Faillite de banques étrangères: le Maroc est-il à l’abri d’un éventuel effet domino?

Ahmed Azirar, économiste et directeur de recherche à l’Institut marocain d’intelligence stratégique (IMIS).

Le 18/03/2023 à 12h24

VidéoLa faillite récente de trois banques américaines a mis sous tension les marchés financiers internationaux, qui redoutent un éventuel effet domino. Quelle est la cause de cette panique? Le Maroc est-il à l’abri? Nous avons posé ces questions à Ahmed Azirar, économiste et directeur de recherche à l’Institut marocain d’intelligence stratégique (IMIS).

Tout a commencé le vendredi 10 mars, quand la Silicon Valley Bank (SVB) a déclaré faillite. La banque américaine, spécialisée dans le financement des startups et des entreprises technologiques, a été surtout victime de la hausse des taux d’intérêt dans un contexte de forte inflation. Ce sont ainsi 42 milliards de dollars de capitalisation qui sont partis en fumée, mettant sous tension les marchés financiers américains.

En effet, la SVB avait accumulé des milliards de dollars en obligations ces deux dernières décennies à des taux relativement bas en utilisant les dépôts de ses clients, comme le ferait n’importe quelle banque classique (entre 2019 et 2021, les dépôts de la banque sont passés de 61 à 180 milliards de dollars). Seulement, depuis près de deux semaines, la banque s’est retrouvée en manque de liquidité, ce qui l’a forcée à vendre à perte ses obligations, à cause de la hausse des taux d’intérêt actuels.

L’information s’est vite propagée dans le milieu des affaires et les clients de la banque ont été de plus en plus nombreux à retirer leurs dépôts, aggravant de fait les difficultés de la SVB. Finalement, le régulateur américain a pris le contrôle des dépôts, suspendu l’activité de la banque et annoncé un dispositif spécial pour garantir l’intégralité des dépôts de ses clients. Depuis, deux autres banques américaines, la Signature Bank et la Silvergate Bank, spécialisées elles aussi dans le secteur technologique et la cryptomonnaie, ont mis la clé sous la porte.

Faut-il craindre un effet boule de neige?

«Les Américains ont encore à l’esprit la crise de 2008. Les autorités ont rapidement alerté l’organisme chargé de la garantie des dépôts pour réduire la tension sur le système financier, rétablir la confiance et indemniser les déposants», explique Ahmed Azirar, directeur de recherche à l’IMIS et président de l’Association marocaine des économistes d’entreprise (AMEEN).

Et d’ajouter: «Les autorités américaines étaient aussi en train de suivre 4 à 5 autres banques, dont les deux qui ont vécu le même sort que la SVB. Mais il faut dire que ce sont des banques régionales, concentrées sur un secteur particulier qui se trouve être en difficulté depuis un certain moment».

Interrogé sur le risque d’une contagion et d’un élargissement de la crise bancaire américaine, l’économiste se veut rassurant. «Je ne pense pas que la faillite de ces banques américaines puisse avoir un impact beaucoup plus large. D’abord, parce que les autorités ont pris les choses en main, et que les banques touchées ne sont pas très impactantes en dehors de l’écosystème des startups. Surtout, les grandes banques qui opèrent à plus grande échelle sont solides», souligne-t-il.

Qu’en est-il du Maroc ? Pour Ahmed Azirar, le système bancaire national est très différent de son homologue américain, dont la régulation est mois sévère. En plus d’être très réglementé, il est suivi de main de maître par les autorités monétaires, et à leur tête Bank Al-Maghrib, avec des règles prudentielles strictement appliquées.

«Il n’y a aucune relation entre les banques américaines qui se sont effondrées et le marché marocain. Il est vrai que les banques marocaines ont, elles aussi, fait face à la montée des taux. Elles ont été réticentes à l’achat des bons du Trésor, mais là aussi Bank Al-Maghrib a réagi rapidement et les choses sont en train de reprendre».

Et si le pire venait à arriver?

Si le risque d’une crise financière ne peut jamais être écarté à 100%, le directeur de recherche de l’IMIS assure que le système bancaire marocain est bien immunisé, avec un ensemble de garde-fous mis en place pour protéger les déposants et éviter toute panique financière.

«Si les petites banques sont éventuellement mal gérées, si elles ont mal calculé leur risque ou investi sur un secteur qui connaît des difficultés, il faut savoir qu’elles sont régulièrement soumises à des stress-tests. Le dernier en date remonte à juin 2022 et il a démontré que les ratios prudentiels sont, en moyenne, très largement respectés. Le ratio de liquidité à court terme ressort par exemple à plus de 187%, alors que le taux demandé n’est que de 100%», note-t-il.

Ahmed Azirar ajoute qu’un fonds de garantie des déposants marocains existe, en vertu de la loi bancaire. Alimenté par des prélèvements sur les dépôts des banques à hauteur de 0,2%, il permet de rembourser les déposants en cas de faillite d’une banque, à hauteur de 80.000 dirhams. Il est toutefois prévu que ce seuil soit relevé pour passer à 120.000 dirhams.

«Ce plafond peut paraître faible, mais il dépasse de loin la moyenne des dépôts que nous avons dans nos banques. En réalité, 90% des déposants ont un solde inférieur à 80.000 dirhams», explique cet économiste.

Par Safae Hadri et Anas Zaidaoui
Le 18/03/2023 à 12h24