cette démarche aujourd’hui?
C’est mon quotidien depuis des années. J’ai commencé à enseigner dès l’âge de 17 ans dans divers établissements, avant de concevoir des projets plus globaux comme le Free Spirit Ensemble, un orchestre classique axé sur l’improvisation. Plus récemment, j’ai créé Les Trompettes de Michel-Ange pour perpétuer l’enseignement de mon père.
Il a mis au point un instrument qui permet d’intégrer les quarts de ton, d’interpréter l’ensemble des maqâms et d’accéder au tarab — cet état d’extase propre à la musique arabe, qui n’a pas d’équivalent en Occident. Mon objectif est d’initier le plus grand nombre à la pratique de cet instrument et aux valeurs du tarab. L’album Les Trompettes de Michel-Ange incarne toute cette aventure.
César, Victoires de la musique, nominations aux Grammy Awards, musiques de films, collaborations prestigieuses… Comment appréhendez-vous la suite de votre parcours?
Je n’ai jamais envisagé ma carrière comme une progression balisée ou obligatoire. Je préfère saisir ce que la vie met sur mon chemin. Les moments de joie me permettent d’exprimer ce que j’ai au plus profond de moi et de réaliser mes aspirations artistiques, tout en restant ancré. Les épreuves, elles, m’apprennent à me renforcer et à me protéger pour continuer d’avancer. Mon seul souhait pour les années à venir est de poursuivre cette aventure musicale avec la même ferveur et de retrouver la générosité du public.
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Vous venez de signer un album commun avec votre épouse, la chanteuse Hiba Tawaji. À quand une date ensemble au Maroc?
Nous adorerions nous y produire. Le Maroc est un carrefour culturel, un pays d’une grande ouverture où la francophonie tient une place majeure. Un projet comme le nôtre, baptisé «À la française» — mais qui aurait tout aussi bien pu s’intituler «À la francophone» —, y trouverait naturellement son écho. Nous serons en tournée de novembre à mars, avec notamment une date à la Salle Pleyel à Paris le 20 mai. J’espère vivement que nous réussirons à caler une étape marocaine. Hiba a une voix exceptionnelle: elle qui a toujours chanté en arabe s’exprime pour la première fois en français, ce qui apporte une dimension nouvelle. Je suis particulièrement heureux que nous ayons partagé cette création.



