Bank Al-Maghrib maintient son taux directeur inchangé à 2,25%

Abdellatif Jouahri, wali de Bank Al-Maghrib.

À l’issue de sa réunion du mardi 22 septembre, le Conseil de Bank Al-Maghrib a décidé de maintenir inchangé son taux directeur à 2,25%, tout en réaffirmant son engagement à suivre de près l’évolution de la conjoncture économique nationale et internationale.

Le 22/09/2026 à 13h58

Le Conseil de Bank Al-Maghrib (BAM) a tenu le mardi 22 septembre sa troisième réunion trimestrielle de l’année 2026. Lors de cette session, il a analysé l’évolution de la conjoncture économique, les développements récents sur les plans externe et interne, ainsi que les projections macroéconomiques à moyen terme de Bank Al-Maghrib.

Au plan national, le Conseil de BAM indique que l’impact de l’environnement externe défavorable est perceptible sur les importations des produits énergétiques et sur le rythme d’activité de certaines industries dépendantes d’intrants importés. En revanche, l’effet de la flambée des cours de l’énergie sur les prix domestiques reste limité, atténué par les subventions accordées aux professionnels du transport routier et par le maintien des prix du gaz butane et de l’électricité.

Dans ces conditions, note-t-il, et en raison de la baisse des prix de certains produits alimentaires, l’inflation est restée faible, s’établissant à 0,3% en moyenne sur les huit premiers mois de l’année. Elle devrait, selon les prévisions de Bank Al-Maghrib, ressortir à 0,7% sur l’ensemble de l’année 2026 et augmenter à 1,5% en 2027, tirée par sa composante sous-jacente. Celle-ci connaitrait, en effet, une accélération de -0,2% cette année à 2,2% en 2027, reflétant la dissipation de l’impact de la contraction de sa composante alimentaire, notamment les prix de l’huile d’olive, et la persistance de l’inflation importée à un niveau relativement élevé.

Une inflation modérée

Par ailleurs, les anticipations d’inflation sont restées bien ancrées. Les experts du secteur financier, interrogés au cours du troisième trimestre de 2026 dans le cadre de l’enquête trimestrielle de Bank Al-Maghrib, tablent sur un taux moyen de 2,1% à l’horizon de 8 trimestres et de 2,2% pour celui de 12 trimestres.

Le Conseil considère que les incertitudes pesant sur les perspectives économiques demeurent à un niveau très élevé. Sur le plan externe, elles découlent de la persistance des conflits et des fortes tensions géoéconomiques, des inquiétudes grandissantes concernant l’approvisionnement en produits énergétiques et alimentaires ainsi qu’en intrants essentiels, des répercussions de l’envolée des rendements souverains sur les marchés financiers, ainsi que des manifestations de plus en plus prononcées du changement climatique. Au niveau interne, elles sont liées aux conditions climatiques et à l’orientation future de la politique économique.

Tenant compte de cette forte incertitude et au regard (i) de l’évolution à moyen terme de l’inflation à des niveaux modérés ; et (ii) de la consolidation attendue de la dynamique de l’activité économique non agricole, le Conseil a jugé approprié de maintenir le taux directeur inchangé à 2,25%. Il continuera de suivre de près l’évolution de la conjoncture externe et interne et de fonder ses décisions, réunion par réunion, sur la base des données les plus actualisées.

Le Conseil de BAM estime que la valeur ajoutée agricole marquerait un rebond de 16% cette année, tenant compte d’une récolte céréalière estimée par le Département de l’Agriculture à 93 millions de quintaux (MQx), et reculerait de 7,6% en 2027 sous l’hypothèse d’un retour à une production céréalière moyenne de 50 MQx. Pour les activités non agricoles, leur rythme décélérerait de 4,5% en 2025 à 3,1% cette année, en lien avec une évolution moins favorable que prévu de certaines branches, notamment les industries extractives et manufacturières, avant de remonter à 4% en 2027. Au total, la croissance de l’économie nationale ralentirait, selon les projections de Bank Al-Maghrib, de 4,9% en 2025 à 4,4% cette année puis à 2,9% en 2027.

