Finances publiques: les enjeux du budget triennal 2026-2028

La nouvelle programmation budgétaire triennale trace la feuille de route des finances publiques marocaines jusqu’en 2028.. Dr

Revue de presseEntre impératifs d’investissements colossaux pour les grands chantiers nationaux, contraction programmée des ressources non fiscales et masse salariale en hausse, la programmation budgétaire triennale fixe un cap exigeant. Pour maintenir le déficit à 3% du PIB et ramener la dette à 64% d’ici 2028, le gouvernement mise tout sur une dynamique fiscale soutenue, malgré des marges de manœuvre de plus en plus étroites. Cet article est une revue de presse tirée de Finances News.

Le 13/09/2026 à 19h27

Alors que s’achève ce troisième trimestre 2026, la nouvelle programmation budgétaire triennale trace la feuille de route des finances publiques marocaines jusqu’en 2028, révélant des marges de manœuvre particulièrement étroites pour l’exécutif. Entre la nécessité de maintenir un niveau d’investissement élevé pour porter les grands chantiers du pays, l’alourdissement de la masse salariale et la contraction programmée des ressources non fiscales, l’équation financière exige un équilibre millimétré. «Pour tenir l’objectif sacro-saint d’un déficit ramené et stabilisé à 3% du PIB tout en allégeant la dette du Trésor à 64% d’ici la fin de la période, le gouvernement fait le pari audacieux d’une dynamique fiscale soutenue», indique le magazine Finances News Hebdo.

Les priorités de cette trajectoire ne laissent planer aucun doute sur les ambitions nationales. Les deniers publics continueront d’alimenter massivement les infrastructures de transport, la gestion de l’eau, la santé, l’enseignement, le développement territorial et la transformation numérique, sans oublier les investissements colossaux requis par la préparation de la Coupe du monde 2030. Pour subvenir à ces besoins colossaux, les recettes fiscales sont appelées à jouer les premiers rôles. Programmées à 366,5 milliards de dirhams en 2026, elles devraient s’envoler à 386,7 milliards l’année prochaine pour atteindre 407,8 milliards en 2028, s’établissant solidement autour de 20% du PIB. Cette hausse de plus de 41 milliards de dirhams en l’espace de deux ans repose sur la bonne santé escomptée de l’impôt sur les sociétés, de l’impôt sur le revenu et de la taxe sur la valeur ajoutée.

Pourtant, cette dépendance accrue envers la fiscalité interpelle les observateurs. Comme le souligne l’économiste et consultant en finances publiques Jamal Elhazmir, cité par Finances News, cette trajectoire suppose que le rendement fiscal progresse à un rythme constant. Si ce dernier venait à ralentir alors même que les dépenses demeurent rigides, la promesse de contenir le déficit à 3% deviendrait nettement plus ardue à honorer. D’autant plus que, en parallèle, les ressources non fiscales s’apprêtent à entamer une descente prononcée. Prévues à 62,7 milliards de dirhams cette année, elles reculeront à 55,7 milliards en 2027 avant de chuter à 40,5 milliards en 2028, voyant leur poids dans le PIB fondre de 3,4% à 2%. Cette baisse s’explique notamment par l’extinction progressive des financements innovants, qui s’effaceront totalement de l’équation en 2028 après une dernière tranche de 15 milliards de dirhams l’année précédente, contraignant l’État à trouver de nouveaux relais pour boucler ses fins de mois.

Côté dépenses, l’année 2027 ne sera pas celle du resserrement immédiat. Les crédits d’investissement du budget général se mantiendront à un niveau élevé, s’établissant à 136,5 milliards de dirhams, quasiment au même niveau que les 136,1 milliards de 2026, avant de connaître un repli à 125,9 milliards en 2028. Ce reflux de fin de période traduit l’achèvement naturel de grands programmes structurants, à l’instar du Programme national d’approvisionnement en eau potable et d’irrigation 2020-2027, ou encore l’avancement notable des chantiers routiers, ferroviaires et hospitaliers. «Néanmoins, les montants alloués pour 2027 ont été rehaussés de 7,3% par rapport aux prévisions initiales du précédent cadrage, sous le poids combiné des revalorisations issues du dialogue social, de l’extension de la protection sociale et de la réévaluation des coûts d’infrastructure», souligne Finances News.

La structure des dépenses courantes continuera par ailleurs d’alourdir la barque étatique. La masse salariale poursuivra sa trajectoire haussière, passant de 195,3 milliards de dirhams en 2026 à 202,4 milliards en 2027, puis à 206,2 milliards en 2028, sous l’effet des avancements, des recrutements et des accords sociaux. En revanche, les dépenses de compensation amorceront une légère décrue pour s’établir autour de 12,8 et 12,9 milliards de dirhams, tandis que la charge d’intérêts de la dette se stabilisera sagement entre 41,5 et 42,6 milliards.

Au bout du compte, si la cible officielle d’un déficit à 3% est maintenue sur toute la période, un examen attentif des chiffres révèle que cette discipline intègre les 6 milliards de dirhams annuels issus des cessions de participations publiques, sans lesquels le déficit réel oscillerait plutôt entre 3,3% et 3,4% du PIB.

De même, la réduction de la dette du Trésor à 64% en 2028 demeure conditionnée à une croissance nominale robuste. C’est donc bel et bien en 2028 que le véritable tournant budgétaire s’opérera, combinant la disparition des financements innovants, la baisse des recettes non fiscales et un investissement en repli, obligeant l’État à naviguer à vue grâce à la seule bonne fortune de ses recettes fiscales pour préserver ses grands équilibres macroéconomiques.

Par La Rédaction
Le 13/09/2026 à 19h27