À l’heure où les équilibres géopolitiques en Méditerranée occidentale font l’objet d’une attention soutenue, une écrasante majorité d’Espagnols plaide pour un renforcement des liens avec le Maroc, jugé indispensable à la stabilité et à la sécurité frontalière. C’est l’un des enseignements majeurs du dernier baromètre publié par le Centre de recherches sociologiques (CIS).
Créé en 1995, dans le prolongement de l’Institut d’opinion publique fondé en 1963, le Centre de recherches sociologiques est un organisme public espagnol rattaché à la présidence du gouvernement et aux ministères de la Justice et des Relations avec les Cortes. Chargé de l’étude scientifique de la société espagnole, il réalise régulièrement des enquêtes d’opinion publique ainsi que des baromètres mensuels ou thématiques. Leurs données constituent un thermomètre politique et social incontournable pour analyser les perceptions des citoyens sur les grands dossiers nationaux et internationaux.
La coopération avec le Maroc érigée en priorité stratégique
Réalisée auprès de 4.042 personnes au début du mois de septembre, l’étude du CIS met en lumière un consensus net au sein de la société espagnole: 86,3% des sondés accordent «beaucoup ou assez» d’importance au maintien d’une bonne entente avec Rabat, contre à peine 10,1% qui lui accordent peu ou pas d’importance qui la négligent.
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Cette quête d’apaisement et de stabilité se traduit directement sur le terrain sécuritaire. La nécessité de renforcer la surveillance des frontières recueille ainsi un large soutien, 82,2% des répondants jugeant cette mesure nécessaire. Face aux défis migratoires, les citoyens se tournent également vers Bruxelles: 89,4% réclament une implication accrue de l’Union européenne pour épauler le gouvernement espagnol dans la gestion de la crise à Sebta.
Le statut de Sebta et Melilla: entre ancrage et voix de l’ambiguïté
Si la souveraineté espagnole reste majoritairement défendue, 77,1% des sondés réaffirmant que Sebta et Melilla sont «tout aussi espagnoles que n’importe quelle autre région» du pays, la question de leur particularité géopolitique divise.
Une proportion non négligeable, soit 14,3% des personnes interrogées, considère que ces deux villes présentent une situation «ambiguë et spéciale». Pour cette fraction de l’opinion, ce statut particulier ne peut être ignoré et appelle à l’ouverture de concertations et à la conclusion d’accords directs avec Rabat, afin de pacifier ou d’institutionnaliser cette double réalité frontalière.
Le baromètre révèle également un climat de méfiance quant aux dynamiques régionales. Pour 67,7% des participants, une main invisible ou une force extérieure aurait cherché à envenimer les relations bilatérales entre Madrid et Rabat. À travers ces chiffres, l’opinion publique espagnole dessine le portrait d’un voisinage incontournable, partagé entre la nécessité d’une coopération pragmatique et la persistance de sensibilités territoriales complexes.




