Comment le démantèlement de la BNDE a profité à l’économie

Bank Al-Maghrib, dirigée par Abdellatif Jouahri, vient de prolonger d’un an le processus de liquidation de a Banque nationale de développement économique (BNDE).

Revue de presseVingt ans après sa retentissante faillite, sur fond de scandale financier et de gestion opaque, la liquidation de la Banque nationale de développement économique est prolongée par Bank Al-Maghrib. Retour sur la déroute de cet ancien géant du crédit, dont le démantèlement a profondément transformé le cadre réglementaire du secteur bancaire marocain. Cet article est une revue de presse tirée de Jeune Afrique.

Le 23/09/2026 à 21h03

Plus de vingt ans après sa retentissante faillite, la Banque nationale de développement économique (BNDE) continue de hanter la mémoire financière du Royaume. Bank Al-Maghrib, dirigée par Abdellatif Jouahri, vient de prolonger d’un an le processus de liquidation de cette institution publique. «Cette longue sortie de scène témoigne de la difficulté de solder les comptes d’un ancien géant du crédit», indique le magazine Jeune Afrique dans une analyse consacrée au sujet.

Fondée en 1959 sous l’impulsion du gouvernement d’Abdallah Ibrahim, la banque avait pourtant débuté son existence sous les meilleurs auspices. Dès 1962, elle avait accueilli la Société financière internationale à son capital, marquant ainsi le premier investissement de cette filiale de la Banque mondiale dans une institution de développement. Pendant des décennies, elle a été l’un des principaux instruments de l’essor industriel du pays, participant à la naissance de milliers d’entreprises avant de s’effondrer au tournant des années 2000.

L’effondrement de l’établissement ne résulte pas seulement d’une conjoncture difficile, mais aussi de profondes défaillances structurelles. Comme le soulignait le chercheur Hicham Safi-Eddine dans ses travaux universitaires, la crise trouve sa source première dans un système comptable inadapté, qui s’affranchissait des standards prudentiels internationaux. Cette opacité a également pris une dimension pénale, donnant lieu à un scandale de détournement et de dilapidation de deniers publics. Celui-ci s’est soldé, en 2004, par l’arrestation et la condamnation de l’ancien président-directeur général de la banque à une peine de prison ferme et à de lourdes réparations financières.

Un rapport de l’Inspection générale des finances publié la même année a documenté les dérives de l’établissement. Entre 2000 et 2001, ses fonds propres avaient fortement diminué, passant de plus d’un milliard de dirhams à une somme bien moindre, tandis que les créances compromises et contentieuses atteignaient des niveaux disproportionnés. «Les investigations ont également mis en lumière des acquisitions immobilières surprenantes, notamment des agences bancaires payées à prix d’or, mais jamais devenues opérationnelles, alors même que l’établissement était en grande difficulté financière», souligne Jeune Afrique.

Face aux difficultés de ce pilier historique, les autorités ont engagé son démantèlement. Sa restructuration a été confiée, dès 2003, à la Caisse de dépôt et de gestion, avant que son agrément ne soit révoqué en 2006. Ses participations et filiales, de la Banque marocaine pour l’Afrique et l’Orient, cédée au Crédit agricole du Maroc pour un dirham symbolique, aux diverses sociétés de leasing et de portefeuille, ont été progressivement liquidées ou reprises.

Si la disparition de cet ancien bras armé de l’État a privé le pays d’un instrument central de financement industriel, elle a aussi servi de leçon au secteur financier national. Pour prémunir le système bancaire contre de telles dérives, le Maroc a durci son cadre réglementaire en adoptant les standards internationaux de Bâle II et de Bâle III, tout en renforçant ses mécanismes de régulation préventive face au risque de défaillance systémique.

Par La Rédaction
Le 23/09/2026 à 21h03