Pedro Sánchez constant face aux accusations de «chantage marocain» agitées par la droite

Le président du gouvernement espagnol, Pedro Sánchez, le 3 septembre 2026. (Photo Thomas COEX/AFP). AFP or licensors

Mercredi devant le Congrès, le président du gouvernement espagnol a de nouveau affirmé que son gouvernement ne céderait au chantage d’aucun pays ni d’aucune puissance étrangère. Ni le PP ni Vox ne sont parvenus à lui faire infléchir sa ligne.

Le 09/09/2026 à 14h20

Pedro Sánchez a de nouveau rejeté mercredi le récit d’une Espagne soumise à un prétendu chantage marocain, brandi depuis plusieurs semaines par la droite. Santiago Abascal a repris l’accusation sans avancer le moindre élément pour la soutenir, préférant la présenter comme une évidence ne nécessitant aucune démonstration.

«Ne vous inquiétez pas, c’est une question rhétorique. Toute l’Espagne sait que c’est la vérité et que notre gouvernement siège à Rabat», a lancé le dirigeant de Vox, avant d’exiger que l’Espagne «cesse d’être un protectorat marocain gouverné par des traîtres».

Sánchez lui a répondu sans détour. «Ce gouvernement ne se soumet au chantage d’aucun parti, d’aucun pays ni d’aucune puissance. Nous n’y céderions en aucune circonstance et, bien évidemment, nous n’avons rien à cacher», a-t-il déclaré.

Le chef du gouvernement a par ailleurs jugé «assez ironique» de se voir reprocher d’obéir à une puissance étrangère par Santiago Abascal. «Le seul ici à avancer avec une laisse autour du cou, c’est vous», lui a-t-il lancé. Sánchez a accusé le leader de Vox d’applaudir «les droits de douane des uns et les génocides des autres».

Le Maroc, cible toute trouvée du discours xénophobe de Vox

L’intervention a rapidement viré au grotesque. Pour accréditer l’idée d’un gouvernement espagnol soumis au Maroc, Abascal a fait des cours d’arabe, de la culture marocaine et jusqu’aux menus halal proposés dans les écoles autant de signes de haute trahison.

Il a ensuite affirmé que le véritable drapeau de Sánchez était «celui du Maroc», avant d’aligner le Royaume, dans un inventaire aussi confus qu’extravagant, aux côtés de Cuba, de la Chine, de la Palestine et de «tout groupe terroriste menaçant l’Occident». Le spectacle aurait pu être risible s’il ne révélait pas à quel point le Maroc est devenu la cible privilégiée de son discours xénophobe.

Abascal a poursuivi en prêtant à Sánchez l’intention de «céder Sebta, Melilla et les îles Canaries». Il a également réclamé le recours à l’article 102 de la Constitution afin de poursuivre le chef du gouvernement devant le Tribunal suprême pour trahison. Puis il a demandé «combien de députés le Maroc compte dans cette Chambre?». Une accusation aussi délirante que totalement dépourvue de preuves.

Alberto Núñez Feijóo n’a pas voulu rester en marge de cette offensive. Le président du Parti populaire a assuré que Sánchez «n’est pas un président libre» et que son avenir politique dépend du silence de plusieurs personnes. «Si le Maroc parle, vous tombez», a-t-il lancé.

Derrière la petite phrase, Feijóo n’a lui non plus fourni aucun élément permettant de penser que Rabat détiendrait des informations compromettantes sur Pedro Sánchez. À force d’être reprise par les uns et les autres, la thèse du chantage n’est pas devenue plus solide. Elle reste une accusation politique dépourvue de preuves.

Sánchez n’a pas changé de ligne

La réponse du chef du gouvernement ne marque aucun tournant. Depuis les arrivées massives enregistrées à Sebta, Pedro Sánchez défend la coopération avec le Maroc et refuse de désigner le Royaume comme responsable en l’absence d’éléments concluants.

Le 31 août, il avait rappelé que la coopération marocaine avait permis le retour, en seulement 72 heures, de plus de 90% des personnes entrées à Sebta. «Sans la coopération du Maroc, cette crise s’aggraverait», avait-il déclaré lors d’un entretien radiophonique.

Trois jours plus tard, lors de son intervention extraordinaire devant le Congrès, il avait réaffirmé qu’aucune institution espagnole n’avait fourni de «preuves solides» établissant que le Maroc avait conçu ou organisé les arrivées massives. «Si des preuves solides apparaissent, nous agirons avec la plus grande fermeté», avait-il assuré, tout en demandant que les forces de sécurité, les services de renseignement et la justice puissent achever leur travail.

Sánchez avait également récusé l’idée d’une politique d’«apaisement» envers le Maroc. Il avait parlé d’une relation de «bon voisinage», avec ses désaccords et ses lignes rouges, et mis en garde contre l’ouverture d’un conflit diplomatique fondé sur de simples spéculations.

«Aujourd’hui, nous avons entendu de nombreux responsables appeler à faire voler en éclats nos relations de voisinage. Leur seule proposition est l’escalade. Je ne peux pas m’engager dans cette voie, je ne dois pas le faire et je ne le ferai pas», avait-il affirmé.

Il avait dans le même temps rappelé que la coopération marocaine restait indispensable à la gestion des flux migratoires et que des décisions diplomatiques aux conséquences irréversibles ne pouvaient être prises pour répondre aux besoins de la bataille politique intérieure.

Ce mercredi, Sánchez a de nouveau opposé la transparence aux accusations de chantage. Le gouvernement a autorisé la déclassification d’une quarantaine de documents produits entre le 1er juillet et le 1er août par le CNI, la Police nationale, la Garde civile et les services de renseignement des Forces armées. «Nous n’avons rien à cacher», a-t-il insisté en annonçant leur publication.

Face à une droite qui continue d’agiter le spectre d’une conspiration marocaine sans apporter la moindre preuve, la ligne de Sánchez reste donc inchangée. Coopérer avec Rabat lorsque cette coopération est indispensable, agir fermement lorsque les faits sont établis et refuser de sacrifier les relations avec le Maroc aux affrontements de la politique intérieure espagnole.

Par Faiza Rhoul
Le 09/09/2026 à 14h20