Le chiffre de 4,8% attendu pour la croissance marocaine en 2026 donne l’image d’une accélération nette de l’activité, après 3,9% en 2025. Mais la composition de cette croissance est plus révélatrice que son niveau. Selon l’analyse publiée le 14 septembre 2026 par BNP Paribas dans sa note ActuEco, la reprise repose largement sur le redressement du secteur agricole. Le HCP prévoit une hausse de 19,1% de sa valeur ajoutée, après une campagne céréalière de 90 millions de quintaux, contre 43 millions un an auparavant.
Cette amélioration agricole apporte 1,9 point à la croissance du PIB, soit une contribution nettement supérieure à celle du secteur secondaire. Le redressement de la production agricole agit donc comme un accélérateur puissant du PIB, mais il repose sur une variable dont l’évolution reste fortement liée aux conditions pluviométriques. BNP Paribas souligne ainsi le caractère particulièrement favorable de la campagne 2026 et les risques associés à un retour vers des conditions agricoles plus normales.
Le HCP anticipe déjà pour 2027 une baisse de 6,8% de la valeur ajoutée agricole, sous l’hypothèse d’une campagne moyenne. La croissance nationale reviendrait alors à 3%. Le contraste entre les deux exercices montre que le niveau exceptionnel de 2026 ne peut être considéré comme un nouveau rythme structurel de croissance.
Le décalage est plus net encore dans les activités non agricoles. Leur croissance devrait atteindre 3% en 2026, contre 3,9% en 2025, tandis que le secteur secondaire ne progresserait que de 1,1%. Sa contribution à la croissance nationale resterait limitée à 0,3 point, selon les données reprises par BNP Paribas ActuEco.
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La construction ralentit également, avec une croissance ramenée de 6,7% à 3,1%. Les coûts énergétiques et logistiques pèsent sur l’activité, tandis que le textile reculerait encore de 1,1%. Ces évolutions montrent que la progression du PIB ne s’accompagne pas, pour l’instant, d’une accélération homogène des activités productives.
Quelques branches échappent toutefois à cette faiblesse. L’industrie du matériel de transport devrait progresser de 5,9%, portée par la demande automobile et l’évolution des normes européennes. L’agroalimentaire bénéficie de son côté de l’amélioration de la production agricole. Ces deux moteurs restent néanmoins insuffisants pour modifier le rythme global du secteur secondaire.
Le contraste devient alors central pour comprendre la croissance marocaine de 2026: le PIB accélère fortement, mais l’industrie ne suit pas au même rythme. La performance économique repose donc davantage sur le retour de la production agricole et sur la demande intérieure que sur une accélération générale de la base productive.
La demande intérieure soutient l’activité, mais creuse le besoin extérieur
La consommation des ménages devrait progresser de 4,4% en 2026, soutenue par l’amélioration des revenus agricoles et les transferts des Marocains résidant à l’étranger. L’investissement affiche une progression encore plus forte, à 9,5%, notamment grâce aux infrastructures liées à la Coupe du monde 2030 et aux programmes d’aide au logement.
Le taux d’investissement atteindrait ainsi 35,2% du PIB. BNP Paribas relève toutefois que ce dynamisme s’accompagne d’un besoin de financement de 3,9% du PIB, ce qui traduit le coût macroéconomique d’un effort d’investissement élevé. La question n’est donc pas seulement de maintenir le rythme de l’investissement, mais de déterminer dans quelle mesure celui-ci accroît la capacité productive nationale.
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Le commerce extérieur constitue précisément l’un des points de vigilance. Le déficit commercial devrait atteindre 21,9% du PIB en 2026, contre 20,5% en 2025, avant de revenir à 21,1% en 2027. La hausse de la facture énergétique, liée notamment au renchérissement du pétrole dans un contexte de tensions géopolitiques au Moyen-Orient, contribue à cette dégradation.
La demande intérieure ajoute une pression supplémentaire sur les importations. Lorsque la consommation et l’investissement accélèrent plus vite que la production nationale dans certains segments, une partie de la demande supplémentaire se reporte mécaniquement sur les produits importés. La croissance gagne alors en volume, mais une fraction de sa demande est satisfaite par l’offre extérieure.
Le test de 2027 sera industriel
Le principal enseignement de la conjoncture de 2026 ne réside donc pas dans le seul taux de croissance. Il concerne sa composition. Une économie qui progresse de 4,8% avec une contribution agricole de 1,9 point et une contribution secondaire limitée à 0,3 point ne connaît pas encore une transformation suffisamment forte de son moteur productif.
BNP Paribas anticipe néanmoins une amélioration des activités secondaires en 2027, avec une croissance de 3,7%. Le HCP prévoit également une progression de 4% pour les activités non agricoles.
L’écart entre les prévisions du HCP et de Bank Al-Maghrib traduit par ailleurs des hypothèses différentes sur la dynamique de l’économie. La banque centrale table sur une croissance de 5,2% en 2026, contre 4,8% pour le HCP. Elle prévoit parallèlement une inflation de 1,5% et un taux directeur maintenu à 2,25%.
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Cette divergence ne change pas le principal constat: quelle que soit l’hypothèse retenue, la qualité de la croissance dépendra de plus en plus de la capacité de l’investissement à accroître la production nationale. Une demande intérieure soutenue ne produit un effet durable sur l’activité que si l’offre locale est capable de suivre.
La configuration de 2026 révèle finalement deux dépendances. La première est climatique, avec une agriculture qui contribue fortement au PIB mais dont la performance varie fortement selon les conditions pluviométriques. La seconde est extérieure, puisque la progression de la demande intérieure se traduit aussi par des besoins accrus en importations.
L’analyse de BNP Paribas conduit ainsi à déplacer le regard du taux de croissance vers sa composition. Le rebond agricole améliore nettement les comptes de 2026, mais il ne suffit pas à lui seul à modifier le profil structurel de l’économie. La progression attendue de l’industrie en 2027 constituera un indicateur beaucoup plus pertinent de la capacité du Maroc à transformer l’effort d’investissement en production et en valeur ajoutée.




