Post-élections et arbitrage de rentrée: les 15 chantiers économiques au scanner de la conjoncture

Malgré une inflation globalement contenue, l’évolution des prix alimentaires continue de peser sur le pouvoir d’achat des ménages.

La séquence post-électorale ouvre une nouvelle phase pour l’action publique: celle des arbitrages. Pouvoir d’achat, emploi, investissement, eau, logement, protection sociale et compétitivité devront être conciliés avec les marges budgétaires et les équilibres extérieurs, à l’approche du PLF 2027.

Le 30/09/2026 à 21h00

Le cadre macroéconomique offre une visibilité relativement importante. Bank Al-Maghrib a maintenu son taux directeur à 2,25% le 22 septembre 2026 et prévoit une inflation moyenne de 0,7% en 2026, puis de 1,5% en 2027. Pourtant, l’indice des prix à la consommation a progressé de 0,8% sur un mois en août, avec une hausse de 0,9% pour les produits alimentaires. L’écart entre inflation moyenne et évolution des dépenses courantes reste donc déterminant pour le pouvoir d’achat.

L’aide sociale directe couvre près de 3,9 millions de ménages, soit plus de 12,5 millions de personnes, avec des montants mensuels et complémentaires compris entre 500 et 1.350 dirhams selon la situation des bénéficiaires. Le dispositif devient ainsi une composante structurelle de la politique sociale, mais son efficacité dépend aussi de la capacité de l’économie à créer des revenus du travail.

«Le PLF 2027 doit s’inscrire dans une logique de continuité, tout en conservant une capacité d’arbitrage ciblée», estime Oussama Ouassini, consultant en supply chain et intelligence économique. Il considère que «la généralisation de la protection sociale, l’aide au logement, les réformes de la santé et de l’enseignement, ainsi que les engagements issus du dialogue social constituent désormais un socle important de la dépense publique».

La fiscalité constitue un autre levier. Une éventuelle évolution du barème de l’impôt sur le revenu ne pourra être considérée comme acquise avant la présentation officielle du PLF 2027. Son effet sur le revenu disponible devra être mis en regard du financement des politiques sociales et de l’investissement public.

Le marché du travail constitue l’un des principaux tests de la rentrée. La population active atteignait 11,764 millions de personnes au deuxième trimestre 2026, en hausse de 147.000 personnes sur un trimestre. Le chômage strict ressortait à 9,5%, tandis que l’indicateur élargi intégrant la main-d’œuvre potentielle atteignait 14,7%. Le HCP précise que l’EMO 2026 repose sur une nouvelle définition de l’emploi et du chômage.

La question dépasse donc le seul volume des investissements. «Pour plusieurs industries, l’énergie et l’eau constituent des composantes déterminantes du prix de revient et leur disponibilité conditionne directement la compétitivité des entreprises», souligne Oussama Ouassini. Il identifie également la maintenance industrielle, l’ingénierie des procédés, la gestion de l’eau et les énergies renouvelables parmi les domaines appelés à renforcer les compétences disponibles.

Les filières automobile et aéronautique poursuivent leur développement autour des principaux pôles industriels. L’enjeu consiste désormais à accroître la valeur ajoutée locale par l’intégration des fournisseurs, la montée en compétences et le développement d’activités davantage technologiques.

Eau et agriculture: le coût de la ressource

La contrainte hydrique ajoute une dimension déterminante à cette équation. L’eau devient ainsi un facteur économique, au même titre que l’énergie et la logistique, en influençant l’agriculture, l’industrie et la localisation des investissements.

L’alimentation constitue l’autre versant de la problématique du pouvoir d’achat. La campagne agricole 2026-2027 s’ouvre avec une contrainte hydrique persistante, tandis que les importations de céréales et de cheptel participent à la régularité de l’offre.

«La fragmentation des circuits de commercialisation et le poids de l’intermédiation compliquent la répercussion des baisses de prix jusqu’au consommateur final», relève Oussama Ouassini. Il préconise notamment «la modernisation des marchés de gros et le développement d’infrastructures logistiques régionales» afin de réduire les coûts entre production et consommation.

Le programme d’aide directe au logement avait enregistré plus de 218.000 demandes et plus de 105.000 bénéficiaires au 3 juin 2026. L’aide atteint 100.000 dirhams pour les logements jusqu’à 300.000 dirhams et 70.000 dirhams pour ceux compris entre 300.000 et 700.000 dirhams.

L’impact dépend toutefois de la capacité de l’offre immobilière et du crédit bancaire à accompagner la demande. Le maintien du taux directeur à 2,25% apporte une visibilité monétaire, sans garantir à lui seul une accélération des financements.

Les investissements ferroviaires et les transports collectifs répondent à une logique comparable: leur rendement doit également être apprécié à travers leur capacité à réduire les temps et les coûts de déplacement des ménages et des entreprises.

Le commerce extérieur comme contrainte

Les équilibres extérieurs constituent enfin une limite à ne pas dissocier de l’investissement. À fin juillet 2026, les importations de biens et services ont progressé de 16,1%, contre 10,9% pour les exportations. Les importations de marchandises ont atteint 544,045 milliards de dirhams, tandis que les exportations de services se sont établies à 193,4 milliards.

Une partie de la hausse des importations accompagne les besoins d’équipement et d’investissement. Le défi consiste donc à transformer progressivement ces dépenses extérieures en capacités productives, en emplois et en recettes d’exportation.

Le tourisme joue déjà un rôle d’amortisseur: les arrivées aux postes frontières ont progressé de 4,5% entre janvier et août 2026 et les recettes de voyages de 13,4% à fin juillet. Le secteur comptait 894.000 emplois directs en 2025. Les investissements directs étrangers ont, eux, progressé de 58,5% à fin juillet.

La rentrée économique ne se résume donc pas à quinze dossiers indépendants. Pouvoir d’achat, emploi, industrie, eau, agriculture, logement, mobilité, protection sociale et commerce extérieur forment une même équation.

«La croissance ne peut pas reposer durablement sur quelques secteurs isolés. La compétitivité dépend de l’environnement de l’ensemble du tissu productif, notamment des coûts de l’énergie et de l’eau et de l’adéquation des compétences», estime Oussama Ouassini.

Par Mouhamet Ndiongue
Le 30/09/2026 à 21h00