Face à la persistance des polémiques intérieures et aux tensions récurrentes autour de la crise de Sebta, le président du gouvernement espagnol, Pedro Sánchez, a livré lundi 14 septembre une nouvelle mise au point lors de son passage à l’émission «El Intermedio», diffusée sur la chaîne privée La Sexta. Entre réaffirmation de la coopération bilatérale avec le Maroc, exigence de preuves factuelles et rejet catégorique des thèses conspirationnistes, le chef de l’exécutif espagnol campe sur une ligne de fermeté institutionnelle et de réalisme diplomatique.
Pedro Sánchez a réaffirmé avec clarté la ligne directrice de sa politique extérieure, insistant sur la nécessité de «maintenir de bonnes relations avec le Maroc» tout en appelant «à faire preuve de patience afin de parvenir à un règlement complet de la crise migratoire à Sebta».
Dans ce cadre, le chef du gouvernement espagnol a balayé les accusations portées par l’opposition de droite (notamment Vox et le Parti populaire) concernant une prétendue soumission de Madrid à Rabat. Il a ainsi écarté «l’hypothèse d’un chantage exercé par le Maroc» et nié «tout lien entre l’entrée massive de migrants à Sebta et l’espionnage au moyen du logiciel Pegasus».
Insistant sur la rigueur qui doit prévaloir dans l’action publique, Sánchez a mis en avant «l’absence de preuves mettant en cause le Maroc dans les événements de Sebta», soulignant qu’«aucun élément ne permet, à ce stade, d’établir une telle responsabilité». Pour appuyer sa démarche fondée sur l’objectivité face aux polémiques politiques, il a déclaré que «les relations entre les pays, et particulièrement avec les voisins, doivent être des relations fondées sur le respect et sur les faits, non sur les élucubrations ou le mépris».
Il a également rappelé sa position exprimée lors de ses interventions antérieures, insistant sur le fait que l’action de son gouvernement ne souffrirait d’aucune compromission en l’absence d’éléments tangibles. «Je n’ai jamais dit que nous n’allions pas apporter une réponse ferme au Maroc s’il est prouvé qu’il est derrière ce qui s’est passé les 30 et 31 juillet, (...) mais à ce jour, il n’existe aucune information qui, de manière solide, établisse la responsabilité du Maroc dans cette vague à laquelle nous avons été confrontés.»
Satire des théories du complot
La sortie médiatique de Pedro Sánchez a également été marquée par une critique virulente de la désinformation et des scénarios fictionnels agités par certains acteurs politiques pour déstabiliser l’exécutif ainsi que les relations entre le Maroc et l’Espagne. Le président du gouvernement a fustigé les fausses informations circulant à son sujet, les comparant à des récits dignes des plateformes de streaming. «Ces fausses informations qui circulent au sujet du téléphone portable ou d’autres questions, bon, peut-être que pour une série Netflix, c’est très bien, mais la réalité doit se construire sur des faits et non sur des fausses informations.»
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Dans le même esprit, il a rejeté l’interprétation selon laquelle les messages WhatsApp du Centre national de renseignement (CNI) adressés au chef de cabinet du délégué du gouvernement à Sebta «constituaient une alerte annonçant ce qui allait réellement se produire».
Cette intervention sur «El Intermedio» s’inscrit dans la continuité directe des positions défendues par le chef du gouvernement espagnol. Déjà fin août, lors de son passage dans l’émission «Hoy por Hoy» de la Cadena SER, Sánchez rappelait l’efficacité de la coordination opérationnelle sur le terrain entre le Maroc et l’Espagne.
Evoquant l’action des autorités marocaines face à l’avalanche de personnes à Fnideq, il soulignait: «L’expérience que j’ai concernant la crise à Sebta est celle d’une coordination, d’une coopération instantanée, immédiate de la part des autorités marocaines. Elles ont été en contact permanent les 30 et 31 juillet. Le 31 juillet, on a commencé à voir un déploiement opérationnel des autorités marocaines précisément dans la zone de Fnideq pour faire face à l’avalanche de personnes qui tentaient d’entrer de manière irrégulière dans la ville autonome de Sebta.»
Il insistait également sur l’absence totale de preuves à charges contre le Maroc. «Il n’existe aucune information venant des forces et corps de sécurité de l’État, ni du Centre national de renseignement [CNI], ni d’aucun centre de renseignement avec lesquels le gouvernement espagnol collabore habituellement, qui permette de jeter un doute sur une participation, d’une manière ou d’une autre, des autorités marocaines.» Face aux critiques d’une partie de l’opposition qui tente d’ériger le Maroc en cible privilégiée d’un discours xénophobe ou politique, Sánchez a invariablement rappelé l’importance stratégique de ce partenariat.
Lors de son intervention devant le Congrès le 9 septembre, le président du gouvernement avait déjà fixé le cap de son administration, refusant de céder à l’escalade réclamée par certains responsables politiques. «Aujourd’hui, nous avons entendu de nombreux responsables appeler à faire voler en éclats nos relations de voisinage. Leur seule proposition est l’escalade. Je ne peux pas m’engager dans cette voie, je ne dois pas le faire et je ne le ferai pas», avait-il dénoncé.
En opposant systématiquement la transparence institutionnelle (illustrée par la déclassification de documents du CNI et des forces de sécurité) aux accusations politiques dénuées de fondement, Pedro Sánchez réaffirme un choix clair: refuser de sacrifier les relations de bon voisinage aux impératifs de la bataille politique intérieure, tout en maintenant une exigence absolue de vérité et de faits.