Sur le marché du travail, malgré la décélération de la croissance, les résultats de l’enquête du HCP sur la main-d’œuvre relatifs au deuxième trimestre 2026 indiquent une poursuite de la dynamique amorcée au cours des trimestres précédents. Les créations, en glissement annuel, ont atteint 406.000 emplois et le taux de chômage au sens strict a reculé à 9,5% globalement, à 11,9% dans les villes et à 5,4% en milieu rural.

Sur le volet des comptes extérieurs, le renchérissement des produits pétroliers et de certains intrants, ainsi que le maintien des importations de biens d’équipement à des niveaux élevés, en lien avec la poursuite de l’effort d’investissement, continuent de peser sur la balance commerciale.

La facture énergétique s’alourdit

La facture énergétique s’alourdirait de 28,4% à 138,1 milliards de dirhams cette année, avant de revenir à 116 milliards en 2027, et les achats de produits bruts augmenteraient de 53,4% en 2026 et de 8,3% en 2027. De même, les acquisitions de biens d’équipement progresseraient de 15,6% puis de 8,8% à 250,7 milliards de dirhams. Au niveau des exportations, les expéditions du secteur automobile reprendraient graduellement, après une quasi-stabilité en 2025, pour s’établir à 202,2 milliards en 2027. De surcroît, les ventes du phosphate et de ses dérivés se raffermiraient de 9,7% cette année, portées notamment par l’envolée des cours des engrais, puis de 12,1% à 122,6 milliards de dirhams en 2027.

En parallèle, les recettes de voyages poursuivraient leur dynamique pour atteindre 160 milliards en 2027 et les transferts des MRE se consolideraient à 136,3 milliards de dirhams la même année. Dans ces conditions, le déficit du compte courant connaitrait un net creusement, passant de 2,4% du PIB en 2025 à 4,6% cette année avant de s’atténuer à 3% en 2027. S’agissant des recettes d’IDE, les projections tablent sur un flux annuel équivalent à 3,5% du PIB. Au total, et tenant compte notamment des financements extérieurs prévus du Trésor, les avoirs officiels de réserve continueraient de se renforcer pour se situer à 502,8 milliards de dirhams à fin 2026 et à 515,3 milliards au terme de 2027, soit l’équivalent de 5 mois et demi d’importations de biens et services.

Pour ce qui est des conditions monétaires, le besoin de liquidité des banques s’alourdirait progressivement, sous l’effet principalement de la hausse prévue de la circulation fiduciaire, pour s’établir à 168,2 milliards de dirhams en 2027. S’agissant du crédit bancaire au secteur non financier, son rythme devrait, selon les projections de Bank Al-Maghrib et les anticipations du système bancaire, connaître une nette accélération, passant de 4,8% en 2025 à 8,1% cette année avant de revenir à 6,1% en 2027. Quant à la valeur du dirham, après une appréciation de 2% en 2025, le taux de change effectif réel devrait se déprécier de 4,1% cette année et de 2% en 2027. Cela étant, les évaluations trimestrielles conduites par Bank Al-Maghrib indiquent qu’elle reste globalement alignée sur les fondamentaux économiques.

Au plan des finances publiques, l’exécution budgétaire au titre des huit premiers mois de l’année fait ressortir une augmentation de 9,6% des recettes ordinaires, en lien notamment avec celle des recettes fiscales, ainsi qu’un alourdissement de 10,5% des dépenses globales, traduisant essentiellement un accroissement de celles au titre des biens et services et des intérêts de la dette. Tenant compte de ces réalisations, des données de la Loi de Finances 2026, de la programmation budgétaire triennale 2026-2028, des crédits supplémentaires de 20 milliards de dirhams ouverts par le gouvernement en mai 2026 ainsi que des premières hypothèses du projet de Loi de Finances 2027, le déficit budgétaire, hors produits de cession des participations de l’État, devrait, selon les projections de Bank Al-Maghrib, s’établir à 3,4% du PIB cette année et à 3,5% en 2027.

Par La Rédaction
Le 22/09/2026 à 13h58